Le 18 juillet, à Jounieh, une ville côtière au nord de Beyrouth, deux prostituées transsexuelles se sont fait agresser par un homme dans la rue. Notre Observateur est une jeune transsexuelle libanaise. Selon elle, cette agression met en lumière le climat de terreur dans lequel vivent pour les minorités sexuelles au Liban.

La scène a lieu dans la périphérie de la commune de Jounieh. Elle a été filmée en deux temps et les vidéos, qui durent chacune quelque secondes, ont émergé rapidement sur les réseaux sociaux, où elles ont fait beaucoup réagir. Sur la première, on peut apercevoir une transsexuelle fuir. La caméra se déplace ensuite vers une seconde personne à terre. Un homme d’une cinquantaine d’années lui assène des coups et l’empêche de partir. Quatre personnes les encerclent et observent la scène. Sur la seconde vidéo, on peut voir clairement l’homme en question s’asseoir sur la personne, liant ses mains pour l’empêcher de se débattre. Il déclare ensuite : "Rends-moi mes 200 dollars ! (Au Liban, deux monnaies sont utilisées : la livre libanaise et le dollar libanais. Un dollar correspondant environ à 0,80 euros.)

Ces vidéos ont suscité beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux, notamment sur WhatsApp.

Traduction : " J'espère qu'un jour les gens réaliseront que nous sommes tous la norme, et que la société est beaucoup plus grande que notre petite bulle".
 
"Les actes de violence envers les minorités transsexuelles sont devenues monnaie courante au Liban"

Ameen Rhayeem est membre de l’association Helem (acronyme arabe de "Protection libanaise pour les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres"), le premier rassemblement LGBT du Moyen-Orient. Depuis 2004, Helem établit des rapports sur la situation des minorités LGBT et un suivi complet sur chacun des cas particuliers de persécution ou discrimination. Face à l’absence de communication de la police municipale de Jounieh, l’association a décidé d’enquêter à son compte. Il livre sa version des fait grâce aux témoignages recueillis.
 
D’après les commerçants avec lesquels nous avons échangé sur place, les deux jeunes femmes sont sorties d’un hôtel en courant. L’homme y aurait été avec elles pour obtenir leurs services, mais au moment de passer à l’acte, il se serait rendu compte qu’il s’agissait de transsexuelles et aurait commencé à s’en prendre à elles. Elles avaient déjà reçu 200 dollars et ont voulu fuir : l’une y est parvenue, pas l’autre. Quelques heures plus tard, les deux victimes ont cependant été arrêtées [Au Liban, la prostitution est illégale. Les peines pouvant aller jusqu'à dix ans de prison, NDLR].
 
Cette version est celle qui nous est revenue le plus souvent. Ces actes de violence envers les minorités transsexuelles sont en tout cas devenus monnaie courante au Liban. Si une bagarre, ou une agression éclate, c’est toujours la personne transsexuelle qui se retrouve derrière les barreaux, par coutume.

Contactée par la rédaction des Observateurs de France 24, la police de Jounieh n’a pas donné suite à nos questions. Nous publierons sa réponse si elle nous parvient. Notre Observateur n’est pas en mesure de savoir ce qu’il est advenu des deux personnes arrêtées.

Les discriminations envers les transsexuels persistent, même si depuis 2016, les personnes transsexuelles sont autorisées à changer de sexe. Elles ne peuvent donc plus être poursuivies ou arrêtées pour des motifs liés à leur sexualité.
"La police ne nous protège pas"

Sasha est mannequin transsexuelle libanaise. Depuis quelques années, elle fait face à des violences de ce type.
 
Le Liban est considéré comme plus "tolérant" que d'autres pays arabes par rapport à l'homosexualité et à la transsexualité, mais une grande partie de la société n'accepte pas les LGBT et la police mène régulièrement des descentes. Cette vidéo n'en est qu'une illustration parmi tant d’autres. Ici, les transsexuelles sont travailleuses du sexe, car c’est la seule solution qu’elles ont trouvé pour pouvoir s’intégrer dans la société. Quand on est transsexuel, les choses les plus basiques comme avoir un métier, avoir une éducation ou même trouver un logement sont très difficiles.

Aujourd’hui, je ne me sens pas protégé par la police ou qui que ce soit, d’ailleurs. Mais chacun a un parcours différent et des expériences différentes. J’ai déjà eu plusieurs altercations avec la police, des intimidations. Le plus difficile, c’est le manque de soutien de la part de la société. Les policiers sont censés nous protéger mais finalement font tout le contraire. Il faut savoir qu'au Liban, le sujet est encore tabou. Les personnes transsexuelles peuvent changer de sexe, mais tout le monde n’accepte pas leur transition.