Les Libanais ont-ils compris la leçon ?

Plus que jamais divisés après le coup de force armé du Hezbollah, le 7 mai dernier, les principaux leaders politiques libanais, à l’exception du chef du parti chiite, Hassan Nasrallah, ont finalement signé aujourd’hui un accord de sortie de crise au Qatar, à Doha. Depuis une semaine au Liban, la société civile s'est mobilisée en multipliant les protestations pacifiques contre ses dirigeants, incapables de s’entendre jusqu'ici.

"Nos chefs politiques ont redécoupé la carte électorale en fonction de leurs intérêts"

Omar Abdel Samad est membre de l’association "Towards Citizenship" et du collectif Khallas.

Je me réjouis de cet accord, mais je déplore qu’il ait fallu attendre aussi longtemps pour le voir aboutir. Qu’il ait fallu attendre tous ces morts, toutes ces insultes et le sit-in qui a paralysé Beyrouth depuis décembre 2006, avant de s’asseoir et de négocier l’avenir du pays. On s'est mobilisé avec d’autres associations apolitiques et ONG pour exprimer notre exaspération ! L’histoire se répète, ils attendent que le sang coule, avant de se mettre à discuter. Ce qui me dérange aussi, c’est qu’il a fallu aller jusqu’au Qatar pour trouver une solution, sommes-nous incapables de discuter sur notre terre ?

Malgré cela, je suis satisfait de l’accord qui a été signé et je suis optimiste parce qu’on va enfin retourner vers les institutions du pays qui étaient en panne depuis tant de mois. On aura un président, un nouveau gouvernement et un Parlement qui ouvrira à nouveau ses portes. Tout cela est positif à une exception près. Nos chefs politiques ont redécoupé la carte électorale en fonction de leurs intérêts, sans consulter personne, ni tenir compte des conclusions de la commission Boutros qui a travaillé sur le sujet. Il ne faut pas croire qu’ils vont nous faire oublier les affrontements armés qui se sont déroulés à Beyrouth au début du mois de mai. La blessure est encore vive. Et ce n’est pas parce qu’ils se sont enfin mis d’accord qu’on va oublier ce qui s’est passé en quelques jours."

"Merci pour l’émir, honte pour nos roitelets... "

Chadi Bou Habib est économiste, il travaille au Liban.

Ma réaction est simple: fallait-il 70 morts, 200 blessés, tant de vie détruites et de biens perdus pour arriver à cette conclusion ? Ils sont les premiers et les seuls responsables de la crise qui a miné le pays.

Et d'ailleurs, ne pouvaient-ils pas se mettre d'accord avant, et ici, au Liban ? Fallait-il vraiment qu’ils soient traînés jusqu'à Doha et mis en quarantaine pendant cinq jours par l’émir du Qatar pour qu'ils se mettent d'accord ? Merci pour l’émir, honte pour nos roitelets... "

La manifestation du 20 mai 2008

Depuis une semaine au Liban, la société civile s'est mobilisée en multipliant les protestations pacifiques contre ses dirigeants, incapables de s’entendre jusqu'à aujourd'hui. L’Union libanaise des handicapés physiques a diffusé un slogan qui a fait mouche : "Si vous ne vous mettez pas d’accord, ne revenez pas". De nombreuses associations apolitiques, dont Khalass et la Maison laïque, ont repris ce slogan pour faire campagne contre l’inefficacité des élites politiques libanaises. La mobilisation a pris de l'ampleur sur Facebook, où des dizaines de groupes ont également répété ce mot d’ordre.

"Si vous ne vous mettez pas d’accord, ne revenez pas!". Photos prises par Omar Kabboul le 20 mai 2008 sur la route de l'aéroport de Beyrouth, la veille de l'accord de Doha.

Campagne publicitaire anti-guerre de LOWE MENA's

Ce clip publicitaire actuellement diffusé sur plusieurs chaînes de télévision a fait du bruit au Liban. Traduction du texte final : "Plus de 200 000 victimes. Plus de 3 700 voitures piégées. Plus d’un million d’émigrés. Et on a toujours pas compris, ça suffit."

Commentaires

Le Pdt Sleiman a du pain sur

Le Pdt Sleiman a du pain sur la planche...il une petite marge de manoeuvre, puisque la constitution ne lui accorde que peu de pouvoir...pendent ce temps, chaque camp est entrain de préparer la prochaine bataille

Le hezbollah a eu gain de

Le hezbollah a eu gain de cause...l'Etat libanais s'est plié aux diktats des barbus pro-iraniens...c'est mauvais signe...à la prochaine crise ils ressortiront leurs armes...j'en prend le pari

un cache misère

C'est un accord de façade qui ne fait qu'entériner la création d'un Etat Hezbollah dans l'Etat libanais , le renard est déjà entré dans le poulailler, gare au réveil difficile...

Les libanais ont-ils compris la lecon ?

Je ne pense pas que cet accord est autre chose qu'un calmant a court terme. Tant qu'il y a des armes avec d'autres que l'armee et les forces de securite interieure, tant que ces derniers seront interdits d'exercer leurs roles, tant que tout est confessionnel, tant que les politiciens sont les memes, nous risquons l'explosion a n'importe quel moment, il suffit d'une etincelle.



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