Des affrontements interethniques violents se sont produits les 24 et 25 juillet à Tombouctou entre les communautés noire et arabe. Après la découverte d’armes dans des pickups, la ville s’est enflammée : des échanges de tirs ont fait sept blessés et de nombreux véhicules ont été incendiés. Dans une ville où les braquages à main armée se multiplient, et où les habitants s’arment pour se défendre, la communauté arabe qui est pointée du doigt.

Dans la soirée du mardi 24 juillet et le lendemain, des tirs ont été échangés à Tombouctou, au nord du Mali. Ils ont été causés par un "malentendu" entre la communauté noire, majoritaire, et la communauté arabe, rapportent nos Observateurs. En cause : mardi soir, deux pick-ups remplis d’armes ont été interceptés par l’armée, qu’un groupe de jeunes Noirs a ensuite incendié en représailles, affirmant que les pick-ups étaient conduits par des Arabes. Les "Arabes" sont plus généralement accusés par les Noirs de perpétrer des braquages, des vols ainsi que de collaborer avec les jihadistes de la région.

Un des pick-ups en train d'être détruit. Photo transmise par notre Observateur.

Les deux pick-ups en train d'être incendiés. Photo transmise par notre Observateur.

"Des Arabes ont fait des barricades pour stopper la circulation et brûlé une dizaine de motos"

Notre Observateur Mohamed AG Alher Dida travaille pour la radio locale Jamana. Il a assisté aux événements et nous a transmis des photos et vidéos, prises par lui et ses amis.
 
Mercredi, les Arabes ont décidé de riposter à l’incendie des pick-ups et aux accusations en en lançant une opération ville morte [la communauté arabe tient beaucoup de commerces à Tombouctou, NDLR]. Ils se sont organisés et ont fermé les deux principaux marchés et les commerces, ont brûlé des pneus et des tirs de sommation ont retenti dans la ville. Ils ont également mis en place plusieurs barricades pour stopper la circulation et brûlé une dizaine de motos.

Des commerces fermés lors de l'opération "ville morte" lancée par les commerçants arabes.

Une barricade installée dans la ville de Tombouctou, le 25 juillet 2018.

Aussitôt informée, l’armée est intervenue dans la ville pour faire cesser ces agissements. Quelques-uns ont été arrêtés, d’autres se sont retranchés au niveau de l’abattoir de la ville. Là-bas, ils ont forcé le boucher à cesser le travail et ont échangé des tirs avec l’armée. L’armée a finalement pris le contrôle de la situation.

Des jeunes de la communauté noire de Tombouctou en route pour une manifestation spontanée sur la place de l'Indépendance, le 25 juillet dans l'après-midi.

Par la suite, les jeunes de la communauté noire ont défilé dans les rues pour exprimer leur mécontentement à l’égard des événements et de la communauté arabe.

"L’insécurité favorise en somme la division des communautés"

Un autre habitant de Tombouctou, qui a souhaité garder l’anonymat, explique les raisons de ces tensions entre Noirs et Arabes dans la ville.
 
Quand les jeunes de la communauté noire ont découvert ces véhicules pleins d’armes, ils ont pensé que les Arabes préparaient une attaque ou un attentat à la voiture piégée et y ont mis le feu. Mais les Arabes ont réagi le lendemain, refusant l’amalgame qui fait d’eux des voleurs et des terroristes.

Ces animosités sont entretenues par le climat d’insécurité qui règne ici. Les braquages à main armée de magasins ou de voyageurs sont monnaie courante. Presque tout le monde est armé. Par ailleurs, le chômage pousse les gens à devenir bandits et à semer le désordre.

Ce contexte tendu favorise en somme la division des communautés, et la propagation des préjugés comme celui qui fait des arabes des terroristes, des voleurs et des braqueurs.

"Un chauffeur était arabe et l’autre noir", note le maire

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, le maire de Tombouctou Aboubacrine Cissé a pu apporter quelques précisions supplémentaires sur le déroulé des faits. Les affrontements auraient ainsi fait sept blessés, dont deux par balle et un grave.
 
Lundi 23 juillet, une pharmacie a été pillée, ce qui a attisé davantage les tensions qui se sont manifestées mardi et mercredi. Le ressentiment à l’égard de ceux qu’on appelle les "peaux rouges", c’est-à-dire les Arabes, mais aussi les Touaregs, est en partie justifié par le fait qu’ils commettent la majorité des braquages. Mais dans le cas des deux pickups de mardi soir, il est intéressant de noter qu’un chauffeur était arabe et l’autre noir. Les deux communautés versent donc dans le crime.

Pour l’instant, la situation est à nouveau calme. Notre objectif est de réguler la circulation illégale des armes et c’est, selon moi, à cette condition que ce genre d’événements ne se reproduira pas.

La région de Tombouctou est depuis six ans le théâtre d’affrontements entre des groupes rebelles et l’armée malienne, assistée de forces étrangères, notamment françaises. Occupée par des rebelles touaregs, puis des groupes islamistes à partir d’avril 2012, elle est reprise neuf mois plus tard par les troupes françaises et maliennes. Les forces armées maliennes et étrangères chargées de sécuriser la ville continuent depuis de subir régulièrement des attaques.