Envahi par la végétation, le palais de l’ancien président libérien Samuel Doe est aujourd’hui en ruines, jonché de déchets et criblé de balles. Notre Observateur Saint Tra Bi l’a visité. En documentant son exploration avec photos et vidéos, il entend rendre compte des derniers stigmates que la guerre a laissé au Libéria.

Le président du Liberia Samuel Doe a fait construire à la fin des années 1980 un vaste palais présidentiel dans la ville de Zwedru (sud-est), où il a grandi. Mais quatre mois avant la fin des travaux, celui qui avait pris le pouvoir par un coup d’état en 1980 a été torturé et assassiné par Prince Johnson, chef rebelle et acteur clef de la première guerre civile libérienne, et ses hommes. Ce conflit a fait entre 1989 et 1997 plus de 250 000 morts, opposant le gouvernement de Samuel Doe et des insurgés menés par son ancien conseiller Charles Taylor.

Vestige de ce conflit qui a entrainé la région dans une spirale de violence pendant près de 15 ans, le palais inachevé du président-dictateur est aujourd’hui envahi par la végétation.

 

"De nombreux drogués, voleurs et criminels viennent s’y cacher"

Pour notre Observateur Saint Tra Bi, journaliste ivoirien de 43 ans, ce palais est le symbole des cicatrices que la guerre a laissé derrière elle. Il souhaite donc le voir réhabilité en musée ou en bâtiment public, pour que le Liberia puisse définitivement tourner la page de cette époque sanglante.

Je me suis rendu au Liberia en 2003 et j’avais déjà remarqué ce palais depuis la rue, puisqu’il est imposant. En retournant dans la région en juin 2018, j’ai décidé d’aller visiter les lieux. Le problème c’est que l’accès au palais est interdit, il y a un grand portail fermé à l’entrée.

Grâce à un guide improvisé, nous avons réussi à rentrer et avons pu visiter la propriété. J’étais frappé par l’état de délabrement du bâtiment, de ses dépendances et de la piscine. Quand j’ai souhaité entrer à l’intérieur du palais, le guide a pris peur et m’a laissé là.

C’est vrai que le bâtiment avait tout d’une maison hantée. J’ai par exemple pris peur quand un hibou sorti de nulle part m’a foncé dessus. L’endroit est aussi très sale, recouvert de graffitis et jonché de déchets et d’excréments, et mal famé. Les habitants de la ville m’ont raconté que de nombreux drogués, voleurs et criminels venaient s’y cacher.

J’étais très surpris de voir un palais présidentiel dans cet état, notamment quand on le compare à d’autres dans la région. On peut ainsi visiter le palais de l’ancien président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, qui est maintenu en bon état, et voir le caveau familial ou son bureau.

Le palais de Zwedru est pour moi un symbole fort de la vanité de nos dirigeants, qui se croient bien souvent invincibles et immortels. Or, on voit bien dans ce cas que leur vie et leur pouvoir peut basculer à tout moment, ne laissant qu’un tas de ruines derrière eux.

C’est vraiment du gâchis. Ce beau bâtiment pourrait être rénové et transformé en musée, ou bien en bâtiment public. On comblerait alors les impacts de balles visibles sur la façade, on nettoierait les têtes de mort inscrites sur les murs et on tournerait définitivement la page de la guerre qui a fait tant de mal à ce pays.