Pakistan : le "dictateur" s’en va, les "escrocs" seuls au pouvoir

Pervez Musharraf, sous le coup d’une procédure de destitution engagée par le Parlement, vient d’annoncer sa démission lors d’un discours télévisé. L’un de nos Observateurs dans le pays se félicite du départ du "dictateur", mais explique que ceux qui le remplacent sont des "escrocs" notoires.

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Le blogueur Awab Alvi vit à Karachi (sud du pays). Il a suivi le discours de Pervez Musharraf à la télévision.

Je me réjouis du départ de Musharraf, qui était un dictateur. Mais je ne vois pas pour autant l'avenir en rose, car les deux leaders de l'opposition qui dirigent actuellement le pays, Ali Zardari et Nawaz Sharif [ils dirigent les deux principaux partis d'opposition, mais ces deux dirigeants ne sont pas au gouvernement], sont des politiciens corrompus.

Des rumeurs circulent ici sur la fuite prochaine de Pervez Musharraf vers l'Arabie saoudite. Il semble qu'un avion saoudien l'attend depuis hier. Il se dit ici qu'il y a eu un accord entre lui et l'opposition : il part et, en échange, ils ne le poursuivent pas en justice. Pourtant, il est essentiel qu'il soit jugé dans le cadre d'un procès équitable. Il doit s'expliquer sur les centaines de prisonniers qu'il a exfiltrés sans jugement, de manière totalement illégale, vers les Etats-Unis. Il doit aussi répondre aux interrogations sur l'assassinat de Benazir Bhutto. L'enquête n'a duré que quelques jours et elle a uniquement porté sur les conditions de l'attentat : bombe ou coup de feu. Rien n'a été fait pour identifier les commanditaires. Et tout le monde suspecte que Musharraf cache des choses. Par exemple, n'est-il pas étonnant que le chauffeur de Benazir Bhutto ait été assassiné il y un mois ? Et que la femme qui était dans la voiture avec Bhutto, Naheed Khan, ait disparu [elle ne s'adresse plus aux médias, ce qui fait dire à certains qu'elle est victime d'intimidation] ? Enfin, Musharraf doit répondre des accusations de corruption qui pèsent sur lui.

Concernant le bilan de Musharraf, qu'il a défendu durant son allocution, je pense qu'il est largement surestimé. Il est vrai que les indicateurs économiques étaient meilleurs lorsqu'il avait le pouvoir, notamment la Bourse de Karachi qui a atteint son plus haut. Mais il est probable que les marchés ont été leurrés par de faux chiffres donnés par le président et son équipe sur l'économie pakistanaise. Et puis l'instauration de la loi martiale, en novembre dernier, a certainement pénalisé les entreprises. Musharraf a également insisté sur ses succès en matière de sécurité. Là encore, je n'ai pas vu d'amélioration sous son règne. Les attentats suicides n'ont jamais cessé.

Pourtant, malgré tout cela, je préférais encore Musharraf à ceux qui vont diriger le pays maintenant, Ali Zardari et Nawaz Sharif. Ces deux là sont des escrocs notoires. Ils ont déjà été condamnés pour corruption et ils ont bénéficié d'amnisties. Entre un escroc dont c'était le premier passage au pouvoir et d'autres dont c'est le troisième, je préfère encore le premier. Je voudrais qu'ils quittent tous les trois le Pakistan et laissent la place à d'autres".

Commentaires

C'est une mauvaise nouvelle

Arrêtons de jeter la pierre à Musharraf. Il a réussi à maintenir les islamistes à distance du pouvoir. Et dans un pays où les fondamentalistes sont aussi puissants, ce n'était pas gagné d'avance. Heureusement qu'il était là, surtout que le Pakistan a l'arme atomique et pourrait, contrairement à l'afghanistan, destabiliser toute la région. Les deux guignols corrompus qui le remplacent ne pensent qu'à défendre leurs intérêts personnels. C'est une très mauvaise nouvelle pour ce pays.

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Pervez Musharraf était sous pression US

Avant 2001 le Pakistan a encouragé des groupes terroristes via son armée, vers l'Afghanistan et vers le Cachemire. Le Pakistan a donc voulu le pouvoir taliban, même après le départ des russes, ils sont donc en partie responsables de la situation de la région à partir de 2001.
Les EU ont menacé le Pakistan d'être rayés de la carte (bombardements chirurgicaux) s'ils ne luttent pas aussi contre ces groupe qu'ils avaient encouragé auparavant.
Problème: l'armée Pakistanaise a été formée pour une guerre face aux indiens, mais pas contre des musulmans et encore moins contre des pakistanais. En plus ces pakistanais sont très souvent des pachtounes, tribus solidaires et cloitrées où le pouvoir n'a aucune influence.

Résultat: l'armée pakistanaise est démoralisée, les pakistanais n'ont plus envie de se battre contre les habitants d'une frontière floue. Les pakistanais sont très remontés contre l'occident depuis les menaces américaines et le président n'était que le seul à soutenir leurs politique: encore un allié de perdu!

L'intégrisme islamique au Pakistan est faible: 8%, mais comment savoir leurs véritable influence vu l'incompréhension de la population.

Donc la situation pourrait-être très inquiétante: la corruption n'est qu'une goutte d'eau!

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