La hausse des prix, de Jakarta à Memphis

Les médias font les gros titres, depuis quelques semaines, sur la crise alimentaire. Nous avons demandé à nos Observateurs, en Indonésie, au Cameroun, aux Etats-Unis et à Haïti de nous dire quel impact cette hausse des prix avait sur leur vie.

Indonesie : "Le kilo de riz est passé de 3 500 roupiahs (20cts d’euro) en janvier à 4 700 roupiahs (31cts)"

Dian gère un petit restaurant de Jakarta.

Dans notre Warung [restaurant de rue], nous proposons du nasi goreng [riz frit] comme tout le monde. C'est le plat national. Bien que le prix du kilo de riz soit passé de 3 500 roupiahs (20cts d'euro) en janvier à 4 700 roupiahs (31cts) aujourd'hui, nous essayons de ne pas changer nos prix pour l'instant, contrairement à la plupart des warungs de la ville qui ont augmenté de 1 000 roupiahs le prix leur nasi goreng. Nous attendons un peu car nous avons peur de perdre nos clients. Alors, pour compenser, nous cuisinons aussi beaucoup de plats sans riz comme les soupes et les brochettes de viande. Mais nous ne tiendrons pas longtemps car si l'on parle beaucoup de l'augmentation du prix du riz en Asie en ce moment, c'est loin d'être le seul problème. La majorité des plats indonésiens contiennent du piment. Et le prix au kilo a été multiplié par quatre en moins de deux mois pour atteindre aujourd'hui les 40 000 roupiahs (2,7 euros). Pour nous, il s'agit d'un produit tout aussi important que le riz. Sans parler du kérosène que nous utilisons dans les réchauds pour cuisiner. Non seulement le litre est passé de 3 000 roupiahs (20cts) en janvier à 8 000 roupiahs (54cts) ces derniers jours, mais, en plus, il devient pratiquement impossible de s'en procurer. À cause de cette pénurie, nous avons dû remplacer nos réchauds à kérosène par des réchauds à gaz. C'est cher, mais moins rare. En janvier dernier, nous avons fait 40 % de profit. Aujourd'hui, nous n'en faisons plus que 5 %. Et bien sûr les salaires, eux, n'ont pas augmenté."

Le restaurant de Dian

Cameroun : "Nous faisons partie [des] "magasins témoins""

Depuis les manifestations contre la vie chère, en février dernier, qui ont fait une centaine de morts, le gouvernement a décidé de détaxer certains produits de première nécessité. Mais cette mesure ayant eu peu d'impact sur le pouvoir d'achat des familles, il a ensuite décidé de mettre en place des "magasins témoins" qui appliquent des prix homologués par le ministère du Commerce.

Ibrahim est le responsable de Mont Cameroun, un commerce de denrées alimentaires subventionnées situé en face du marché central de Yaoundé.

La hausse des prix avait fait baisser nos ventes. Nous avons donc signé un protocole d'accord avec le ministère du Commerce, qui a fixé nos prix. Nous faisons donc partie de ce qu'on appelle les "magasins témoins". Nous pratiquons des prix beaucoup moins élevés que dans les autres points de vente. Malheureusement, nous n'allons respecter ces prix que jusqu'à l'épuisement de nos stocks actuels, mais lorsque notre fournisseur va nous faire la prochaine livraison, nous allons être obligés d'augmenter un peu les prix. A moins que nous ne signions à nouveau un protocole d'accord avec le ministère du Commerce".

Selon un autre de nos Observateurs à Yaoundé, Mohamadou Houmfa, les commerçants du marché, mécontents de ce contrôle des prix mis en place par le gouvernement, seraient sur le point de se mettre en grève.

Le magasin d'Ibrahim, à Yaoundé

Etats-Unis : "Choisir entre faire les courses et mettre de l'essence dans la voiture"

Lynn fait de la recherche informatique en freelance à Memphis, Tennessee, USA. A cause de la crise alimentaire mondiale, le prix de la nourriture s'envole aux Etats Unis, notamment en ce qui concerne le riz et la farine. Mais les Américains ne sont pas les plus durement touchés ; la situation est bien pire dans les pays pauvres. Lynn nous explique que ce qu'il lui pose problème avant tout, c'est l'augmentation du prix de l'essence (15 % cette année). Son blog.

J'ai supprimé presque tout ce dont je pouvais me passer. Je n'ai plus le câble, ni même un quelconque abonnement télé. Je n'ai plus d'abonnement avec un opérateur mobile, j'ai acheté une carte pour pouvoir utiliser le téléphone en cas d'urgence ou pour les appels vraiment importants. Sans Internet je ne peux pas travailler, donc je garde ma connexion. Je me suis fait une règle de ne plus acheter de sodas. Je n'achète même plus de thé ou de jus, je bois de l'eau. (...) Je mange un repas par jour (...) Pas de grignotage. Pour ce qui est des fruits, j'aimerais beaucoup pouvoir en consommer, ne serait-ce que des bananes, mais pour la plupart, ils sont devenus trop chère pour une consommation quotidienne. Je conduis une petite voiture. Une très petite voiture ! Pourtant, cela me coute plus de 30 dollars pour faire le plein. C'est fou ! Aujourd'hui, c'était peut être une des journées les plus cruciales pour moi. Il me reste à peu près 0,92 dollars pour finir le mois. Encore dix jours à tenir.

Ma situation est particulièrement mauvaise mais je ne suis pas la seule à avoir des difficultés. Beaucoup de gens doivent choisir entre faire les courses et mettre de l'essence dans la voiture, ou, en tout cas faire de gros sacrifices pour pouvoir continuer à acheter de l'essence. J'entends beaucoup parler de licenciements et de gens qui ne trouvent pas d'emplois. Ceux qui n'ont jamais vraiment eu la possibilité de mettre de l'argent de côté se retrouvent en difficulté rien qu'à cause de l'augmentation du prix de l'essence."

Haïti : obligé de manger de la boue

Postée par "toddgsapp" le 1 mai 2008

Cette vidéo a été filmée à St Marc (dans l'ouest d'Haïti) par Scott Bonnell, un bénévole de Most High Ministries. Il nous explique que la famille vend des gâteaux au marché du coin.

Extraits :

Ingrédients : boue, eau, sel, beurre.

Raison : avec l'augmentation des prix, c'est tout ce qu'ils peuvent se permettre

Recette : Mélanger de l'eau et de la boue, tamiser, ajouter du beurre, du citron et du sel et laisser sécher au soleil.



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