Deux jours après les élections au Zimbabwe, les résultats ne sont toujours pas connus. Alors que l'opposition revendique une victoire écrasante et que ses partisans se préparent à accueillir leur nouveau président, les observateurs leur conseillent de rester calmes. Mugabe, dont le régime est connu pour son haut niveau de corruption, pourrait utiliser ce retard pour confisquer l'élection.
Tout le monde s'attendait à ce que le parti du président, l'Union nationale africaine du Zimbabwe, truque le résultat des élections. Mugabe, au pouvoir depuis 28 ans, admet qu'il n'est pas prêt à céder le trône présidentiel. Néanmoins, lorsque le Mouvement pour le changement démocratique a annoncé lundi sa victoire avec 58% des suffrages, les observateurs se sont demandés si le parti au pouvoir avait suffisamment fraudé. Le retard pris dans l'annonce des résultats laisse supposer que cette « erreur » sera corrigée. Et lorsque le nom de Mugabe sortira du chapeau, des violences pourraient éclater comme cela fut le cas au Kenya l'an passé. Voici l'analyse de nos Observateurs dans la capitale zimbabwéenne.
Bev Clark dirige Kubatana, un site Internet consacré aux droits de l'Homme au Zimbabwe :
Les gens éprouvent un grand
espoir. Ils attendent que Morgan Tsvangirai proclame sa victoire et se
demandent pourquoi cela prend autant de temps. Je ne pense vraiment pas que les
résultats seront annoncés d'ici mercredi. C'est un retard inacceptable, mais le
gouvernement traite les Zimbabwéens sans le moindre respect. Si une
justification était demandée, il n'en fournirait même pas.
Les gens pensent qu'il s'agit d'une victoire écrasante du Mouvement pour le changement démocratique (MDC). En conséquence, le gouvernement renforce la sécurité. Quand Mugabe sera déclaré vainqueur, je pense qu'il y aura des réactions, des violences sporadiques, quelques échauffourées. Mais je ne pense pas que le peuple zimbabwéen descendra dans la rue, à moins que le MDC en prenne la tête. Ils ont besoin d'encadrement et d'informations pratiques. Les gens ont très peur de décrocher les portraits du président chez eux ou à leur travail. Le MDC devrait demander de l'aide à la communauté internationale et trouver un moyen pour mobiliser ses partisans en cas de confiscation des élections."
Samm Farai Monro est un poète et musicien zimbabwéen installé à Harare :
Aujourd'hui, une drôle d'énergie se dégage des rues. Les
gens attendent. Les jeunes recrues de la police patrouillent dans les rues pour
imposer une autorité qu'ils ne sont plus sûrs d'avoir. Le vendeur s'excuse pour
le prix élevé de ses cigarettes. On baissera les prix demain. Après le
changement. Les rues attendent. Le pays s'est réveillé ce matin avec la rumeur
que Mugabe était en train de s'enfuir en Malaisie. Selon le décompte des voix
du MDC, ils sont en tête. La
victoire est sur toutes les lèvres. Mais la fraude aussi. Parce que la
Commission électorale du Zimbabwe doit encore donner ses chiffres "officiels". Elle
doit encore transformer notre rêve en cauchemar. Les Zimbabwéens impatients ont
eu droit à d'interminables clips musicaux et matchs de football sur la
télévision d'Etat. C'est comme
si les élections n'étaient jamais arrivées. Alors, la rue attend. Trépignant
sur place. Elle attend. Elle espère."