La journée d'un électeur à Los Angeles

Comme dans tous les autres États américains, le 4 novembre 2008 a été en Californie une journée spéciale... L'État gouverné par Arnold Schwarzenegger a voté pour la présidentielle, bien sûr, mais les électeurs devaient également élire leurs sénateurs, et se prononcer sur 12 questions par référendum. Notre observateur à Los Angeles a photographié chaque étape de cette journée en tous points mémorable.
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Battiste est cinéaste à Los Angeles.

Mardi 4 novembre 2008. Je me lève, j'enfile un pantalon. Le ventre vide et la gorge sèche, je quitte mon appartement et monte dans ma voiture. Je m'en vais voter. A peine arrivé à l'endroit désigné par mon district comme bureau de vote (un complexe sportif), je me prends une petite piqûre de rappel devant l'ampleur de l'engouement populaire pour ces élections. Il est 6h40 du matin, le bureau de vote ouvre dans 5 minutes. L'Histoire est en marche, rien ne peut plus l'arrêter.

A l'intérieur, accrochées à la va-vite tout le long du mur, les instructions pour voter sont dans toutes les langues imaginables.

Une femme qui travaille ici me fait savoir qu'il m'est interdit de prendre des photos. Je continue, discrètement...

90 minutes plus tard, j'accède enfin au bureau de vote. Sur la porte d'entrée, trois posters rappellent quelques éléments clés : interdiction sous peine de poursuites judiciaires de vandaliser le matériel de vote, on vous promet que votre vote est entre de bonnes mains et qu'il sera compté quoi qu'il arrive.

A l'intérieur du bureau de vote, la foule est amassée, anxieuse et pas toujours rassurée quant aux conditions de vote. Trois tables avec trois couleurs différentes, une bonne moitié des gens ne sait pas à quelle table elle doit se présenter. Le bulletin est compliqué - une série d'une centaine de nombres sur une petite carte à poinçonner. Il y a comme de l'électricité dans l'air. Mais malgré le chaos, les gens restent calmes - ils savent qu'aujourd'hui ils participent à quelque chose de grand, plus fort que l'attente et l'agacement.

Nombreux sont ceux qui sont venus avec leurs enfants, parfois même avec leurs bébés. Certains parce qu'ils n'ont pas le choix ; d'autres, parce qu'ils voulaient que la future génération de citoyens voit le jour où le mot démocratie a retrouvé un sens aux Etats-Unis.

Voter est un droit, un devoir. Et pour de nombreux Américain aujourd'hui, c'est aussi une affaire de fierté.

Je m'approche à mon tour de l'une des trois tables, elle est orange. La dame me demande comment je m'appelle. Elle feuillette un énorme cahier. Sur l'une des pages, elle trouve mon nom. Je suis donc à la bonne table ! Pas de carte d'électeur, pas de pièce d'identité à fournir. Juste une signature et un sourire échangé.

Je vais voter.

On glisse son bulletin de vote à travers un petit cahier parsemé de trous. On tamponne le cahier selon ses choix à l'aide d'un stylo spécial.

La première page du cahier est consacrée à l'élection du prochain président des Etats-Unis et de son co-listier.

En Californie, l'élection présidentielle n'est pas la seule chose en jeu aujourd'hui. S'y ajoute l'élection d'une demi-douzaine de personnes pour des postes clés à l'échelle locale ainsi qu'une quinzaine de propositions de lois. Tout un programme. Le débat sur la proposition 8 est presque aussi médiatisé que l'élection présidentielle. Si la proposition 8 passe, la constitution californienne serait modifiée et le mariage homosexuel interdit. (La proposition 8 a été votée depuis)

Ça y est, j'ai voté. À présent il faut attendre. Dehors, la vie angeline reprend son cours tranquille...

Tandis que la nuit tombe ici en Californie, les premiers bureaux de vote ferment leurs portes sur la côte Est. J'aperçois un homme assis seul devant une télé bricolée à l'arrière d'un camion. Je me joins à lui. Les premiers résultats tombent. Résultats attendus. Puis, coup après coup, comme un KO à la Mohamed Ali, sénateur Obama gagne la Pennsylvanie, l'Ohio et la Floride, trois États clés dans la course à la Maison Blanche. Sur le papier, la bataille est pliée mais les gens n'y croient pas encore, c'est allé trop vite.

Pourtant, dans la foulée, sénateur McCain, de retour chez lui en Arizona, annonce sa défaite. Il n'est pas encore 21 heures. À Chicago, la foule qui attend le discours de victoire de son sénateur est en liesse : c'est officiel, sénateur Barack Hussein Obama sera le 44e président des Etats-Unis.

Sénateur Obama arrive sur scène, entame son discours d'investiture. Un discours puissant et simple. Un discours qui ne peut être qu'historique. Rapidement, les quelques personnes aux alentours se joignent à nous pour écouter leur futur président. J'écoute aussi et je regarde les visages autour de moi. Des visages captivés par les mots et la présence du sénateur Obama, où se côtoient la douleur du présent et l'espoir d'un futur meilleur. Un futur plus proche, plus vrai. Une nouvelle Amérique vient de naître sous nos yeux."



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