Des photos montrant des jeunes avec leurs affaires, quittant le domicile familial, circulent sur les réseaux sociaux angolais depuis plusieurs mois, dans le cadre du mouvement "Partez de la maison de la vieille femme" ("Operação Sai da casa da Velha", en portugais). L’objectif : encourager les jeunes à quitter la maison familiale, pour prendre leur indépendance, tout en rappelant que c’est souvent impossible en raison du taux de chômage élevé dans cette catégorie de la population.

Un jeune homme avec une valise à la main et un matelas en mousse sur la tête, devant un portail, une jeune femme avec une caisse d’habits sur la tête, face à une dame qui lui crie dessus, à l’extérieur d’une maison… De nombreuses photos montrant ce genre de scènes circulent sur les réseaux sociaux depuis plusieurs mois, en particulier Facebook, où plusieurs groupes ont également été créés dans le cadre de ce mouvement.

Un jeune Angolais de 29 ans a expliqué à notre rédaction :

Ce mouvement de protestation, intitulé "Partez de la maison de la vieille femme", attire l’attention sur les jeunes qui ont passé l’âge de vivre chez leurs parents. Les jeunes qui y participent souhaitent alerter les autorités concernant le fort taux de chômage, qui les contraint à rester vivre chez leurs parents. Pour participer au mouvement, les jeunes prennent une photo avec leurs habits et font mine de s’opposer à leurs parents, comme s’ils étaient expulsés de la maison familiale.





Selon l’Institut national des statistiques (INE) angolais, le taux de chômage est de 20 % dans le pays (avec un pic à 40 % dans la province de Luanda-Sud), mais il s’élève à 46 % chez les jeunes de 15 à 19 ans. Le 21 juillet, des jeunes avaient d'ailleurs manifesté dans les rues de plusieurs villes du pays, afin de faire passer le message suivant : "Le chômage marginalise". Ils réclamaient notamment que le président de la République, João Lourenço, respecte la promesse qu’il avait faite lors de la campagne électorale, selon laquelle 500 000 emplois allaient être créés.





Outre le taux de chômage élevé, d'autres facteurs expliquent toutefois également pourquoi les jeunes restent souvent chez leurs parents, puisque Luanda, par exemple, est considérée comme l’une des villes les plus chères du monde (notamment en raison d’un taux d’inflation élevé, d’une pénurie de devises, et du fait que le pays importe la plupart de ses biens de consommation).


L’Angola n’est pas le seul pays concerné par ce phénomène des jeunes restant vivre chez leurs parents, notamment en raison d’un taux de chômage élevé. En Europe, de très nombreux jeunes sont également concernés, en particulier dans les pays situés au sud et à l’est.

Au début de l’année, un autre mouvement était né sur les réseaux sociaux angolais, intitulé "Tu viens de me tuer" ("Acaba de me matar", en portugais). Des jeunes s’étaient alors pris en photo en prétendant être morts, afin de protester contre le gouvernement du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1975, incapable selon eux de résoudre les problèmes du pays.


Opération "Tu viens de me tuer", lancée en début d'année.


Cet article a été écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).