Au Ghana on peut mettre les défunts en (bouteille de) bière

Un cercueil en forme de bouteille de bière. Photo transmise par notre Observateur.

Poisson, oignon, avion, bouteille de bière ou cigarette… Le peuple Ga a pris pour habitude d’enterrer ses défunts dans des cercueils aux formes plus farfelues les unes que les autres.

Au Ghana, les funérailles sont une grande célébration et il revient aux familles d’honorer avec style leurs défunts. Dans la région de Teshie, l’atelier de menuiserie et de sculpture Kane Kwei fabrique des cercueils aux formes diverses, qui symbolisent le métier, un loisir ou encore un vice de la personne décédée. Nés dans les années 50, les cercueils figuratifs sont vite devenus une tradition.

"Chaque cercueil doit être un défi"

Eric Adjetey Anang est sculpteur. Il dirige l’atelier Kane Kwei créé par son grand-père.

Cette tradition vient de mon grand-père. Un chef traditionnel s’était fait construire un palanquin [une chaise à porteurs] en forme de cabosse de cacao et à sa mort, il a été enterré dans ce palanquin. L’incident a marqué mon grand-père, Kane Kwei, qui est sculpteur. Alors, lorsque sa grand-mère est morte, il lui a fabriqué un cercueil en forme d’avion, un moyen de transport qu’elle aurait voulu prendre de son vivant. Dans les mois qui ont suivi, les gens ont accouru chez mon aïeul et ont demandé des cercueils de formes diverses.

Aujourd’hui, l’entreprise marche bien. J’ai huit apprentis. À la fin de leur formation, ils iront ouvrir leurs propres ateliers. Il y en a déjà trois dans la région de Teshie.

C’est la famille qui décide de la forme du cercueil. J’en fais beaucoup en forme de poisson. Mais, lorsque les gens viennent me voir pour discuter du style, j’essaye de les convaincre de faire quelque chose d’original, parce que j’ai envie d’essayer de nouvelles choses. J’ai réussi à convaincre une famille de choisir un xylophone pour un musicien décédé, parce qu’un piano ou une guitare ça aurait été beaucoup trop classique. Cela doit être un défi à chaque fois. On m’a même demandé de faire un Hummer. Ma perception de ce travail est de rendre ses lettres de noblesse aux cercueils. Auparavant, on ne les respectait pas, c’était du simple bois et le défunt n’était pour ainsi dire plus rien.

Plusieurs musées ont exposé mes œuvres, comme celui du quai Branly à Paris. J’ai aussi mis en place une résidence d’artiste, et un Américain est venu passer deux mois dans mon atelier en 2009. Actuellement, je suis en pourparlers avec plusieurs designers pour fabriquer des meubles."

Cercueil en forme de Bible.

"Les funérailles sont le moment d'exister socialement pour les Ghanéens"

Jean-Michel Rousset est un ami de longue date d’Éric Adjetey Anang. Il a créé le site Internet de l’atelier.

Il faut savoir que les funérailles Ga sont un moment à la fois solennel, mais aussi festif. C’est le moment d’exister socialement. Ce sont de grandes fêtes, avec de nombreux invités, qui sont très coûteuses. Les cercueils de Kane Kwei valent entre 500 et 800 cedis ghanéens [entre 272 et 435 €], soit quatre fois plus cher que les cercueils traditionnels, mais cela représente peu par rapport au coût de la fête."

Jean-Michel Rousset raconte : "Une famille a commandé un cercueil en forme d’agouti [un gros rongeur d’Afrique] pour un homme qui adorait la viande de cet animal : elle a fourni le modèle et pendant un mois ils ont gardé l’agouti à l’atelier pour fabriquer le cercueil d'après nature."

En forme d'oignon.

En forme de stylo bille pour un instituteur.

Éric dans son atelier, devant l'établi de son père. Toutes les photos ont été transmises par notre Observateur.

Commentaires

QUELLE STUPIDITE !

Je suis sidérée que les Africains passent leur temps à faire de la sculpture pour fabriquer des cercueils !
De toute façon,leur principale occupation est de danser,de chanter et faire ces horreurs !
Que font-ils de toute la journée ? Rien !
Ils sont très laxistes et attendent l'assistanat !
Qu'ils continuent à se distraire au lieu de faire prospérer leur pays !

Avec autant des sommes

Avec autant des sommes colossales pour les enterrements, on se réjouirait plutôt pour qu'il y est davantage des morts puisque seul moment de festin. Mais c'est juste pour se masquer le côté terrifiant de la mort. Tout de même, que faut il pas à l'homme à faire ? En tout cas, des sommes colossales pour un enterrement, le tout melés dans un décor jadis. Et la misère de ces peuples ? En tout cas il est trop tard pour les hommages. On pense que une fois sous terre c'est poussière et pourtant. A se demander comment sera leur grand carnaval festival devant leur dieu ? D'un côté, allons voir comment les morts soumis à un seul Dieu sont aussi bien traités. En toute vérité il ne sont pas abandonnés.
MAANROUF A.

Originalité Africaine

Merci d'avoir montrer cette idée novatrice des africains précisément des ghanéens

Découvrir des autres est un enrichissement.

Au premier abord, suite à la vue des photos et notamment celles où l'on y voit des "marques", je dois avouer que ma première pensée résonnait en ce sens : "la société 'de consommation' emprisonne donc jusqu'à l'ultime lieu de repos, c'est effrayant".

Cependant et suite à bonne lecture, le récit d'éric concernant son grand-père, à propos de l'origine de cette tradition, m'a fait revoir ma position initiale. (seuls les idiots ne changent jamais d'avis, n'est-il pas?.. :-).
Je comprend mieux l'idée qui a impulsé cette tradition.. cet 'accompagnement'.

De plus, nous sommes là en présence de véritables oeuvres d'art...
Chapeau bien bas aux "mains d'or" qui façonnent de si magnifiques cercueils!

Merci pour ce petit article, et de nous faire entrevoir ces horizons culturels.
Bonne perpétuation à Eric et thank you à Jean-Michel pour le site internet que je vais prendre plaisir à consulter.

Étonnante expression artistique…

Tout à fait d’accord avec votre analyse. Excellent sujet de découvert.
MSend



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