Le plus ancien prisonnier politique de Birmanie, Win Tin, a été libéré mardi. L'un de nos Observateurs birmans décrypte ce geste de clémence qui peut étonner de la part de la junte.
Win Tin, 79 ans, était en prison depuis 1989. Il avait été condamné à 20 ans de prison pour "propagande antigouvernementale".
Kio est un Birman vivant en exil en Thaïlande. Il est proche des milieux d'opposition et milite pour la démocratie en Birmanie. Il souhaite toutefois rester anonyme.
Win Tin ne voulait pas sortir. Ca a fait toute une
histoire dans la prison. Il disait ne pas reconnaître la décision de la junte de "réduire" sa peine et refusait de signer les documents qu'on lui présentait.
Ce sont les autres prisonniers dont la libération avait été annoncée qui, de
peur de rester eux-aussi derrière les barreaux, l'ont convaincu de sortir. Il a
quitté la prison, mais en portant son uniforme de détenu, pour bien montrer qu'il
se considérait toujours prisonnier. Lorsque les geôliers ont voulu lui
reprendre, il leur a dit qu'il sortirait avec, ou nu. Ils ont abandonné... Il
porte d'ailleurs toujours son uniforme sur les images de sa
libération.
Win Tin a affirmé immédiatement qu'il allait reprendre une activité politique. C'est d'ailleurs, à mon avis, le calcul que fait la junte en le libérant. Ils pensent qu'il va pouvoir mener le NLD [le parti de Aung San Suu Kyi] lors des élections qu'ils ont accepté d'organiser en 2010, mais qu'il ne gagnera pas. D'une part parce qu'ils vont contrôler l'élection, comme toujours, mais aussi parce qu'ils pensent sûrement qu'il n'a pas l'aura de Aung San Suu Kyi en Birmanie.
Et c'est vrai que, avant son arrestation, Win Tin était un homme de l'ombre. Il conseillait Aung San Suu Kyi, mais il n'était pas sur le devant de la scène. C'est elle qui est le vrai leader. Ceci dit, sa libération est une très bonne nouvelle, car Win Tin est un homme de confrontation, qui va forcer le NLD à aller de l'avant et à prendre des initiatives. Enfin, d'autres personnalités importantes ont été libérées en même temps que lui, qui peuvent aussi prendre la relève."
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