Les ballons de la discorde

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Depuis la frontière, des ONG sud-coréennes envoient vers le voisin du Nord des tracts dénonçant la dictature de Pyongyang dans des ballons gonflés à l'hélium. Une "guerre psychologique", selon le régime de Kim Jong-il, à laquelle il n'a pas tardé à répliquer.

Depuis 2003, des militants des droits de l'Homme, basés en Corée du Sud, envoient régulièrement, depuis la frontière, des documents aux Nord-Coréens par la voie des airs. Le contenu : des textes sur la liberté, des nouvelles du monde mais aussi des informations sur la dictature nord-coréenne.

Jusqu'à présent, le Nord n'avait pas réagi. Mais depuis début octobre, le régime a montré son indignation et les échanges sont montés d'un ton. En réponse à ce qu'elle qualifie de "politique de confrontation", la Corée du Nord vient d'annoncer qu'elle allait suspendre, à compter du 1er décembre, les liaisons ferroviaires avec son voisin du sud. Le complexe industriel de la ville frontalière de Kaesong, rare symbole du partenanariat entre les deux Corées, sera vidé de ses employés Sud-Coréens.

Le ministre sud-coréen de l'Unification serait à la recherche d'une mesure légale pour contraindre les activistes à ranger leurs ballons. "Ces prospectus font du mal aux relations Nord-Sud", a-t-il affirmé, en guise d'explication, dans la presse de Séoul. Le fait que certains de ces écrits portent sur la maladie de Kim Jong-il, sujet tabou au Nord, n'est sans doute pas étranger à cette soudaine montée de tension...

Contributeurs

"Ramasser ces prospectus est un crime grave au Nord"

Kwon Eun Kyoung est responsable éditorial au "Daily NK", un quotidien en ligne édité par le North Korean Democracy Network et dont les journalistes sont des Nord-Coréens en exil.

L'envoi de prospectus en Corée du Nord a commencé il y a très longtemps, après la fin de la guerre de Corée [1953]. Pendant la Guerre froide et jusque dans les années 1990, c'est le gouvernement sud-coréen qui s'en chargeait. Les ONG ont suivi l'exemple en 2003.

De très nombreux déserteurs ont été influencés par ces documents alors qu'ils vivaient dans le Nord. Rien que ramasser ou jeter un œil à ces prospectus est un crime grave, mais ils sont séduisants et attisent la curiosité des gens là-bas. Pour eux, c'est un aperçu de la société du Sud. Mais c'est aussi un moyen de se poser des questions sur le régime et ses dirigeants.

Mais en juin 2004, l'administration Roh Moo Hyun [président de la Corée du Sud jusqu'en février 2008] et le Nord sont tombés d'accord pour arrêter toute activité de propagande à la frontière. Plus de mégaphones, plus de banderoles, plus de prospectus. C'est à peu près à ce moment-là que des ONG de réfugiés, conscientes de leur influence et de leur efficacité, ont pris le relais. Le premier à le faire a été Lee Min Bok, qui dirige l'Association des réfugiés chrétiens. Lorsque le vent souffle vers le Nord et que la météo est bonne, il envoi ses ballons. La médiatisation de ces différentes actions a incité d'autres ONG à suivre l'exemple.

Mais aujourd'hui, tout cela se passe dans un contexte de tension. Depuis l'arrivée de l'administration Lee en Corée du Sud [le président Lee Myung-bak est un conservateur qui prône une ligne intransigeante à l'égard de Pyongyang], les relations se sont dégradées. Et d'autant plus que le Nord voit l'arrivée d'une nouvelle administration aux Etats-Unis comme une opportunité à saisir pour mettre la pression sur le Sud. On dit aussi qu'à cause de la maladie de Kim Jong-il, le régime adopte une stratégie plus intransigeante.

S'il veut se brouiller avec le Sud, il y a pleins de prétexte: les activités des ONG, celles des politiques qui essaient d'établir un Traité des droits de l'Homme en Corée du Nord... Aujourd'hui, c'est au tour de ces prospectus d'être le sujet de discorde."

Portrait de Kwon Eun Kyoung

Kwon Eun Kyoung

  • Korea (South)
  • North Korea specialised journalist

Décollage de milliers de prospectus vers le Nord

Postée par The Voice of the Martyrs le 25 septembre 2008.

Différents groupes utilisent cette méthode. Ce ballot a été lancé par un groupe de propagande religieuse.

Dans les derniers ballots envoyés par l'association Fighter for a Free North Korea, il y avait environ 10 000 prospectus imprimés sur papier plastifié, accompagnés de billets de banque. Le paquet, une fois ficelé, est accroché à un ballon en plastique géant, tout en longueur et gonflé à l'hélium. Destination Corée du Nord, où le contenu doit être dispersé.

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