Pour répondre aux besoins alimentaires de la population citadine en plein essor et promouvoir l’agriculture biologique à Douala, une jeune start-up propose aux habitants des modules adaptés à la taille de leurs balcons ou cours, afin qu’ils produisent eux-mêmes leurs légumes et poissons à domicile. En un an, déjà plus de 500 ménages ont été équipés.

En trente ans au Cameroun, le taux d’urbanisation a doublé et la population citadine ne cesse de croître : elle augmente de 5 % par an, contre 2,9 % pour la population totale. Douala, la capitale économique, n’échappe pas à cette tendance : elle attire chaque année plus de 100 000 nouveaux habitants, selon la FAO.

Pour notre Observateur Hermann Djoko, ingénieur spécialisé en pisciculture (élevage de poissons), il est aujourd’hui nécessaire, pour faire face à cette croissance urbaine, de produire localement.

"Les poissons sont une ressource en protéines à laquelle certains citadins n'ont pas accès"

Fort de ce constat, il a lancé avec trois amis en juin 2017 Energy for all-co, une start-up qui permet de former les particuliers à l’agriculture urbaine et durable, en installant chez eux des "kits de production" adaptés. Il espère ainsi "rendre les habitants le plus autonomes possible" :

Au Cameroun, la croissance démographique pose la question de la sécurité alimentaire. Aujourd’hui, pour subvenir aux besoins de la population, le pays a recours à l’importation de denrées alimentaires. Or, nous pensons qu’il est plus judicieux de réduire les volumes d’importations et de booster la production locale, créatrice de richesse. Après avoir travaillé dans de grandes entreprises, j’ai décidé d’agir dans ce domaine en lançant, avec trois collaborateurs, Energy for all-co. Notre projet ? Former les habitants à la pisciculture en ville, car les poissons sont une ressource en protéines à laquelle certains citadins n’ont pas accès, et à la culture de légumes.

Des laitues dans une serre d'un mètre carré. Crédit photo : Hermann Djoko / Energy for all-co.

Pour cela, nous organisons plusieurs fois par mois des formations autour ces thèmes à Douala. Nous proposons également aux particuliers de les accompagner dans la mise en place d’unités de production chez eux.

"Nous faisons aussi des installations de biodigesteurs à domicile, afin de produire du gaz à partir des déchets alimentaires"

Quand un client nous sollicite, nous demandons d’abord ce dont il a besoin : de la salade, des tomates, des poissons, ou même un peu de tout… Ensuite, nous construisons un module adapté à l’espace disponible : ça peut être sur un balcon ou dans une cour. Le défi en ville, c’est de produire suffisamment sur de petits espaces. On s’arrange donc pour installer des bacs suspendus, ou de petites serres qui tiennent sur 1 m2. Pour que ça coûte le moins cher possible, nous utilisons beaucoup de matériaux recyclés.

Des laitues dans des bidons recyclés. Crédit photo : Hermann Djoko / Energy for all-co.

En ce qui concerne la pisciculture, nous installons des bacs, en plastique ou en béton. Nous recommandons d’élever des poissons silures, qui vivent en eau douce et qui grandissent vite, car ils permettent un fort rendement. Nous faisons aussi des installations de biodigesteurs à domicile, afin de produire du gaz à partir des déchets alimentaires, et de compost, qui sert ensuite d’engrais naturel pour les plantes.

Des bacs installés chez des particuliers pour élever des poissons-chats. Crédit photo : Hermann Djoko / Energy for all-co.

Nos installations coûtent entre 810 00 et 450 000 francs CFA [120 à 680 euros environ], un coût qui est vite rentabilisé par la production, d’autant que nous nous rendons régulièrement sur place pour vérifier que tout fonctionne bien. Par ailleurs, nous proposons de racheter les surplus de production.

Les alevins qui vont grandir dans les bacs installés chez les particuliers jusqu'à atteindre, au bout de quatre mois, la bonne taille pour leur consommation. Crédit photo : Hermann Djoko / Energy for all-co.

Dans un bac d’un mètre cube, il est par exemple possible de mettre 300 alevins (petits poissons) qu'on va faire grossir jusqu'à ce qu'ils atteignent, au bout de quatre mois, 500 g. Donc en quatre mois, on peut produire près de 150 kilos de poisson : il est évident qu’un ménage ne va pas consommer tout cela, donc en nous vendant ce qu’ils ne vont pas manger, nos clients gagnent de l’argent ! Aujourd’hui, on a équipé 530 ménages et 91 restaurants et hôtels. Notre but, c’est de rendre les habitants de la ville le plus autonome possible en termes d’alimentation et d’énergie. D’ici à 2019, nous espérons équiper 1 000 foyers à Douala.

Avec les fonds récoltés grâce aux formations et aux installations chez les particuliers, la start-up se lance depuis fin mai dans la construction d’une serre agricole et aquacole de 120 m2 au cœur de Douala. La production sera ensuite revendue dans des supermarchés aux alentours, afin de privilégier les circuits courts.

À Douala, l’agriculture urbaine intéresse de plus en plus d’entrepreneurs. En octobre 2015, notre Observateur Flavien Kouatcha avait déjà lancé un projet permettant aux habitants d’installer chez eux des kits "aquaponiques", permettant de cultiver des plantes tout en élevant des poissons.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Au Cameroun, le kit pour cultiver des légumes et élever des poissons… en ville

Vous aussi vous avez un projet pour votre communauté ? N’hésitez pas à nous en parler par mail : observateurs@france24.com ou sur notre page Facebook !

Cet article a été écrit par Maëva Poulet (@maevaplt).