Photo : David A McKee
L'Etat d'Israël a été créé il y a 60 ans. Alors que les Israéliens fêtent leur anniversaire, les Palestiniens pleurent la perte de leur territoire et s'apprêtent à commémorer "al nakba" (la catastrophe). Nos observateurs israéliens et palestiniens nous apportent leurs témoignages.
Ghassan Abdalah est un Palestinien de 65 ans vivant à Ramallah, West Bank. Il avait 6 ans en 1948
quand les juifs se sont installés sur ses terres.
Je me rappelle
très bien de la conquête sioniste de notre pays et je ne l'accepte toujours
pas. Il y a beaucoup plus de réactions aujourd'hui [aux fêtes d'anniversaire de
la création d'Israël] qu'il y a 10 ans. En 1998, on était plus optimiste parce
que des pourparlers étaient en cour et la situation économique n'était pas trop
mauvaise. Aujourd'hui, on voit que rien n'avance.
Quand Israël est devenu
un Etat en 1948, certains Palestiniens ont décidé de rester chez eux, dans ce
qui est devenu le territoire israélien et sont devenus des citoyens israéliens.
Aujourd'hui, 20% des Israéliens sont palestiniens. Amal Ziada est l'un d'entre
eux. Elle se dit d'identité palestinienne mais de nationalité israélienne. Elle
commémore le soixantième anniversaire en voyageant, avec des amis, au village de
Sufari, ou des événements sont prévus toute la semaine.
Je vais au village
de Sufari avec mes amis. Le 15 mai, on commémore al-nakba. Mais aujourd'hui,
pour le soixantième anniversaire d'Israël, plusieurs événements se déroulent à Saffuriyya
pour promouvoir l'identité palestinienne. Beaucoup d'écrivains internationaux
sont arrivés à Ramallah et vont faire des discours aujourd'hui. Il y a de la
musique, des manifestations et des ballons peints en noir vont être lâchés dans
le ciel de Jérusalem. Il y a des bus remplis qui vont y aller depuis Haifa. Heureusement
j'ai trouvé une voiture à la dernière minute !"
Lisa Goldman est une journaliste et écrivain israélienne qui vit à Tel Aviv.
C'est très animé à Tel Aviv. Hier soir, les gens ont fait la fête jusqu'à quatre heures du matin. Ma voisine a organisé une soirée transe. Ma fenêtre a vibrée toute la nuit, j'ai fini par craquer et j'ai appelé la police. Ils m'ont dit qu'ils ne pouvaient rien faire car c'était une occasion spéciale. Heureusement qu'aujourd'hui c'est férié !
Mohamed vie à Rafah, dans
le sud de la bande de Gaza. Ses grands-parents ont quitté Yebna, une ville du
nord de Gaza, lorsqu'Israël a été créée en 1948.
Les gens sont tristes
ici aujourd'hui. Ils se réunissent pour se remémorer et portent des clés, le
symbole des maisons qu'ils ont perdu. A chaque Nakba, ça empire et cela fait
maintenant 60 ans. Nous attendons juste avec impatience de pouvoir enfin rentrer
chez nous. La plupart des gens ici à Gaza viennent d'ailleurs. Ma famille est
de Yebna. Mes grands-parents n'avaient que 14 ans et 15 ans quand on les a forcés à
partir. Mais ils se rappellent de tout. Je pense qu'ils retourneront chez eux.
Beaucoup de gens sont morts sans revoir leurs maisons mais il n'est jamais trop
tard. Nous gardons tous précieusement nos clés ; nous sommes prêt à
repartir".
Un montage de photos
d'archive accompagné de témoignages de Palestiniens qui ont quitté leur
territoire en 1948. Vidéo de Balata Refugee Camp et posté par The Palestine Video Blog.
La vidéo date de 2005 et
a été re-postée pour la 60ème commémoration.
Extraits :
Première femme :
Quand on nous a forcés à partir, nous n'avons même pas fait le lit des
enfants. Le chef des Israéliens nous a dit que nous n'étions pas obligés de
partir, que nous pouvions vivre tous ensemble. Mais je ne l'ai pas cru. Je
pense qu'il aurait fini par tous nous tuer.
Ils en ont tués beaucoup, même des femmes enceintes."
Ils ont commencé à tirer du côté est des champs en direction de jeunes
enfants qui jouaient. Puis les gens sont partis à dos d'ânes et de chameaux.
Nous sommes allés à Lid, puis à Tire, à Jimzu, à Funduq... et puis à Deir
Ghassana, Deir Sharaf, au village de Balata. On a fini près du puits de Jacob.
Nous nous sommes construits des huttes à partir de sacs en toile de jute et de
poteaux en bois. Mais les tentes n'ont pas résisté à l'hiver. Il n'y avait
aucun problème jusqu'à ce que l'Intifada débute et les Israéliens nous ont envahis.
Il faut rendre aux gens leurs territoires."Un montage d'images d'archive illustrant la naissance d'Israël en 1948. Compilé par Ezrat Avot, une organisation pour les israéliens âgés.
A la fin de la vidéo, on peut lire : "Regardez ce qu'ils ont accompli au cours de leurs vies pour nous".