Sans journaux, pas de démocratie ?

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Photo "Hyperscholar".

L'éditorial paru dans le "Herald Tribune" de ce lundi ne va pas plaire aux blogueurs. Son auteur s'y inquiète d'une possible mort de la presse traditionnelle, au profit de publications Internet qui ne font que commenter des informations produites par d'autres. Nous avons demandé à nos Observateurs spécialistes des médias en ligne de réagir à cet édito.

D'après l'éditorial d'Albert R. Hunt, journaliste à Bloomberg, une chaîne d'information économique, le public devrait s'intéresser autant à la faillite des journaux qu'à celle des banques. Car des médias forts et indépendants sont essentiels au bon fonctionnement d'un régime démocratique. Il qualifie même la proposition du gouvernement français de subventionner les journaux de dérive dangereuse. Le journaliste cite un expert américain des médias, qui affirme que "85 % des informations [news] que reçoivent les gens est produite à la base par des journaux", et ajoute que la plupart des scandales sont dévoilés par des journalistes professionnels à qui on a donné le temps et les moyens d'enquêter.

Les publications en ligne, les blogs comme les sites d'information, ne sont-ils capables que de régurgiter des informations venues de grands médias ? Nous avons posé la question à des spécialistes. Nous publierons leurs réponses au fur et à mesure que nous les recevrons. Repassez donc sur cette page de temps en temps.

"Les journaux […] constituent parfois une entrave à la démocratie..."

Carlo Revelli est le fondateur d'AgoraVox, un média en ligne "citoyen" où tous les articles sont rédigés par des internautes-rédacteurs.

Une démocratie ne nécessite pas obligatoirement des journaux tels que nous les avons connus jusqu'ici. Une démocratie a d'abord besoin de journalistes compétents capables de s'exprimer librement. Les journaux, au travers des inévitables concentrations et connivences médiatiques qu'ils engendrent, constituent parfois une entrave à la démocratie... D'ailleurs, le gourou du Web, Clay Shirky, a récemment évoqué, aux Etats-Unis, la mort inéluctable des journaux... Mais pas celle des journalistes.

Rares sont ceux qui comprennent que l'information n'est pas un bien marchand comme un autre. On ne peut pas fabriquer, distribuer et vendre des informations avec les mêmes techniques marketing qu'on utilise, par exemple, pour des voitures ou des chaussures...

Toute société commerciale a pour finalité intrinsèque le profit de ses actionnaires. Ce qui, dans le cas des médias, finit inévitablement par générer, tôt ou tard, des conflits d'intérêts. Ceci n'est pas un jugement, mais un fait. De même, accepter des aides publiques constituerait une enfreinte à la politique éditoriale d'un média indépendant. De facto, l'Etat deviendrait en quelque sorte un actionnaire parmi d'autres, avec des prérogatives plus ou moins avouées. Si les aides qui émanent d'un seul acteur (surtout s'il est public) peuvent être dangereuses. En revanche, il faut explorer la piste des donations et du recueil de dons, comme l'a initiée Wikipédia sur Internet.

Dans une période de crise, comme actuellement, il est indispensable d'inventer de nouveaux modèles médiatiques dans le but de tenter de concilier éthique informationnelle et rentabilité. Et ce, afin de préserver les médias de tout type de pression ou de menace. D'ailleurs, la création d'une fondation m'a vite paru la démarche la plus appropriée pour garantir la liberté, l'indépendance et la pérennité d'AgoraVox."

Portrait de Carlo Revelli

Carlo Revelli

  • France
  • Citizen media website editor

"Le quatrième pouvoir doit être contrôlé... par un cinquième pouvoir"

Bertrand Pecquerie est le directeur du World's editors forum, une organisation chargée d'informer les patrons de presse sur les tendances et l'évolution des médias.

La lutte entre deux formes d'intelligence collective est consubstantielle au mouvement Web 2.0. Dès l'invention des blogs et des réseaux sociaux, l'intelligence collective des salles de rédaction - une création anglaise en 1785 avec la première version du Times of London - s'est opposée à l'intelligence collective des blogueurs. Ces derniers peuvent réagir plus vite qu'une petite assemblée de journalistes professionnels et, surtout, ils ont la capacité de mobiliser des milliers de 'bonnes volontés'.

Tout s'est joué en septembre 2004, lorsque Dan Rather a dû démissionner de CBS et abandonner son émission '60 minutes' après une enquête éclair du monde des blogueurs montrant que le document de CBS accusant George W. Bush à propos de son service militaire ne pouvait être authentique.

Depuis, les deux formes d'intelligence collective cohabitent et je dirais 'tant mieux'. Le quatrième pouvoir doit être contrôlé... par un cinquième pouvoir. Et si pendant deux siècles la question était posée de savoir quand émergerait ce cinquième pouvoir et qui le représenterait, la réponse est toute trouvée : par des collectifs de citoyens se mobilisant sur une question donnée. Mais les risques de manipulation sont surmultipliés puisque les différents niveaux de 'fact checking' n'existent pas dans la blogosphère (à l'opposé de ce qui se passe dans une rédaction).

Et si maintenant on se posait la question de savoir qui allait contrôler ce nouveau cinquième pouvoir ? Les vieilles théories des 'checks and balances' ont encore de l'avenir devant elles."


Portrait de Bertrand Pecquerie

Bertrand Pec...

  • France
  • World Editors Forum director

"Je ne pense pas que les journaux doivent forcément mourir"

Rick Edmonds est un analyste spécialisé dans les medias du Poynter Institute.

J'ai un point de vue minoritaire : je ne pense pas que les journaux doivent forcément mourir. Les plus de 45 ans préfèrent l'imprimé. Ils sont beaucoup et ils sont encore là pour longtemps. Et puis les publicitaires continuent de payer pour de les réclames sur papier, même si les audiences s'érodent. Pour l'instant, la réception de la publicité par les internautes n'est pas bonne et les publicitaires n'en sont pas friands. Les journaux [américains] sont pour la plupart endettés, mais ils étaient encore rentables en 2008 - même si 2009 risque d'être plus dure. Al Hunt [l'éditorialiste du Herald] a raison de dire que la perte du journalisme papier, et sa couverture de l'actualité quotidienne, serait un coup dur pour la démocratie. Et le problème est déjà là : le nombre de journalistes ne cesse de diminuer dans les rédactions."  
Portrait de Rick Edmonds

Rick Edmonds

  • United States
  • Media analyst

Commentaires

Cet édito est d'une

Cet édito est d'une connerie sans borne. Internet ne sort pas d'info??? Mais c'est une blague ou quoi? Le deuxième contributeur donne un exemple, Dan Rather, et il y en a plein d'autres. Les blogs, et Internet en général, est un fantastique contrepouvoir. On peut faire pression sur un journaliste, pas sur des milliers de blogueurs. La Chine est un exemple frappant du pouvoir d'Internet. Malgré toutes les tentatives de museler les gens, l'info circule quand même. Un édito à oublier, qui nous pousse presque à souhaiter la disparition de la presse bien pensante.

Utilisateur non inscrit

Il faut différencier

Il faut différencier internet et blogs !
Les blogs sont remplis d'opinions et d'infos publiés hâtivement.
Pour ce qui est des blogs chinois, ils sont équivalents à des banderoles de manifestants. Pris un par un, ils sont insignifiants et pris en commun, bah ils ne font rien changer.

Utilisateur non inscrit

Blogueurs à la noix

Je trouve personnellement que l'article du Herald Tribune a tout juste. Dépendre des blogs pour s'informer? Laissez moi rire. Qui va sortir les affaires, Watergate, etc, si ce ne sont pas les journaux. Des bloggers? Ca m'étonnerait. Et puis pourquoi se fier à des bloggers? Ils ne sont pas édités, pas guidés, pas relus et n'ont pas de code déontologique. Il est facile de critiquer la presse et les journalistes, mais au moins c'est un "ennemi" que l'on peut identifier. Avec les blogs, c'est l'info sans la responsabilité de l'info. J'ai publié une grosse connerie? C'est pas grave, je publierai une vraie info plus tard... La position de beaucoup de bloggers, qui critiquent les journalistes tout en repompant allègrement leurs infos, est tout simplement dégueulasse.

Utilisateur non inscrit