Cette photo en noir et blanc, sur laquelle figure des personnes vêtues d’une combinaison intégrale avec hublot frontal circule depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux. Chaque fois, les légendes qui l’accompagnent racontent plus ou moins la même histoire : il s’agirait d’enfants juifs utilisés par les nazis comme cobayes. Un "fait historique" qui aurait par la suite inspiré les dessins animés "Moi, moche et méchant" et "Les Minions". C’est complètement faux, mais l’intox n’en finit pas d’être relayée.

Depuis 2015, l'image refait fréquemment surface sur les réseaux sociaux, notamment grâce à des publications traduites en anglais, en espagnol ou en français. Et malgré de nombreux articles contredisant la rumeur, un récent post en français a été partagé plus de 650 fois sur Facebook. (Ce chiffre correspond aux publications "publiques", il est impossible de savoir combien de fois l’intox a été relayée dans des publications qui sont partagées seulement avec les "amis" des utilisateurs).

Le texte qui accompagne la photo indique : "Saviez-vous que "Minions" (de l'allemand "minion" qui signifie sbire) était le nom donné aux enfants juifs adoptés par les scientifiques nazis pour leurs expériences. Ils passaient une grande partie de leur vie à souffrir, et comme ils ne parlaient pas allemand, leurs mots étaient des sons qui faisaient beaucoup rire les Allemands. C'est quand même fou de voir que Pixar a repris ces personnages, avec Gru, qui est un Américain à l'accent allemand, et qui utilise les "minions" pour accomplir ces plans machiavéliques".

Une photo qui a inspiré le dessin animé "Les Minions" ?

C’est faux, et ce à plusieurs niveaux.

Tout d’abord, "minion" n’est pas un mot allemand. (Au cas où vous vous poseriez la question, "minion" – décrivant, dans sa signification originale, une personne qui est un subordonné – se traduit par "Untergebener" en allemand).

Deuxièmement, la photo n’a rien à voir avec des enfants juifs ou des nazis. Elle montre en réalité des soldats britanniques, adultes, portant un équipement Hall-Rees permettant d’évacuer des sous-marins. Inventée au début des années 1900, la combinaison Hall-Rees était, selon les historiens, volumineuse et impopulaire. Elle a rapidement été remplacée par de nouveaux équipements.

Crédit photo : Royal Navy Submarine Museum.

L'image appartient au musée des sous-marins de la Marine royale, situé à Gosport, en Angleterre, et remontrait à 1908.

"L’équipe du musée confirme que ces images, mal utilisées dans cette histoire, font partie de nos vastes archives et montrent l’équipage du C7, le premier sous-marin de la Première Guerre mondiale, portant des "Hall-Rees escape apparatus" [scaphandres permettant à des marins coincés dans un sous-marin de rejoindre la surface, NDLR]", a assuré à la rédaction des Observateurs de France 24 Matthew Sheldon, directeur du patrimoine au Musée national de la Marine royale. "Cet équipement était en fait une tentative précoce de sauver des vies, il serait bon de supprimer définitivement tout lien avec les nazis ou les sbires."

Une autre photo montre l’équipement Hall-Rees. Crédit photo : Royal Navy Submarine Museum.

Une "expérimentation sociale" à l’origine de l’intox ?

Selon un article du quotidien espagnol El Pais, l’une des premières publications contenant cette "intox" sur Facebook remonte à 2015. Diffusée par un internaute chilien, Luciano Gonzàlez, elle avait été partagée plus de 35 000 fois. Par la suite, ce dernier avait affirmé qu’il avait volontairement publié cette fausse information pour faire une "expérimentation sociale". Impossible de savoir si cet internaute était de bonne foi : Il est fréquent que les auteurs de fausses informations en ligne répondent aux critiques en invoquant des "expériences sociales". 

Mais l'explication de Luciano Gonzàlez a été beaucoup moins partagée que son canular, ce qui est généralement le cas pour les messages ou articles qui démystifient les "intox" virales. Comme le révèle une étude récemment publiée dans la revue "Science", les fausses nouvelles se propagent plus vite que les vraies.

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