Se faire fabriquer une figurine à son effigie : l’idée ne passe pas du tout au Koweït, où une boutique qui propose à ses clients d’imprimer des statuettes en 3D à leur image, a été contrainte de baisser le rideau dimanche 16 septembre, après s’être attiré les foudres de religieux conservateurs. Ceux-ci l’accusent d’encourager les gens à adorer des statuettes, ce qui est considéré comme une grave hérésie.

Tout a commencé jeudi 13 septembre, avec l’émergence sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant un journaliste koweïtien, connu sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme "itunesq8", tester la boutique Doob, une enseigne spécialisée dans la technologie 3D, qui venait d’ouvrir ses portes dans un centre commercial à Koweït City. Sur ces images, le journaliste très enthousiaste explique aux internautes le fonctionnement de l’imprimante : le client entre d’abord dans une sorte de sas équipé de plusieurs appareils photos, qui prennent une image de lui sous tous les angles. Puis, l’image est envoyée à une imprimante qui produit une figurine en résine de polymères en très haute définition. "On voit même les petits motifs sur mon t-shirt et la bande verticale sur mon pantalon ", explique ce journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies, en brandissant sa propre figurine.


Mais ces images ont aussitôt suscité une levée de bouclier dans les milieux conservateurs.

"Le signe de la fin des temps"

Sur son compte Twitter, le député conservateur Mohammed Hayef AlـMutairi a réclamé "l’interdiction de ces figurines qui ont envahi la péninsule arabique". "C’est grave que des choses comme ça arrivent dans un pays monothéiste, où l’adoration de idoles a été abolie [après l’avènement de l’islam]. Le retour de ces idoles est un signe de la fin des temps qui approche. Il faut que le ministre du Commerce les interdise", s’est-il emporté.

La pratique de l'idolâtrie est proscrite en islam. Et certaines branches de cette religion interdisent aussi les représentations figurées de la personne humaine. Dans certains courants, ce péché est qualifié de "shirk", ou le fait d’associer un être humain à Allah, le Dieu unique.

Un leader religieux influent, Othman al-Khamis, lui a emboîté le pas sur les réseaux sociaux, affirmant que la boutique qui propose ces produits était "plus dangereuse que les magasins de vente d’alcool". "Cela va encourager des gens à acheter des idoles à leur enfants. Il faut donc fermer le magasin, vite !", a-t-il pesté lors d’un prêche relayé son compte Twitter.

Le ministère du Commerce et de l’Industrie a implicitement désavoué les conservateurs en affirmant dans un communiqué que l’enseigne Alyoucifi, le représentant local de l’entreprise Doob, dont le siège est en Allemagne, n’avait enfreint aucune loi. Mais l’enseigne a toutefois fait savoir dimanche 16 septembre qu’elle avait décidé de retirer toutes les figurines de son présentoir et de suspendre les impressions afin de "protéger ses employés d’une éventuelle action malveillante ou d’une agression".

Les Koweïtiens se moquent des conservateurs

Sur les réseaux sociaux, les Koweïtiens ont été nombreux à moquer la polémique lancée par les conservateurs. Chacun y est allé de sa photo de figurines pour tourner en dérision cette polémique jugée risible.

Traduction : "Regarde comme elles sont belles, mes idoles !"


Traduction : "Juste un petit aperçu de mes idoles."


Traduction : "Voici l’une de mes idoles censées menacer la cohésion de la société."

Traduction : "Les idoles de chez moi !"


Traduction : "Au bureau, j’ai aussi des idoles."


Le Koweït n’est pas le seul pays du Golfe où l’entreprise Doob a ouvert une boutique. L’enseigne compte un deuxième magasin au Bahreïn, où elle poursuit ses activités sans anicroche pour l’instant. Selon un média local, les ventes ont même connu une envolée depuis la fermeture du magasin koweïtien dimanche.