Partager une photo historique hors de son contexte, c’est une méthode fréquente sur les réseaux sociaux pour désinformer. Voici quelques exemples, récents ou plus anciens, qui montrent que les photos en noir et blanc sont elles aussi utilisées pour désinformer.

Correction 16-10-2018 : Nous avons introduit une correction pour le deuxième exemple cité dans cet article. Après des recherches plus poussées, nous avons retrouvé l'origine exacte de cette photo d'archives venant d'une université à Atlanta.

Exemple 1 : La photo du bateau "d’italiens arrivant à New York"

Le 23 août dernier, une photo en noir et blanc montrant un bateau rempli à ras-bord a circulé sur Facebook avec cette légende : "Bateau de migrants italiens arrivant à New York au début du XXe siècle ...".

La publication a été archivée ici par la rédaction des Observateurs de France 24.

La photo a été diffusée dans un contexte bien particulier, en réponse notamment à Matteo Salvini, le Premier ministre italien. Ce dernier a refusé à plusieurs reprises d’accueillir sur les côtes italiennes des bateaux humanitaires venant en aide aux migrants traversant la Méditerranée.

Ainsi, dans cette publication, les internautes lui rappelleraient un point d’histoire, faisant référence aux nombreuses migrations d’Italiens vers les Etats-Unis au cours du XXème siècle.

Face à une image comme celle-ci, le réflexe obligatoire est une recherche d’images inversée (cliquez ici pour savoir comment faire). Plutôt que d’utiliser le très connu Google images,vous pouvez utiliser un autre moteur de recherche comme Yandex, qui propose aussi une recherche d’images inversée.

Recherche avec le moteur russe Yandex  disponible ici

Ici, pas de doute possible : dès les premiers résultats, la photo est associée à la Seconde guerre mondiale. Le bateau est en réalité le Queen Elizabeth, bateau très célèbre ramenant les troupes américaines victorieuses dans le port de New York en 1945, à l’issue de la guerre.

Exemple 2 : Che Guevara qui "assassine des femmes"

Che Guevara, icone révolutionnaire communiste, aurait il été pris en photo en train d’abattre deux femmes ? La photo a beaucoup circulé depuis une dizaine d’années, et de nouveau en février 2018.

Des internautes suggéraient que le cliché devrait "remplacer" le fameux portrait que l’on trouve sur tant d’affiches et t-shirts à travers le monde.

Mais toujours avec une recherche d’images inversée, on retrouve cette photo dans les archives du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), un mouvement révolutionnaire du Salvador, créé en 1980, bien après la mort de Che Guevara en 1967.

Là encore, la légende n'est pas tout à fait exacte : une recherche plus poussée de l'image mène en réalité aux archives de l'université Emory à Atlanta.

Contacté par notre rédaction, le service des archives de l'université nous a confirmé que la photo a été prise lors d'une pièce de théâtre jouée en 1989, en nous envoyant même une coupure de journaux. Et sur l'image : exactement le même décor, et un texte expliquant qu'il s'agissait de pièces de théâtre représentant la réalité des guérilla au Salvador et au Guatemala. La photo n'est donc pas celle d'une scène réelle, mais celle des coulisses d'une pièce de théâtre d'étudiants américains.

Exemple 3 : Des "enfants victimes" dans les camps en URSS

Les manipulations d’images d’archive ne datent pas d’hier. La photo ci-dessous montrant des enfants avec une tenue évoquant des prisonniers a été utilisée par un magazine intitulé "La Voix des martyrs" traitant des persécutions sur les chrétiens dans le monde.

Dans cette édition de 1978, la photo est utilisée dans un article qui affirme que ces enfants sont maltraités dans des camps en URSS comme l’explique une brochure du Museum für Kommunikation de Berne, en Suisse.

La recherche d’images inversée n’existait pas à l’époque, mais aujourd’hui, elle nous permet de retrouver le cliché sur cette page. Il s’agissait en fait d’enfants de la ville de Torgau en Allemagne après une sortie à la piscine prise deux ans auparavant.

Avez-vous repéré d’autres photos d’archives avec une fausse légende ? N’hésitez pas à la transmettre à notre rédaction !