Depuis début septembre, plusieurs articles prêtent au président de Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, la volonté de mettre fin à l’utilisation du franc CFA pour le remplacer par une nouvelle monnaie nationale. Une "information" reprise par de nombreux sites, mais venant en réalité d’un site satirique.

"Obiang Nguema met fin au franc CFA en Guinée équatoriale !" L’information est présente depuis le 1er septembre sur une quinzaine de sites africains d’information, au Sénégal, au Togo ou encore en Côte d’Ivoire, selon un décompte réalisé par la rédaction des Observateurs de France 24.

Le site Negronews, qui se décrit comme "un site panafricain de référence […] avec pour mission d’informer et d’inspirer la communauté noire francophone à travers le monde", a lui aussi repris l’information sur son site, où on peut lire :

C’était lors d’une réunion des hauts responsables du gouvernement que le chef d’État équato-guinéen a fait une annonce qui peut bien réjouir quelqu’un comme Kemi Seba et tout le front anti-CFA. Selon Obiang Nguema, à l’horizon 2025, un programme de développement devrait permettre au pays d’atteindre le seuil de l’émergence, mais la monnaie actuelle du pays qu’est le franc CFA serait un frein à ces objectifs.

Une nouvelle monnaie qui s’appellerait MAL serait donc en projet pour remplacer le CFA, la seule monnaie coloniale toujours en activité aujourd’hui. Le sous-sol du pays regorgeant d’énormes quantités de ressources surtout du pétrole et du gaz, la Guinée ne se voit plus trop dans cette politique de parrainage colonial et voudrait donc prendre son destin en main.

"Le président de Guinée équatoriale va-t-il mettre fin au franc CFA dans son pays ?"

Le jour même où "l’information" a émergé sur les réseaux sociaux, l’ambassade de Guinée équatoriale en France a publié un communiqué pour dénoncer "une fake news", démentant formellement cette "fausse rumeur destinée à semer le trouble et la zizanie", rappelant qu’il n’était "pas d’actualité que la Guinée équatoriale sorte unilatéralement du franc CFA, et sans le consensus des autres pays de la sous-région d’Afrique centrale ".

Contacté par France 24, l'ambassadeur de Guinée équatoriale en France, Miguel Oyono Ndong Mifumu, nous a indiqué :

La Guinée équatoriale n'a rien à voir avec cette information. Elle a une connotation que nous ne souhaitons pas encourager, car elle est de nature à déstabiliser notamment des investisseurs, sur une question très polémique en ce moment [le francs CFA, NDLR].

Notre pays a décidé d'intégrer volontairement le franc CFA [en 1985, NDLR], et aujourd'hui, il serait impossible pour nos dirigeants de prendre une décision en catimini, sans en informer nos partenaires.

Les discussions autour du franc CFA sont en effet sur la table depuis quelques années : plusieurs hommes politiques africains, comme le président tchadien Idriss Déby, ou le ministre togolais de la Prospective, Kako Nubuko, désignent cette monnaie comme un "outil de servitude volontaire " et appellent à son abolition. En août 2017, plusieurs internautes avaient symboliquement brûlé leurs francs CFA en soutien à Kémi Seba, un activiste panafricain, qui avait lui-même brulé un billet publiquement au Sénégal.

Une information venant d'un site satirique

Le premier article faisant référence à cette fausse décision de la part du président Obiang a en fait été publié par le site 24jours.com le 31 août dernier. C’est cet article qui a été copié, mot pour mot, par la plupart des sites africains.

Or, le site 24jours.com est un site d’information humoristique qui ne dit pas son nom : il s’y mélange des articles plutôt sérieux, copiés collés d’autres sites Internet fiables, et des informations totalement inventées, dont nous publions quelques exemples ci-dessous. En juillet dernier, il avait notamment popularisé une intox montrant un "migrant africain accroché sur l’aile d’un avion", allègrement reprise par de nombreux médias africains.


 

Pour vérifier la fiabilité d'un site Internet, pensez à deux réflexes simples

  1. Allez vérifier la page "à propos" ou "conditions d’utilisation" du site Internet. Sur le site 24jours.com, on trouve par exemple ce paragraphe, on ne peut plus clair :

"24Jours.com assume toute la responsabilité de la nature satirique de certains de ses articles et de la nature fictive de certains contenus. Tous les personnages apparaissant dans certains articles de ce site Web – même ceux basés sur de vraies personnes – sont entièrement fictifs et toute ressemblance entre eux et toute personne, vivante, morte ou mort-vivante, est purement un miracle.

Si vous voulez des info vérifiées, veuillez regarder France 24, CNN, BBC, RT, Euronews ETC. Nous espérons que vous apprécierez le site. "

  1. Utilisez l’outil du Decodex, développé par nos confrères du Monde. Il s’agit d’une base de données permettant de vous donner des indications sur la nature et la crédibilité d’un site que vous ne connaissez pas, pour vous indiquer si ces derniers sont orientés politiquement, s’il s’agit d’un site satirique ou fiable. Par exemple, en indiquant 24jours.com, il était possible d’être méfiant vis-à-vis de son contenu

Pour plus d’information sur les techniques de vérification, n’hésitez pas à consulter notre guide en cliquant sur l’image ci-dessous !


Cet article a été rédigé par Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste pour Les Observateurs de France 24