De l'Inde à Cuba, ce qu'ils attendent d'Obama

india.jpg
A Pushkar, au Rajasthan en Inde. Photo postée par Aricwithana

Que ce soit la fin d’un embargo ou une meilleure redistribution des richesses, la plupart de nos Observateurs, de Cuba à Ramallah, attendent quelque chose de Barack Obama.

CUBA : "Les gens ont plus parlé de l’élection d’Obama que de celle de Raul Castro"

Yoani Sanchez est une blogueuse de la Havane.

Il y a une attente énorme de la part du peuple cubain. Les gens ont plus parlé de l'élection d'Obama que de celle de Raul Castro - il faut dire qu'il y avait plus de suspens... Ils attendent des changements concrets. Par exemple, que les Cubains des Etats-Unis puissent voyager plus souvent à Cuba [pour l'instant, ils ne peuvent venir que tous les trois ans] et qu'ils puissent envoyer des devises plus facilement [seule la famille rapprochée - père, mère, etc - peut recevoir de l'argent d'un expatrié Cubain aux Etats-Unis]. Pour ma part, je suis plus dubitative sur les changements que peut apporter Obama. Bien sûr, sa victoire aura des conséquences symboliques. Il sera plus difficile pour le pouvoir cubain de diaboliser un noir qui a affiché sa volonté d'ouverture. Mais j'ai peur que les attentes des Cubains soient trop importantes par rapport à ce que pourra effectivement faire le nouveau président."

Portrait de Yoani Sánchez

Yoani Sánchez

  • Cuba
  • Online journalist

CISJORDANIE : "Il s'est positionné contre le transfert de Jérusalem aux Palestiniens et les gens lui en veulent"

Ghassan Abdullah, 65 ans, est expert en informatique à Ramallah, en Cisjordanie.

Je pense que la majorité des Palestiniens préféraient Obama à McCain. Ils s'identifient à lui en raison de ses origines, de sa couleur de peau et de son nom. Mais personnellement, je ne pense pas que son élection change grand-chose. Je me rappelle de son discours devant l'AIPAC [lobby pro-israélien aux Etats-Unis] en mai dernier. Il a affiché un soutien sans faille à Israël. Et il s'est positionné contre le transfert de Jérusalem aux Palestiniens ; les gens lui en veulent pour ça. De toute façon, ce sera toujours les lobbies, les sociétés pétrolières et les autres grosses entreprises qui dicteront la politique américaine dans la région, pas le président. Une solution ne peut venir que des Israéliens et des Palestiniens."

Portrait de Ghassan Abdullah

Ghassan Abdu...

  • Palestine
  • computer specialist

ISRAEL : "Il a des amis qui sont des ennemis avoués d'Israël"

Ariel Woolf enseigne dans une école talmudique à Efrat, en Cisjordanie.

L'élection d'Obama a été un choc pour nous. Nous ne pensions pas que l'Amérique était prête à élire un homme à la peau noire. Je pense que c'est important, mais je ne sais pas ce qu'il va faire maintenant. Il a des amis qui sont des ennemis avoués d'Israël et je ne suis pas sûr de la façon dont il va traiter les ennemis de l'occident. Nous avons besoin d'un président israélien capable de lui tenir tête. Car le poids des Etats-Unis sur la politique israélienne est important. Et j'ai peur qu'il pousse notre pays à abandonner certaines choses sans contreparties."

 

EXPLOSION DE JOIE À JERUSALEM

A Jérusalem. Postée sur Flickr par Anthony J Zhang.

 

Portrait de Ariel Woolf

Ariel Woolf

  • Israel
  • Rabbinical school teacher

PAKISTAN : "Les gens ne l'apprécient pas beaucoup"

Zaheer Kidvai est professeur d'université à Karachi.

Bien qu'ils soient en désaccord sur tout le reste, Israël et le Pakistan se retrouvent sur une chose : ils étaient parmi les rares pays où la population ne soutenait pas majoritairement Obama. Les gens ne l'apprécient pas beaucoup parce qu'il a ouvertement critiqué le Pakistan, qu'il accuse d'être à la racine du terrorisme. Mais, personnellement, je ne pense pas qu'il va changer grand-chose. La « guerre contre le terrorisme » va juste devenir plus réfléchie et basée sur des informations crédibles. Il ne va pas se contenter de bombarder à tout va, ce qui devrait diminuer les tensions."

INDE

A Pushkar au Rajasthan en Inde. Photo postée par Aricwithana

Portrait de Zaheer

Zaheer

  • Pakistan
  • Lecturer

INDONESIE : "Grâce à son expérience ici, il sera probablement plus facile (...) de négocier avec lui"

Rully Dasaad est ancien camarade de classe de Barack Obama à Jakarta, où a vécu le futur président entre 1967 et 1971.

J'étais invité par l'ambassade américaine, le soir de l'élection, avec deux autres anciens camarades de classe d'Obama. La plupart des Indonésiens invités étaient très contents. Grâce à son expérience ici, il sera probablement plus facile de parler et de négocier avec lui. Nous avons beaucoup de ressources naturelles, particulièrement du pétrole et du gaz, dont les Etats-Unis ont besoin. Mais le problème c'est que les investisseurs américains, et les sociétés étrangères en général, prennent nos ressources sans que la population en perçoive les bénéfices. Avec Obama comme président, j'espère que l'Indonésie pourra établir de nouveaux contrats avec un partage plus équitable des profits."

 

En Indonésie, les enfants aussi soutiennent Obama. Postée sur Flickr par Anthony J Zhang.

Portrait de Rully Dassad

Rully Dassad

  • Indonesia
  • Photogrpaher

RUSSIE : "Avec McCain, le Kremlin aurait pu continuer de blâmer les Etats-Unis pour tous ses problèmes"

Maria Antonova est journaliste à Moscou.

Les Russes sont très étonnés qu'un noir entre à la maison blanche. Ils ne connaissent pas grand-chose d'Obama, mais ils espèrent qu'il sera différent de Bush. Avec McCain, le Kremlin aurait pu continuer de blâmer les Etats-Unis pour tous ses problèmes. Ce sera plus difficile maintenant. Quant à la réaction de Medvedev à cette élection [l'annonce d'un déploiement de missiles près de la Pologne, en réponse au bouclier antimissile américain], je ne crois pas qu'elle soit liée à l'élection d'Obama. C'est l'antiaméricanisme habituel des autorités russes. MacCain aurait eu droit au même message d'accueil [le Kremlin s'est également fendu d'un communiqué de "félicitations" extrêmement froid].

CHINE

Postée sur Flickr par sinosplice

KENYA

Au Kenya. Postée sur Flickr par Anthony J Zhang.

JAPON

Au Japon. Postée sur Flickr par Anthony J Zhang.

ANGLETERRE


En Angleterre, un supporter d'Obama après la fête. Postée sur Flickr par Anthony J Zhang.
Portrait de Maria Antonova

Maria Antonova

  • Russia
  • Journaliste

Commentaires

j’ai toujours peur de la guerre

Je soutiens le choix des américains.Obama est calme et c’est un homme très sympathique. C’est un moment historique. Je ne m’attendais pas à ce qu’il gagne. Mais j’ai toujours peur de la guerre. Je suis vraiment persuadé que l’Iran a le droit d’avoir l’arme nucléaire. Alors je ne suis pas sur qu’un nouveau président change quelque chose. J’ai bien peur que si l’Iran se mettait à produire des missiles nucléaires, l’Amérique déclarerait une guerre de tout façon.

Portrait de Mohammed G

Mohammed G

  • Iran
  • Engineering student

Barack Obama est le candidat

Barack Obama est le candidat de la rupture, candidat du changement de cette nouvelle Amérique multicolore qui va bouleverser beaucoup d’idées reçues et influer sur un bon nombre de pays d’Europe, d’Afrique et d’ailleurs. Nous n'attendons pas de cette alternance aux USA une portée materielle mais au delà cela a contribue a une prise de conscience des africains mais aussi devrait amener beaucoup de pays, de mouvements integristes ou autres organisations politiques ou religieuses a revoir leur comportment refractaire vis a vis des Etats unis. Quoi qu'on dise c'est le seul pays au monde pret a elire un emigre de deuxieme generation. Ce qui n'est meme pas possible dans pratiquement aucun pays au monde.

Au Senegal tous les hommes politiques quelque soit leur parti ou leur ideaux ont salue a l'unamite la victoire de Obama mas non sans en profiter pour appeler le pouvoir actuel a revoir sa pratique de la democratie. Le president de la republique Me Abdoulaye WADE lui aussi en a profiter pour appeler le President SARKOZY a adopter ce changement. " il va y avoir quelque chose de change au niveau mondial. Mais je souhaiterais surtout que cela amene un changement en France'' dixit le President WADE.

Cependant, il faudrait surtout louer le courage de Barak OBAMA, ce jeune nor, inexpérimenté, qui a su demontrer a la face du monde et particulierement au noirs d'USA qu’aucune valeur ne vaut le courage car sans lui, aucune autre n’est possible.
Il a donne l'espoir au jeunes de pouvoir rever. Il symbolise l'espererance et l'espoir.
Comme disait l'autre: "La fortune favorise les courageux"

Portrait de Gabby

Gabby

  • Senegal
  • Animateur

Les birmans ont besoin d'aides extérieures

Les Birmans attendent d’Obama qu’il soit aussi sérieux que Bush sur la question birmane. Mr Bush a rencontré 12 activistes birmans lors de son voyage officiel en Thaïlande. Sa femme aussi a été très active. Elle n’a jamais manqué de mentionner la Birmanie dès qu’elle en avait l’occasion. Elle a rendu visite à des réfugiés le long de la frontière birmane.

On aimerait aussi que la politique américaine soit menée avec plus de force et de conviction. Avec les divergences entre le Gouvernement et le Congrès, beaucoup de décisions ont pris du retard ou n’était pas adaptées. Nous n’avons pas vu de véritables avancées pendant la période Bush. Nous souhaitons bénéficier d’une meilleure approche et de plus de financement de la part de l’administration Obama.

L'opposition s'affaiblit avec l'acharnement répressif du SPDC (junte). Nous avons besoin d'aides extérieures pour avancer.

Portrait de Kio

Kio

  • Thailand
  • Human rights defender.

attendons de voir

J’attends beaucoup de lui, mais attendons de voir. Que va-t-il faire pour ces deux guerres, ou pour Guantanamo ? Quant à l’Amérique latine, la question est de savoir s’il va mettre en place une politique d’investissement dans les pays les plus pauvres, sans pour autant chercher à s’immiscer dans leur politique intérieure. J’espère qu’il va mettre un terme à l’embargo contre Cuba. Notre présidente, Cristina Fernandez Kirschner, s’est réjouie de l’élection d’Obama comme si elle était l’une de ses groupies, au lieu de le traiter d’égal à égal. Une vraie honte.

Portrait de Cristina Civale

Cristina Civale

  • Argentina
  • Writer and journalist

Les gens ont continué leur vie comme d’habitude

Tout le monde au Japon espérait la victoire d’Obama, mais ça n’a pas déclenché d’euphorie particulière. Les gens ont continué leur vie comme d’habitude. Bush n’était pas populaire ici – comme partout d’ailleurs… Enfin, c’est étrange, les Japonais discriminent beaucoup les noirs, mais ils semblent l’accepter lui. Je pense qu’ils le respecte parce qu’il a gravi les échelons tout seul, contrairement aux hommes politiques ici.

Portrait de Lee Chapman

Lee Chapman

  • Japan
  • English teacher

Ici, l’urgence est simplement de survivre.

La nouvelle a rendu les gens optimistes en Inde. Concrètement, je pense que les Indiens qui voyagent aux Etats-Unis vont se sentir mieux accueillis, mais cela ne concerne que l’élite. L’Inde est un pays immense et la plupart des gens ne sont pas connectés au monde extérieur. Les journalistes locaux parlent des « urgences » d’Obama, mais pour la plupart, ici, l’urgence est simplement de survivre.

Portrait de Josy Paul

Josy Paul

  • India
  • Creative director

Il nous faut un Obama français

Entre les résultats et les discours des candidats j’ai passé une vraie nuit blanche. Je l’ai ressenti comme un évènement planétaire. On a passé un stade important en ce qui concerne les libertés civiques. La différence ethnique a été abolie.
Je ne sais pas si ça va aidait le développement démocratique de la région. Avec les promesses non tenues de Bush, on a appris qu’il fallait surtout compter sur nous-mêmes.
Mais la Tunisie est sous la domination européenne. La France continue à soutenir la dictature de Ben Ali et ignore les velléités d’émancipation du peuple tunisien. Elle mène une politique d’arrière garde du colonialisme. Un Obama français serait géniale pour nous.
L’histoire de la Marseillaise sifflée à montré que la France ne comprend pas les tunisiens. Ce n’était pas un affront. Ces personnes demandent l’acceptation de la différence et de la multi culturalité. A la différence des Etats-Unis, la France ne reconnait pas encore son identité plurielle.

Portrait de Mokhtar Yahyaoui

Mokhtar Yahy...

  • Tunisia
  • Former judge

La Chine, Taïwan et Obama

C’est sur la question de Taïwan que l’élection d’Obama peut avoir le plus d’impact. C’est un homme habile, il va demander à la Chine de ne pas être trop agressive, mais il va également empêcher Taïwan de déclarer son indépendance. Il sait que personne ne bénéficierait d’une guerre. Les Chinois n’ont pas vraiment fêté son élection, ils ne se sentaient pas concernés. Leur réaction aurait été plus forte s’il n’avait pas été élu. Car nous sommes dans l’ensemble content qu’un noir accède à la maison blanche.

Portrait de Alex Chen

Alex Chen

  • China
  • Waiter

Les autorités cubaines sont-elles prêtes pour ce dialogue?

La fête a été discrète. Un chaîne de télévision –toutes appartiennent à l'Etat-- a consacré deux heures de son émission La Table Ronde à analyser les résultats des élections.
Ma mère m'a dit que tout le monde en parlait dans la rue du quartier dans lequel j'habite en banlieue havanaise. Même dans la queue dans un petit marché agricole où quelques jours auparavant on ne parlait que du manque de légumes, hier le seul sujet était Obama. Vieux et jeunes, tous s’y sont intéressés.

Toute l'histoire de Cuba depuis la fin du XIX siècle a été marquée par le rapprochement ou l'éloignement des Etats-Unis. C'est une question qui va au-delà de l'histoire et qui frappe notre quotidien.
Nous subissons un embargo depuis 46 ans, ce qui nous a mis des obstacles pour nous développer davantage. En plus, le gouvernement cubain a toujours utilisé ce terrible embargo pour justifier ses échecs, notamment en économie.
En outre, George W. Bush a rendu plus difficile les relations entre la communauté cubaine habitant aux Etats-Unis et les familles cubaines. D'après moi la plupart des Cubains espèrent que Barack Obama enlèvera ces sanctions empêchant d'avoir une communication normale.
Il a annoncé qu'il entamerait des négociations avec le gouvernement de Raul Castro, pour finir cette sorte de guerre de 50 ans. Les autorités cubaines sont-elles prêtes pour ce dialogue? Je ne sais pas. Je fais confiance aux négociateurs des deux côtés, ceux qui ont permis, par exemple, la signature d'un accord sur le sujet migratoire en 1994.

En tout cas, Obama promet un changement de la politique belliciste de son prédécesseur. C'est déjà assez. Il faut qu'il nous laisse tranquilles –pas de nouvelles sanctions-- et qu'il ouvre les portes à la diplomatie. Une meilleure relation avec les Etats-Unis sera bonne surtout pour les entrepreneurs américains et pour le peuple cubain. Ce changement comportera un défi pour le discours traditionnellement renfermé du gouvernement cubain.

Portrait de Boris Leonardo

Boris Leonardo

  • Cuba
  • Journaliste