L’icône Kundera mise à terre

Miroslav Dvoracek, le dissident prétendument arrêté à cause de Kundera. Photo de l'Institut tchèque d'étude sur les régimes totalitaires.

La presse tchèque se déchaîne contre Milan Kundera depuis la publication d'un document, sorti des archives de la police tchécoslovaque (STB), qui prouverait que l'écrivain jouait un rôle d'informateur dans les années 50.

Selon le procès verbal du SNB(voir plus bas), publié par l'Institut tchèque d'étude sur les régimes totalitaires, Milan Kundera aurait aidé à localiser et arrêter Miroslav Dvoracek, 21 ans, un pilote d'avion qui coopérait avec les services de contre-espionnage américains. Ce dernier a ensuite été condamné à 22 ans de prison et n'est sorti que 14 années plus tard (plus d'informations).

Kundera a nié en bloc ces accusations, expliquant que le rapport du SNB avait probablement été falsifié. Une version qui ne convaint pas la presse tchèque, qui intime à l'écrivain de s'expliquer. Elle ne satisfait pas non plus Miloslav Kominek, qui a passé 17 années en prison ou en camps de travail sous le régime communiste.

Contributeurs

"Je ne pense pas qu'il soit un saint"

Miloslav Kominek, 80 ans, est un ancien pilote. En 1948, il a tenté de fuir le pays mais a été interpellé à la frontière. A sa sortie de prison, il a milité dans les cercles anticommunistes souterrains, avant de se faire de nouveau arrêter et envoyer dans un camp de travail. Après une période d'exil au Canada, il est aujourd'hui revenu vivre en République tchèque. Vous pouvez le contacter sur sa fiche profil.

Dans les années 50, Kundera était extrêmement bien informé et il utilisait déjà ses informations dans ses articles et ses livres. Comment pouvait-il avoir de telles informations sans l'aide du STB [services secrets tchécoslovaques]? Je ne pense pas qu'il soit un saint et je crois plausible qu'il ait collaboré. Certaines personnes, des journalistes et des écrivains, étaient prêts à travailler avec les nazis ou les communistes pour obtenir des scoops.

A cette époque, le climat social était très tendu. Même avant l'occupation russe, les services secrets surveillaient les gens et procédaient à des arrestations. On s'approchait déjà du "Big Brother". On savait que toutes nos conversations pouvaient être enregistrées ou rapportées au STB. Les gens avaient peur de parler. Il fallait faire très attention à qui l'on se confiait, car nos paroles pouvaient nuire à nous-mêmes ou à nos amis. Malgré tout, quand on faisait confiance à quelqu'un, on le faisait complètement.

Beaucoup de gens ont eu peur et ont préféré dénoncer les autres plutôt que de souffrir. Car en prison, c'était horrible. On m'a fait travailler dans des mines d'uranium, où nous étions mal nourris et battus. Si tu ne pouvais pas travailler à fond, il valait mieux mourir. Même ceux qui sont passés par la prison ne sont pas des saints. Beaucoup ont dû collaborer avec la police pour être libérés."

Le procès verbal du SNB

Photo du Bureau d'étude des régimes totalitaires.

Le procès verbal 624/1950 de l'OVNB (Commandement d'arrondissement de la sécurité nationale) : "Aujourd'hui vers 16 heures, un étudiant, Milan Kundera, né le 1er avril 1929 à Brno, résidant à Prague VII, Cité universitaire, rue Roi George VI, s'est présenté dans ce département et a rapporté qu'une étudiante, Iva Militka, (...) avait rencontré (...) un certain Miroslav Dvoracek qu'elle connaissait".(traduction du tchèque : AFP - la traduction complète en anglais).

Milan Kundera jeune

Photo de la "Czech Cojeco encyclopedia"



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