La scène se passe à l’accueil d’un hôtel, dans l’agglomération de Djeddah : un employé égyptien de l’établissement se filme durant la pause-déjeuner en compagnie de sa collègue. La vidéo, massivement relayée sur les réseaux sociaux, n’a pas manqué de susciter un vif mécontentement tant chez les internautes saoudiens qu’auprès des autorités : pour beaucoup, ce comportement est immoral et provocateur. 

La scène a été filmée en mode "selfie" et diffusée en direct le dimanche 9 septembre. On y voit un employé égyptien assis près de sa collègue saoudienne qui est en train de déjeuner. Il s’adresse aux internautes en disant : "C’est le déjeuner, souhaitez-nous un bon appétit !". Puis, il mange une frite de la main de celle-ci avant de préciser, plus tard, qu’elle est juste sa collègue et qu’il n’y a pas lieu de les couvrir d’insultes.


De nombreux Saoudiens ont manifesté leur colère à la vue de ces images. De son côté, le ministère du Travail a déclaré que l’homme avait été arrêté puis transféré au parquet en vue de l’ouverture d’une enquête. Dans un communiqué, le porte-parole du ministère, Khaled Abalkhil, a affirmé que l’accusé avait commis "plusieurs infractions". Selon lui, "son emploi est exclusivement réservé aux Saoudiens. Le gérant de la structure a également été convoqué car les conditions d’aménagement nécessaires ne sont pas respectées [il n’y a pas de séparation entre les espaces de travail des deux sexes, ndlr] afin que les mesures nécessaires soient prises à l’encontre des personnes mises en accusation".

"Une dimension sexuelle dans son comportement"

Début 2018, les autorités saoudiennes avaient annoncé la "nationalisation" de douze professions, parmi lesquelles celles des vendeurs dans les concessions automobiles, les magasins de meubles et les boutiques de vêtements, ainsi que celle d’agent d’accueil dans les hôtels. Cette décision oblige les entreprises à mettre fin aux contrats de tous les résidents étrangers qui exercent ces métiers et à les remplacer par des employés saoudiens. Toutefois, le texte ne sera effectif qu’à compter du mardi 11 septembre 2018, donc après les faits de la vidéo.

Mais selon l’avocat et conseiller juridique saoudien Ahmed Ajab, l’employé égyptien risque de faire face à d’autres accusations, au vu de "l’intimité" qu’il manifeste avec sa collègue dans la vidéo. Ahmed Ajab a ainsi écrit sur Twitter :"Il y a une dimension sexuelle dans son comportement, le régime du harcèlement s’applique, et la punition peut alors être doublée et aller jusqu’à cinq ans de prison et une amende de 300 000 riyals [soit plus de 69 000 euros, NDLR], car l’incident est arrivé sur le lieu de travail. L’abandon des poursuites par la victime ou son refus de porter plainte n’y changera rien."