Là où les Golanais s'arrêtent, les pommes passent...

La frontière qui sépare les territoires syriens du plateau du Golan, occupé par Israël, est fermée depuis 1967. Pourtant, depuis quelques années, les deux pays en guerre font une exception durant le mois de mars. Ils ouvrent la frontière pour laisser passer... des pommes.

Depuis le 2 mars, le point de passage de Quneitra connaît une activité inhabituelle. Des camions de la Croix-Rouge conduits par des Kenyans font la navette entre le Golan et les villages syriens pour transporter 10 000 tonnes de pommes en huit semaines.

Depuis 2005, des Golden et des Starking du Golan, emballées dans des caisses blanches, traversent cette frontière habituellement étanche. Un moyen pour les agriculteurs du territoire occupé d’écouler une partie des 50 000 à 60 000 tonnes de pommes qu’ils produisent chaque année et qu’ils ont du mal à écouler sur les marchés israéliens.

La Syrie et Israël sont formellement en état de guerre depuis 1948. Leurs ressortissants ne peuvent pas circuler entre les deux pays. Les habitants du plateau du Golan syrien, occupé par l’Etat hébreu durant la guerre des Six Jours, puis annexé en 1981 - en dépit d’une condamnation du Conseil de sécurité (Résolution 497) des Nations unies - sont soumis au même régime. (Lire notre article sur "Le drame des mariées du Golan").

Contributeurs

Les pommes du Golan, de l'emballage... à la frontière

Vidéo publiée sur YouTube par daliluk2008, le 2 mars 2008.

"Les colons implantés sur le plateau ont commencé à produire des pommes et à nous faire concurrence"

Salman Safadi cultive des pommes sur le plateau du Golan.

La culture des pommes est le pilier de l’économie du Golan. Nous en cultivons les meilleures variétés de façon biologique. Mais depuis l’occupation en 1967, nous sommes victimes de pressions économiques.

Durant les premières années de l’occupation, nous avons continué à écouler notre récolte normalement. Mais au début des années 1990, les colons implantés sur le plateau ont commencé à produire des pommes et à nous faire concurrence. Les grandes surfaces et les grossistes israéliens leur ont donné la priorité. Ils écoulaient ainsi toute leur récolte à des prix élevés en début de saison. Nos pommes, en revanche, étaient vendues en fin de saison, à des prix dérisoires. Le marché israélien saturé des pommes des colons ne suffisait donc pas à écouler toute notre récolte. Une partie de notre production était de facto vouée à la destruction.

La situation a perduré jusqu'en 2005, lorsque les autorités syriennes ont décidé de nous apporter leur soutien. Nous sommes, en fin de compte, Syriens nous aussi [les Golanais de souche sont seulement munis d’une carte de résident israélien, car ils ont refusé la nationalité israélienne, ndlr]. Grâce à leur solidarité, nous pouvons écouler l’intégralité de notre récolte à des prix décents. Nous gagnons aujourd’hui notre vie aussi bien qu’avant l’arrivée des colons, voire mieux."

Fermer