Posté sur Flickr par From Afghanistan With Love
Quatre de nos Observateurs en Afghanistan, qui se sont rendus aux urnes aujourd'hui, nous expliquent comment leur pays a changé depuis la chute des Taliban en 2001, et quels sont les défis qui attendent leur prochain président.
Au total, 41 candidats sont en lice, dont le président sortant Hamid Karzaï, donné favori. Ses deux principaux concurrents sont l'ancien ministre des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah, et l'ancien ministre des Finances, Ashraf Ghani.
Le scrutin se déroule dans un climat tendu. Les Taliban ont menacé à plusieurs reprises ces derniers jours d'attaquer les bureaux de vote le jour de l'élection et appelé les Afghans à boycotter ce qu'ils considèrent comme "une imposture orchestrée par les Américains".
Masuda Sultan est américano-afghane. Elle vit à Kaboul et travaille comme conseillère auprès du gouvernement.
Les priorités du
futur président devront être la sécurité, le développement, la résolution du problème des
milices, la lutte contre la corruption et la promotion des droits des
femmes.
Certes, l'Afghanistan a beaucoup évolué ses dernières années. Le PIB a augmenté, des écoles ont été ouvertes, les indicateurs de santé se sont améliorés... Mais la violence a augmenté elle aussi. Comment se fait-il que violence et développement aillent ainsi de pair ? Je pense que ceci est dû à quatre facteurs. D'abord certains - en l'occurrence les Taliban - ont été exclus de l'équation politique et ont donc décidé d'utiliser la force en représailles. Deuxièmement, le gouvernement n'a pas appliqué de façon équilibrée ses stratégies de développement. Seules les grandes villes comme Kaboul en ont profité ; les populations mises à l'écart tombent ainsi dans la violence. Troisièmement, la guerre s'est intensifiée en raison de l'échec d'une stratégie militaire qui a entraîné un nombre croissant de victimes. Enfin, l'attention accordée à l'Afghanistan a diminué depuis l'intervention militaire américaine en Irak en 2003.
Ceci dit, je ne pense pas que les Taliban reviendront au pouvoir. Il est vrai qu'ils contrôlent certaines régions conservatrices dans le Sud du pays. Mais ils ne pourront pas gouverner au niveau national tant que la communauté internationale sera présente et que les autres régions s'opposeront à leur retour à la tête du pays."
Aziz Jahed est à la tête du département des Finances à l'Assemblée nationale, à Kaboul.
J'espère que les
gens feront le bon choix lors de cette élection. S'ils choisissent Karzaï, la situation ne changera pas parce que son équipe
est composée de gens corrompus qui violent systématiquement les droits de
l'Homme. S'il est réélu, cela voudra dire que les Etats-Unis veulent perpétuer
l'instabilité dans la région afin de pouvoir y garder une présence stratégique.
Je voterai pour Ashraf Ghani parce que c'est un homme intègre, sérieux, discipliné et un excellent gestionnaire, comme l'a montré son passage à la tête du ministère des Finances. Avec la guerre qui se poursuit dans le pays, les Afghans ont besoin d'un leader comme lui."
Yunos Bakhshi est à la tête de l'Association d'astronomie d'Afghanistan.
Nous avons besoin
d'un président qui puisse mettre à l'ordre du jour les questions du chômage, de l'économie
et de la sécurité.Les choses ont changé en Afghanistan. Les grandes villes comme Kaboul ont maintenant l'électricité 24h sur 24. Nous avons aussi un meilleur accès aux médias avec le lancement de 13 chaînes privées, ainsi qu'aux moyens de communication depuis l'installation d'un réseau de téléphonie mobile dans le pays. Le gouvernement a prévu d'installer la fibre optique, ce qui va révolutionner les appels longue distance, la télévision câblée et l'accès à Internet. Par ailleurs, les infrastructures ont été reconstruites, les routes pavées et un nouveau bâtiment du Parlement érigé.
Cette campagne a mobilisé les citoyens. Certains médias ont parlé d'achat de voix pour 20 dollars, de fêtes organisées par certains candidats pour attirer les électeurs, de distribution de cadeaux, mais je n'ai jamais été témoin de ces irrégularités."
Aziz Royesh est le directeur du lycée Marefat à Kaboul.
A mon avis, cette élection renforcera
la culture démocratique du pays. Durant la première élection, la majorité des
gens ne savaient pas exactement ce qu'ils devaient faire. Cette fois, les
choses ont changé. Les électeurs suivent de près les débats télévisés entre les
candidats, comparent leur passé, leurs conceptions des relations
internationales, leur personnalité, etc.Je ne suis pas ravi des politiques et des positions de Karzaï. Je pense qu'il a bien géré le pays durant la phase de transition, mais il a laissé passer de précieuses opportunités pour le pays. Toutefois, je voterai pour lui. En politique, on est confronté à la réalité. Certains intellectuels peuvent être considérés comme de bons candidats, mais le peuple ne les connaît pas et il ne votera pas pour eux. De plus, j'estime que la sécurité doit être la première priorité du prochain président. Pour le moment, personne d'autre que Karzaï n'est à même de relever le défi sécuritaire."
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