Français d'origine américaine,
Jeb B. travaille dans l'Hexagone depuis 1990. Il vient d'être licencié.

Je ne sais pas trop comment je vais m'en sortir financièrement, car je sais que je risque de ne pas retrouver de boulot rapidement, compte tenu de la conjoncture. J'ai des économies en attendant mes indemnités, et le chômage que je devrais toucher en mai.
Économiste de formation, je trouve qu'il existe des problèmes, en France, dans le monde du travail.
Notre système repose sur une vision simpliste et populiste, dans lequel les chefs sont les méchants et, nous, les pauvres et gentils petits salariés. Quand on est licencié, on râle comme de bons Français en disant que ce n'est pas juste. Mais il ne faut pas chercher la justice dans le monde de l'entreprise. Les sociétés ne sont pas là pour ça, elles sont là pour faire de l'argent. Il ne faut pas se leurrer, on est tous des capitalistes, dès qu'on ouvre un compte en banque. Même
Besancenot est capitaliste !
Ici, le salarié est complètement protégé, c'est difficile de le renvoyer. Et les entreprises en pâtissent. C'est paradoxal, car les règles qui ont été mises en place pour protéger les salariés français ont aujourd'hui des effets pervers.
Le monde bouge sans cesse, donc le business doit toujours se réinventer. On voit beaucoup de débats et de manifestations au moment des fermetures d'usines. Certes, c'est triste pour les personnes licenciées, mais une usine ne peut pas garder les mêmes méthodes de production pendant dix, vingt ou trente ans. De toute façon, la mondialisation a permis de créer plus d'emplois qu'elle n'en a détruit en France, car l'Hexagone est l'un des pays qui exportent le plus.
La France a aussi peur des changements géographiques, c'est difficile pour un salarié de devenir mobile. Aux États-Unis, les individus le sont beaucoup plus. Ce manque de flexibilité pénalise les entreprises, ce qui entraîne des répercussions sur tout le pays, notamment au niveau des investissements. Elles savent qu'à partir du moment où elles engagent deux, dix ou 2 000 personnes, elles sont obligées de les garder.
C'est pour cette raison que je pense que la crise va durer plus longtemps ici qu'aux États-Unis. Elle a commencé en septembre outre-Atlantique, où le taux de chômage a depuis presque doublé, passant de 5 % à plus de 8 %. Mais je prédis que, après deux ou
trois mois difficiles encore, nous verrons les effets du programme d'Obama. En revanche, en France, c'est loin d'être fini. Le taux de chômage tournait autour de 7 % ou 8 % en octobre. Je pense qu'il va doubler d'ici la fin de l'année et atteindre 15 % à 16 %.
Aux États-Unis, c'est l'inverse. Les entreprises licencient facilement,
ce qui leur permet aussi d'embaucher plus vite, d'où un taux de chômage
là-bas qui reste bien inférieur à celui d'ici. En revanche, certaines
règlementations françaises ont des effets positifs. Par exemple, des gens qui prennent cinq semaines de vacances sont plus productifs que ceux qui n'en prennent que deux (comme dans le système américain). C'est statistiquement prouvé.
Mais il est faux de penser qu'il n'y a pas d'allocations chômage aux États-Unis. C'est simplement que le système de calcul est différent. Un homme qui gagne 200 000 euros par an ou un ouvrier recevront le même revenu de base. La philosophie américaine est de garantir un minimum de revenus pour le foyer, même si cela implique de changer de style de vie. Aux États-Unis, la plupart des gens retrouvent un boulot rapidement, au point qu'ils ne vont même pas chercher leurs allocations chômage.
Ici, la philosophie est d'aider le chômeur à maintenir son style de vie, et de ne pas le forcer à prendre un boulot qui peut être fait par quelqu'un avec des qualifications ou une expérience moindres. Donc, l'allocation chômage est basée sur le salaire. Un chômeur avec un niveau bac + 6 n'ira jamais présenter sa candidature à un poste de plongeur dans un restaurant. Aux États-Unis, c'est tout à fait concevable !
Aucun pays n'est parfait, mais il faut regarder, avec un esprit ouvert, les différents systèmes pour trouver des solutions qui marchent. Je ne dis pas que le système américain est meilleur que le système français. Je suis pour la protection des salariés au niveau de la santé et des aides pour les chômeurs, qui les encouragent à trouver un travail adapté.
Je suis en France car j'avais très envie d'y vivre, mais aussi parce que j'ai toujours cru à cet engagement social qui la caractérise. Et j'y crois encore."
Commentaires
les allocations chomages
Submitted by Utilisateur non inscrit (non vérifié) on lun, 09/03/2009 - 21:30.On ne peut pas comparer les revenus des chômeurs français et américains pour la simple et bonne raison que le système de rémunération n'est pas la même. En effet, les américains cotisent pour eux-mêmes, les français eux payent des cotisations sociales, l'État est donc providence et il doit venir en aide aux chômeurs, ce qui leur permet de garder un certains revenu et de ne pas rompre les liens économiques et sociales qu'ils entretiennent avec la société.
étonnant !
Submitted by nico (non vérifié) on lun, 09/03/2009 - 09:34.je suis heureux de voir qu'un américain nous parle de la crise en france, un point de vue extérieur est toujours bénéfique !
Cependant j'émet quelques réserves sur ces dires, et ce pour deux raisons :
- je ne crois pas qu'on puisse dire aux français, qu'il faut accepter d'être licencier, vivre sur ses économies le temps de retrouver un travail.
je comprend son idée de flexibilité et de turnover des employés au sein des entreprises MAIS : les ouvriers et employés, parfois approchant la cinquantaine, trouverons beaucoup plus difficilement, voir pas du tout de nouvel emploi. Ils ne sont pas économistes, et n'ont pas tous l'habitude d'être confronté à un monde du travail dans lequel on change plusieurs fois d'entreprises dans sa vie. Cette mentalité qui se traduit par un manque de flexibilité (positif ou non, je n'en sais rien) a donc des conséquences. Enfin, je crois en mon fort intérieur qu'une personne qui est économiste donc diplômé... est beaucoup mieux préparer psychologiquement à rebondir en cas de chômage. Beaucoup de gens n'y sont pas prêt.
- deuxièmement j'ai été surpris de lire que ceci : "l'Hexagone est l'un des pays qui exportent le plus." Notre Balance commerciale est bien dans le rouge, et notre pays n'est pas réputé pour ses capacités à exporter. D'ordinaire nous ne sommes déjà pas fort dans ce domaine car nous exportons principalement des produits de luxe, culturels, et signons des gros contrats dans les domaines de l'énergie,du transport... lorsque cela est posible.
Pour terminer je préciserai, que malheureusement, le pouvoir d'achat se dégrade depuis déjà au moins deux décennies. Les salaires suivent moins vite que la hausse des prix. C'est indéniable car les chiffres sont là . Observer l'évolution des prix en francs de près de 100 produits consommés couramment par les français entre 1999 et 2009 et vous vous rendrez compte de l'évolution. Sans compter les prix de l'énergie, les remboursements médicaux qui diminuent (meme si nous sommes de gros consommateurs, ce que je cautionne pas...), le pétrole, les différents impôts qui augmentent plus qu'ils ne baissent malgrè la diminition constante du nombre de fonctionnaires depuis déjà très longtemps (éducation, hopitaux, administration, services publics divers...) et vous vous rendrez compte qu'il est déjà très difficile pour certains français de vivre avec leurs salaires. Ce qui renforce une fois de plus la peur du chômage et empêche une plus grande flexibilité.
mais ce n'est jamais qu'un point de vue ;-)
la génération 68 la plus hypocrite qui existe
Submitted by Vince (non vérifié) on dim, 08/03/2009 - 19:18.J'aime bien le commentaire qu'il y a en dessous: c'était tout moi il y a 3 ans. Convaincu de la bonne loi du marché, de la loi de l'offre et de la demande, la flexibilité à tout prix.
Etre capitaliste et être néo libéral n'est pas la même chose. J'aimerai qu'on m'explique en quoi les employés sont des produits? En quoi une qualité professionnelle peut-être jaugée rapidement. J'ai envie de dire que c'est comme une branlette: on essaye vite (un mois), ha ba non pas lui! Ne pensez surtout pas que les gens n'ont pas les qualités suffisantes, la majorité juge un homme incapable parce qu'il n'est pas à votre goût et vous voulez meilleur pour vous.
Les gens n'apprennent plus à connaître, ils travaillent en entreprise pour de l'argent, et de moins en moins pour l'accomplissement personnel. Donc déjà beaucoup de gens s'estiment capitalistes alors qu'ils ne sont que matérialistes et hédonistes. Le Capitalisme libéral est une science humaine et si vous négligez cela, je vous plains.
Si les gens prennent conscience qu'un employé n'est pas un torchon ou une serviette, ils s'épanouiront (avec de l'effort certes), et en conséquence il y aura un meilleure productivité.
Regardez au Japon le nombre de dépressions liés à ces faits professionnels.
Deuxième objection: la flexibilité est aussi en nombre de salariés. Le système libéral veut plus de travailleurs de basse qualification pour conserver des salaires bas. (si vous vous dites non, aérez vous et faites une cure de arte et libé).
Hors l'inflation des salaires permet justement plus de pouvoir d'achat car elle est supérieure ou égale à l'inflation des produits et services. Donc en conservant les habitants d'un même pays avec un taux de natalité fort, on peut obtenir de très bon niveaux de vie (les exemples sont les pays du Nord sauf pour la natalité qui reste importante car elle est facteur de santé économique au long terme).
L'immigration économique ou la délocalisation sont donc des plaies car elles rabaissent notre niveau de vie à ceux de nos voisins, elle nous confronte à des sociétés qui n'ont aucune garantie sociale.
On peut être capitaliste, et être conservateur et protectionniste. Par les temps qui courent c'est la meilleure solution. On peut tout reprocher à notre système si on a le point de vue néo libéral.
Mais ce qui compte pour moi, ce n'est pas le point de vue d'un économiste. J'y fais mes études mais est-ce en soi quelque chose de bon que de s'imposer des règles qui vont nuire à notre mode de vie?
Ce qui compte est le niveau de vie de nos concitoyens, pas le fait que les entreprises ont du mal à licencier.
Pour moi l'économie doit pouvoir améliorer le modèle que nous avons hérité. Notre job est de concilier citoyenneté et force économique. Les deux sont d'indissociables.
Vous ne pouvez pas vouloir le progrès de nos vies en faisant du marché du travail un marché dérégulé tant sur la masse que sur la durée des contrats.
Aujourd'hui et dans les prochaines années laissez de coté cette idée libérale qui a règnée pendant 30 ans et qui nous a fait perdre les repères. La France est un pays protectionniste (dans le bon sens du terme), mais penser à nous avant tout ne fait pas de mal. Penser au voisin qui n'aura peut-être pas de job pendant 3 ans et vous comprendrez que notre devoir est de rester un pays riche et protecteur pour les français en difficulté.
L'économie n'est donc pas une fin en soi et pour cet américain qui découvre le modèle français, il faudrait lui rappeler que jamais la France n'a été comme l'Angleterre, encore moins les EU.
Donc pour mieux affronter la crise ce sont nos politiques qu'il faut pendre, ils nous faut un parti de gauche et de droite qui rappelle ce qu'est notre vraie république (cf avant 1972)
Donc au risque de faire vieux et pourtant étudiant en Ecole de commerce...
Même Besancenot est capitaliste !
Submitted by Utilisateur non inscrit (non vérifié) on dim, 08/03/2009 - 15:02.Excellente remarque.
En effet, tous les consommateurs favorisent les lois de marché.
A qualité égale on recherche le meilleur prix.
Quelques soient les convictions personnelles, qui aurait l'idée bizarre de choisir de payer plus cher un produit équivalent ?
Lorsque l'on achète une voiture, on recherche le meilleur prix.
(Mis à part les salariés de l'industrie automobile) Qui se soucie lors de l'achat de savoir si des composants de la voiture ont été fabriqués par des usines délocalisées ?
Qui serait prêt à payer 15 à 20 % plus cher sa voiture ?
Et il en est de même lorsque l'on achète n'importe quel produit.
Lors de ses achats chacun des consommateurs cherche à maximiser sa satisfaction en achetant au meilleur rapport qualité/prix.
En procédant de cette façon on favorise inévitablement les entreprises qui proposent les meilleurs rapports qualité/prix, c'est à dire celles qui font tout pour assurer un prix moins élevé.
trop d'amalguame ....
Submitted by Utilisateur non inscrit (non vérifié) on lun, 09/03/2009 - 20:11.condition decessaire a l'emergence du capitalisme :
1 APPROPRIATION DES MOYENS DE PRODUCTION PAR DES ENTREPRISES LUCRATIVES AUTONAUMES ET PRIVEE.
2 LIBRE MARCHE
3 EXISTENCE D'UN DROIT RATIONNEL
4 EXISTENCE DE TECHNIQUES RATIONNELLES
5 COMERCIALISATION DE L'ECONOMIE
6 EXISTENCE D'UN MARCHE DU TRAVAIL
definition d'un capitaliste: il s'oppose au proletaire, qui n'a que sa force de travail a vendre pour survivre.
le capitaliste detient les moyens de production.
peut egalement etre utilisé pour designer le defensseur du capitalisme
Conclusion:
Non , besancenot n'est pas un capitaliste, en tant que postier... il ne detient pas des moyens de productions, de plus en s'opposant a certaines des lois de max weber concernant la société capitaliste, il n'est certainement pas un capitaliste.
post criptum: je ne suis pas forcement favorable a besancenot, mais l'amalguame entre profit, individualisme, et société capitaliste permet trop souvent de justifier un liberalisme effréné.
le marché existait avant le capitalisme, il existera encore bien apres sa disparition ( si disparition , il y a ... ).
remarque
Submitted by ludov71 (non vérifié) on sam, 07/03/2009 - 10:36."a mondialisation a permis de créer plus d'emplois qu'elle n'en a détruit en France, car l'Hexagone est l'un des pays qui exportent le plus. "
Notre balance commerciale est très déficitaire. Contrairement à l'Allemagne, plus industrialisée que nous. Mais c'est vrai qu'en France, on aime rester avec les même voisin. C'est plus conviviale. Changer de voisins et d'amis parce qu'on va 500km plus loin, c'est triste. Peut être sommes nous moins individualiste qu'outre-atlantique.
Par contre je suis d'accord, l'allocation chômage devrait être à taux fixe.
Ce n'est pas pousser à la consommation que de donner toujours beaucoup aux riches, et un minimum vitale aux modestes.
"La mondialisation a permis
Submitted by ptit_oui_oui (non vérifié) on dim, 08/03/2009 - 08:22."La mondialisation a permis de créer plus d'emplois qu'elle n'en a détruit en France, car l'Hexagone est l'un des pays qui exportent le plus. "
Il faut comprendre par la que les idées et les concepts français s'exportent très bien. Et effectivemement , on verra souvent les français aller tenter leurs chance à l'etranger , réussir là bas avec brillo. Mais effectivement, les Français sont loin d'avoir cette culture du changement :
C'est un fait que l'on ne souligne pas souvent , mais lorsque les entreprises delocalisent, les salariés se font ( à quques exceptions près bien sur ) toujours proposés d'autres postes à salaires égaux ailleurs en France , car c'est la loi... ! Seulement les français ne veulent pas bouger, et ça les pénalise , c'est clair.
Cela dit , il s'agit peut etre la du "Flegme" à la française :) .
Une culture casanière comme la notre n'a pas forcemment que des défauts, car on a beau dire ,mais les français arrivent à se contenter d'assez peu, comparés à d'autres.