Alors que l’Égypte a été classée cette année par la fondation Thomson Reuters comme le pays le plus dangereux pour une femme en 2018, de jeunes égyptiennes ont décidé de se lancer dans le parkour. Parmi elles, notre Observatrice, fondatrice du premier club de parkour féminin au Caire. Pour elle, c'est un moyen de reprendre possession de la rue égyptienne.

Créé en France dans les années 1980, le parkour est un sport dérivé du mot “ parcours” qui consiste à sillonner la ville en escaladant les murs, en sautant ou courant entre les immeubles. La discipline n’est pas nouvelle en Égypte, où des hommes pratiquent cette gymnastique depuis une dizaine d’années. Mais c’est la première fois que des jeunes femmes décident de se lancer.

"En Égypte, le parkour est un défi pour des femmes qui ne sont pas habituées à faire du sport"

Yasmina Abdallah a 24 ans. Après avoir obtenu son diplôme en comptabilité, elle décide en 2014 de s’entraîner auprès d’une équipe masculine.
 
J’ai commencé par m’entraîner au sein de l’équipe masculine, qui attirait quelques curieuses comme moi. Petit à petit, j’ai senti que ce n’était pas qu’un sport et que pour une femme, égyptienne de surcroît, il pouvait y avoir un impact positif sur le corps, lui permettre de s’imposer. Fin 2017, j’ai décidé de créer un groupe strictement féminin, le “Parkour Egypt Ladies”.


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Employée dans une banque cairote, Yasmina consacre une bonne partie de son temps libre au parkour, entre entraînements et repérages de lieux. Un rythme intense qu’elle considère nécessaire.
 
Nous sommes cinq jeunes femmes, issues de milieux populaires et de la classe moyenne, et âgées entre 10 et 24 ans. En tant que femmes, nous avons dû redoubler d’effort, car dans nos parcours scolaires et universitaires nous n’avions pas autant accès aux activités sportives que les hommes.”


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Les cinq jeunes femmes s'entraînent au moins une fois par semaine pour escalader des obstacles urbains, apprendre à atterrir correctement après des sauts...Elles voudraient attirer le plus de nouvelles recrues afin de rendre l’équipe professionnelle.
 
Les hommes étaient plutôt impressionnés à l’idée de voir des femmes escalader des murs ou encore sauter entre les immeubles. Il y avait beaucoup de curieux qui s’amusaient à nous regarder et nous filmer. Heureusement que j’ai eu le soutien de ma famille, mais toutes les filles n’ont pas cette chance. Certains membres de leur entourage leur signifiaient que notre place n’était pas dans la rue, que nous ne devions pas sauter, nous faire voir ainsi. En Égypte, quand tu es une femme, la rue ne t’appartient pas.


"Avec le parkour, les femmes égyptiennes reprennent possession de la rue"
 
Le parkour a changé ma vie. Avant, mon corps était faible, je pesais 45 kilos, je me faisais harceler régulièrement dans la rue et je réagissais à peine, par lassitude. Le parkour ce n’est pas de la boxe. Il ne s’agit pas de me battre contre mon agresseur. Mais ce qui change, c’est l’attitude face à l’agression : désormais je sais que je suis capable de répliquer et ça me donne confiance en moi. Dans une ville comme Le Caire, ou le harcèlement de rue est une affaire quotidienne, je me sens plus forte. Si un homme tente de me toucher, ou me voler, je cours, enchaîne avec une roulade avant, et il n’arrive à rien faire. Les hommes ne sont pas habitués à nous voir répliquer. Avec le parkour, les femmes reprennent possession de la rue égyptienne.


L’Égypte n’est pas le seul pays arabe à posséder une équipe de parkour féminin : aux Émirats arabes unis, au Maroc et au Liban, plusieurs femmes tentent l’aventure. Un rêve pour Yasmina, qui espère devenir un jour coach de parkour féminin.

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