Frappée à coups de parapluie et giflée : une vendeuse de bougies, portant sous le bras un bébé, a été violentée par un policier alors qu’elle voulait retirer de l’argent dans un établissement de finances d’Accra, la capitale ghanéenne, le 19 juillet. Filmée, la scène a vivement ému dans le pays, notamment en raison du profil de la victime, grand-mère pauvre contrainte de prendre en charge sa petite-fille, dans un pays où le comportement de la police est souvent pointé du doigt.

Patience Osafo a 36 ans, et elle est déjà grand-mère. Selon les médias locaux, sa fille est épileptique et elle doit s‘occuper de sa petite-fille, nouvelle-née et issue d’un viol. Elle a ouvert un compte pour lui mettre de l’argent de côté, et c’est en voulant retirer l’argent de ce compte que les faits se sont produits, dans une agence de la société de services financiers Midland Savings and Loans.

Un employé a filmé l'agression. Le pollicier s'en prend à la femme alors qu'elle a le bébé dans les bras, avant que quelqu'un ne parvienne à récupérer l'enfant. La femme est finalement mise dehors, après avoir été frappée à plusieurs reprises.

"Les gens se sont sentis très mal pour cette pauvre femme"

Notre Observateur, Kenn Carr, un entrepreneur digital à Accra, s’est rendu sur place le lendemain pour établir les faits, avec des témoins. Il retrace les évènements.

Les personnes que j’ai vues sur place m’ont expliqué que cette femme était venue quotidiennement depuis plusieurs jours avec la volonté de retirer l’argent qu’elle avait sur son compte. Mais à chaque fois, un employé de l’établissement arguait d’un soi-disant "problème de réseau" qui rendait l’opération impossible. Elle a fini par en avoir assez, et le 19 juillet, elle est venue très tôt avant l’ouverture de la banque pour être la première cliente et être sûre de pouvoir retirer son argent. Sauf qu’à 16h, elle n’avait toujours rien, on lui avait invoqué toute la journée le même "problème de réseau ". L’établissement allait fermer, on lui a demandé de partir, elle a refusé et le policier est intervenu.

Selon moi, la vraie raison du refus de l’établissement, c’est qu’on craignait qu’elle ne ferme son compte, car elle avait l’intention de retirer tout son argent, c’est-à-dire pas grand-chose : 270 cédis ghanéens, soit 48 euros.

La vidéo est rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux, et a suscité une vague de soutien pour Patience Osafo, qui a reçu des dons, notamment de la part d’un député et d’une organisation de la région Yilo Klo , d’où est originaire le policier, qui lui ont chacun versé 2 000 cedis [environ 355 euros]. Une radio a également donné 2000 cedis pour qu'elle paye des frais médicaux et 5000 cédis de plus pour elle. Contrairement à certaines fausses informations qui circulent, ni le président de la République ni le gouvernement n'ont fait de dons pour la victime.
 
"La police n’a pas bonne réputation au Ghana"

Kenn Carr explique les raisons de ce soutien :

Les vendeurs de rues sont très nombreux au Ghana : ils vendent de tout et de rien aux carrefours entre les voitures, ils sont très pauvres... Donc les gens se sont sentis très mal pour cette femme. De plus, beaucoup de gens se sont indignés du comportement du policier. Il faut dire que la police n’a pas bonne réputation au Ghana. Fin mars, un journaliste a eu une fracture du crâne après avoir été frappé par des policiers lors de la couverture d’une manifestation. D’une manière générale, beaucoup de Ghanéens trouvent que les agents ont tendance à prendre les gens de haut, à leur parler très mal. Ce n’est pas comme ça que devraient se comporter des personnes censées vous protéger. 

La police ghanéenne a annoncé, dès le 20 juillet, l’ouverture d’une enquête sur le comportement de son agent, suspendu de ses fonctions. Le ministre de l’Intérieur n’a pas exclu qu’il soit révoqué de ses fonctions.
Il a comparu devant une cour le 25 juillet et plaidé non-coupable. Il doit comparaître à nouveau le 8 aout.Contrairement à ce qu'indiquent certains articles, rien n'indique qu'il est actuellement en prison.

Des instructions ont été données à tous les agents de police du Ghana pour les inviter à se comporter de façon adéquate avec leurs concitoyens. L’affaire a même entraîné une réaction du président de la République, Nana Akufo Addo, qui a assuré l’Inspection générale de la police de  son “soutien complet” aux mesures prises envers le policer fautif.