Une femme kamikaze s’est fait exploser lundi 29 octobre en début d’après-midi, sur l’avenue Bourguiba, l’artère principale du centre-ville de Tunis. Le dernier bilan fait état de neuf blessés, dont huit policiers. Un témoin raconte.

Le bilan aurait pu être bien plus conséquent : peu de temps avant l’attentat, une manifestation se tenait sur les marches du théâtre municipal de Tunis, pour dénoncer la mort d’Aymen Othmani, un jeune homme de 19 ans décédé le mardi 23 octobre suite à un tir policier, dans le quartier populaire de Sidi Hassine.

Un passant se retournant sur le corps de la femme kamikaze qui a perpétré l'attentat. Photo publiée sur Facebook.Le cadavre a été flouté par France 24

"Heureusement qu’il n’y a eu qu’une seule explosion, sinon le bilan aurait pu être bien pire…"

Ahmed Tabbebi est un militant associatif qui participait à la manifestation. Il venait de s’éloigner de quelques dizaines de mètres quand il a entendu l’explosion :

La manifestation venait tout juste de s’achever, les gens s’étaient à peine dispersés, quand j’ai entendu une forte explosion. Le premier réflexe des passants a été de fuir, puis ils ont commencé à revenir pour filmer, prendre des photos. C’est alors que j’ai vu que les policiers étaient complètement en panique. Ils ont été les plus touchés car six de leurs véhicules étaient arrêtés dans le périmètre du théâtre municipal pour encadrer la manifestation.

Pendant cinq minutes, ils ne savaient pas quoi faire : ils couraient dans tous les sens, ne communiquaient pas entre eux, ne savaient pas s’ils devaient d’abord porter secours à leurs collègues ou éloigner les gens… Heureusement qu’il n’y a eu qu’une seule explosion, sinon le bilan aurait pu être bien pire…

Quelques minutes après, les policiers se sont calmés et ils ont complètement encerclé le périmètre et interdit l’accès. J’ai vu de loin cinq ou six policiers blessés, mais après, on ne pouvait plus approcher.

Photo publiée sur Facebook montrant le périmètre de la zone de l'attentat encerclé par la police. Le cadavre de la femme kamikaze a été floutée par France 24.

La Tunisie vit une période de crise politique et économique en ce moment. En plus, samedi prochain démarrent les Journées Cinématographiques de Carthage (JCC), qui est un festival de cinéma international. Dans ce contexte, je ne dirais pas qu’on s’attendait à un attentat, mais on sait par expérience que le risque est élevé et on se prépare à cette éventualité.

Photo partagée par plusieurs utilisateurs sur Twitter, montrant la fumée de l'explosion au loin.

Une source gouvernementale contactée par le journal Le Monde estime :"Il est encore trop tôt pour parler d’acte terroriste, mais il est clair que la femme visait les policiers."

Tunis connaissait une certaine accalmie, après une série d’attaques terroristes meurtrières. En novembre 2017, un homme avait attaqué deux policiers au couteau, en tuant un. La dernière attaque remontait avant cela à novembre 2015. Elle s’était produite à quelques centaines de mètres de l’attentat de ce lundi. Un homme s’était fait exploser devant un bus de la garde présidentielle, causant la mort de douze policiers.