Société générale : « Cette fraude est le fruit (presque naturel) du système »

Le commentaire de notre Observateur, Pierre Hessler, ancien membre du Comité de direction du groupe de conseil Cap Gemini, sur la fraude qui a coûté près de cinq milliards d'euros à la Société générale. Pierre Hessler, auteur de « Médias et scandales des entreprises », s'inquiète de l'incapacité des grandes banques à adapter leur système de gestion des risques à la complexité croissante des marchés.

Contributeurs
La banque d'investissement de la Société générale jouissait d'une excellente réputation. Après l'affaire Kerviel, reconstruire cette réputation est sans doute la première priorité de la direction générale.

Pour l'observateur des scandales des entreprises, l'affaire confirme trois leçons d'importance.

Les banques et d'autres institutions financières sont contraintes par les marchés d'opérer à un niveau de complexité qu'elles sont trop souvent incapables de gérer. Le « risk management » est toujours en retard d'une guerre face aux génies de l'engineering financier - un exemple de la course entre armes défensives et offensives. Dans le cas Kerviel, on met en avant son « génie » informatique pour expliquer la cécité des vérificateurs. Dommage que la faillite des « subprime » relève davantage de la stupidité collective... et de l'incapacité à gérer un risque masqué par les lucratifs écrans de dérivés successifs...

Une telle affaire met toujours à rude épreuve la capacité de chacun à analyser, à comprendre et à communiquer. D'aucuns ont eu hâte d'affirmer que les systèmes de contrôle avaient bien fonctionné ! Les médias usent de termes techniques sans les expliquer - peut-être faute de les comprendre. Sans doute cernés par des experts auto-certifiés en communication de crise, les dirigeants de la Société générale ont cru pouvoir distiller l'information - peut-être faute de savoir, ou pour dissimuler leur embarras. Il reste beaucoup à expliquer, et davantage encore si la Société générale avait bien été avertie l'an dernier.

La plupart des scandales sont considérés comme des aberrations, et ne remettent donc pas en cause les institutions du capitalisme financier. Dans le cas Kerviel, les gourous ont conclu au cas isolé avant même de comprendre les circonstances exactes de l'affaire. A ce stade, tout porte à croire au contraire que ce cas extrême est le fruit (presque naturel) du système, et des règles d'airain du « trading » - punitions immédiates et gains astronomiques. Le trader peut gagner en une transaction ce qui coûte vingt ans de labeur à l'employé moyen. Soumis à de telles pressions et à de telles tentations, qui peut résister à la facilité du coup de pouce, du compromis, de l'entorse aux règles ? Au bas de l'échelle de la profession, Monsieur Kerviel rêvait sans doute de l'escalader. Il a voulu le faire à sa manière, et petit scandale devient grand.

A suivre. »

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