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Un trou géant de 60 m de profondeur est apparu dans l’ouest de l’Iran, le 19 août, près du petit village de Kerdabad, dans le comté du Kabudrahang, dans la province de Hamadan. Le spectacle a inquiété à la fois les habitants de la région et les spécialistes, qui voient dans ce phénomène la preuve de la dégradation des nappes phréatiques.

Les images de ce trou géant font d’autant plus froid dans le dos qu’il s’est creusé à seulement un kilomètre d’un village de 2 000 habitants, et à quelques kilomètres d’une station d’énergie solaire, d’une centrale thermique et d’une importante autoroute.

CORRECTION (03/09/2018) : Dans la version originale de cet article, publié le 27/08/2018, nous avons cité des estimations erronées concernant la taille du trou. Nous estimons qu’il fait une centaine de mètres de diamètre au maximum
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Cette vidéo d’un trou géant, situé près du village de Kerdabad, dans la province iranienne de Hamadan, circulait sur l’application Telegram en août 2018.  
 

Un berger qui a été témoin de l’effondrement du terrain a décrit ce qu’il a vu à un média iranien :

Cela s’est passé aux alentours de 15h. J’étais à 20 mètres de l’endroit où le trou s’est formé. Soudain, j’ai entendu un bruit étrange et très puissant, et j’ai vu se soulever un tourbillon de poussière. D’une seconde à l’autre, le trou s’est formé. Les villageois ont désormais peur que cela se reproduise chez eux. On demande aux autorités de trouver une solution.

Ce n’est la première fois qu’un tel phénomène se produit dans la région : en deux décennies, c’est le treizième trou géant qui se creuse dans le comté de Kabudrahang. Jusque-là, aucun village ni aucune ville n’ont été touchés, mais certains trous se sont formés à proximité.

Selon l’agence iranienne Tasnim News, on compte aujourd’hui 90 trous géants dans tout le pays, dont 25 dans la seule province de Hamadane.


Cette image téléchargée de Google Maps le 27 août montre d’autres trous géants dans la province de Hamadan. Les cercles rouges ont été rajoutés par France 24.

"Les trous géants représentent un risque majeur pour les habitants"

Amir Shemshaki est le directeur général du bureau des géorisques, de l’ingénierie et de la géologie environnementale au sein de l’agence nationale du Relevé géologique et de l’exploration minérale en Iran.

Ces trous sont causés par l’effondrement de larges cavités souterraines. Cela a habituellement lieu dans les couches sédimentaires composées de calcium ou de calcaire.

Plusieurs raisons naturelles, mais aussi humaines peuvent être imputées à ce genre de phénomènes. Parmi les raisons naturelles figurent les inondations ou les glissements de terrain, ou tout simplement parce que la terre devient trop lourde à ces endroits-là et finit par céder. Quant aux raisons humaines, elles tiennent principalement à la surconsommation des eaux souterraines qui assèche et du coup fragilise les cavités souterraines, ainsi qu’à la présence d’eaux usées avec un niveau de pH [unité de mesure d’acidité] élevé, ce qui peut conduire à la dissolution du calcium et du calcaire.

Dans le comté de Kabudrahang, plusieurs de ces facteurs sont combinés, car il y a à la fois une surconsommation des eaux souterraines et un niveau du pH élevé, et les sols sont en calcaire et se dissolvent donc facilement.

Pour prévenir la formation de ces trous géants, il faut adapter l’agriculture de la région. Cela passe par la réduction de la consommation d’eau et l’adoption de techniques d’irrigation plus efficaces.

 

Selon la compagnie des eaux de la province de Hamadan, il y a au moins 1 000 points d’eau illégaux qui servent à irriguer 120 000 hectares d’agriculture dans le comté de Kabudrahang. Cela a conduit à faire baisser le niveau des nappes phréatiques de 20 mètres durant les vingt dernières années.

Selon Naser Karami, un climatologue physique basé à Londres, "l’Iran a utilisé en moins de cinquante ans près de 70 % de ses ressources d’eau souterraines, qui ont mis un million d’années à se former."


Cette photo d’un trou géant, situé près du village de Kerdabad, dans la province de Hamadan, circulait sur l’application Telegram en août 2018.

Shemshaki poursuit :

Les trous géants représentent un risque majeur pour les habitants [du comté de Kabudrahang]. Nous devons donc surveiller de près le développement urbain et effectuer des enquêtes poussées afin que tous les projets de construction dans les zones à risque soient stoppés ou bien relocalisés.

L’Iran a été frappé par la sécheresse durant les cinquante dernières années. Selon l’Organisation météorologique d’Iran, 90 % du territoire est en état de sécheresse, bien que les niveaux varient d’une région à l’autre.