Le site français L'observatoire des médias a sorti, lundi, une carte du monde "vu par les rédac chefs", une animation interactive sur laquelle les pays grossissent et changent de couleur en fonction du nombre d'articles dont ils ont été l'objet. Gilles Bruno et Nicolas Kayser-Bril, les responsables de ce projet, ont accepté de réaliser la cartographie du site des Observateurs.
Nicolas Kayser-Bril, l'étudiant qui a créé ces cartes dans le cadre d'une recherche sur l'économie des médias, ouvre quelques pistes de réflexion sur la couverture du monde par les médias :
La première conclusion que je peux tirer de ma recherche,
c'est que les médias couvrent d'avantage les pays développés. Il y a un lien très
clair entre le budget d'un Etat et sa couverture médiatique. Ensuite, les
journaux couvrent mieux les pays dont une forte minorité - blanche - vit sur
son territoire. Par exemple, les quotidiens britanniques couvrent de manière
disproportionnée l'Australie, la Nouvelle Zélande et l'Afrique du sud. J'ai pu
aussi constater qu'il existe un lien très fort entre le nombre de soldats
présents dans un pays et le nombre de papiers publiés à son sujet. Enfin - mais
ce n'est qu'une hypothèse - les médias semblent s'intéresser particulièrement
aux pays ‘agréables', c'est-à-dire où les journalistes aiment se rendre. Cela
expliquerait la surreprésentation de la France ou de l'Italie, alors que
l'Allemagne, et surtout le Japon, sont relativement ignorés. C'est également,
peut-être, une explication de l'énorme couverture d'Israël, seul pays du
Moyen-Orient où un journaliste peut côtoyer facilement une petite amie...
La dernière conclusion que je peux tirer de mon travail, c'est que les médias occidentaux couvrent le monde de manière à peu près identique quelle que soit leur nationalité. Le fait que les agences de presse soient la première source d'informations pour toutes les rédactions est une explication plausible. A cause du manque de moyens, il y a finalement peu de journalistes sur le terrain, mais ils irriguent toutes les rédactions du monde.
Je n'ai pu cartographier qu'un petit nombre de médias, car je n'ai pu traiter que les sites dont les résultats des moteurs de recherches étaient faciles à analyser - c'est un problème technique. Je compte bien sûr étendre mon travail à d'autres sites d'info, d'abord en France et en Allemagne, mais aussi dans le reste du monde, si j'en ai le temps et les ressources. Et je tiens à préciser que les explications que je donne ici ne sont que des hypothèses. Analyser toutes les données chiffrées que j'ai récoltées prendra du temps, ce pourrait être l'objet de ma thèse."