Au Burundi, les jeunes innovent, et pas seulement dans la capitale Bujumbura : c’est le message que veulent passer faire les blogueurs du collectif Yaga avec leur projet "Burundi Innove ". À travers des vidéos, ils braquent les projecteurs sur des jeunes entrepreneurs en province qui répondent notamment à des enjeux écologiques ou de santé.

Yaga est un collectif lancé en 2015, qui rassemble des dizaines de blogueurs à travers le pays. Ils ont lancé le projet "Burundi Innove" en février. Ils projettent leurs vidéos lors de rencontres avec des jeunes sur le sujet de l’entrepreneuriat à travers le pays.

"Trop souvent, les modèles qu’on montre aux jeunes sont des modèles qui sont à la capitale"

Alain Horutanga est coordinateur du collectif Yaga.

On a mis en place ce projet pour parler des jeunes qui innovent en dehors de la capitale et qui n’ont pas forcément de la visibilité dans les médias. Car trop souvent, les modèles qu’on montre aux jeunes sont à Bujumbura. Donc c’est aussi une façon de montrer aux jeunes qui sont au milieu du pays qu’ils peuvent entreprendre, qu’il existe des gens qui entreprennent et qui réussissent. Quelque part, c’est aussi pour éviter l’exode rural – souvent, les jeunes viennent à Bujumbura pour leurs études et y restent après.

Parmi les entrepreneurs que nous avons interviewés pour nos vidéos, il y a Didace Baranderetse, qui est venu faire ses études à Bujumbura, mais qui est ensuite retourné dans sa province natale de Gitega [dans l’est du Burundi]. Il y a ouvert un centre d’informatique, car il avait remarqué qu’il manquait des informaticiens qualifiés à Gitega.

 


Le collectif Yaga a jusqu’ici produit des vidéos sur cinq jeunes entrepreneurs, et compte en produire encore plusieurs. Parmi ceux mis à l’honneur, il y a aussi Delphin Kaze, qui participe à la lutte contre la déforestation en fabriquant du charbon à partir de déchets ménagers plutôt que de bois :


Nadège Irakoze, qui a lancé une entreprise de fabrication de chaussures :


Pascal Hakuziyaremye, qui fabrique des spaghettis peu chers et enrichis en œufs pour participer au combat contre la malnutrition :


Et Dorine Niyongabo, qui a lancé sa marque de savons liquides.

Si les facteurs qui ont contribué à leur réussite sont différents pour chacun, les difficultés se ressemblent. Alain Horutanga explique :

Les jeunes qui veulent lancer des entreprises sont souvent découragés par leurs ainés. Ils leur disent : "Comment tu penses que tu peux réussir dans un pays pareil ? Où est-ce que tu vas avoir les financements ? ". Et puis il y a ici cette fierté des diplômes : parce qu’un jeune est diplômé, on s’attend à ce qu’il travaille pour l’administration, derrière un bureau, et qu’il ne se salisse pas les mains. Il faut surmonter ces préjugés qui découragent parfois les jeunes.

La difficulté d’accès aux financements est un problème dans tout le pays. Les banques prêtent difficilement, voir pratiquement pas, aux jeunes qui essayent d’innover. Il existe un projet de création d’une banque d’investissement dédiée aux jeunes; on ne sait pas encore comment ça va fonctionner, mais on espère que cela se concrétisera et aidera les jeunes à lancer et faire grandir leurs entreprises.

Ceux qui vivent en dehors de la capitale ont aussi des difficultés supplémentaires : pour enregistrer son entreprise et de nombreuses démarches administratives, il faut se déplacer jusqu’à Bujumbura. Le système reste très centralisé.

Mais nous espérons que ces vidéos qui montrent des modèles de succès vont encourager des jeunes à surmonter ces défis.

 

Retrouvez le projet "Burundi Innove" dans l’émission des Observateurs de France 24 :