Observateurs

La capitale égyptienne compte une dizaine d’animaleries. Mais depuis la diffusion, le 19 mai, de vidéos montrant les abus faits aux animaux, un groupe d’Égyptiens a décidé de se mobiliser contre ces établissements. Un regroupement jugé nécessaire face à l’absence de législation en la matière.

À la fin du mois de mai 2018, en plein ramadan, une internaute égyptienne a publié la photo d’un chien husky mort assoiffé, étendu dans la cage d’une animalerie du centre commercial de Maadi, un quartier aisé du Caire. Exposé au soleil en pleine journée, ce chien, fait pour vivre dans des zones froides, avait succombé à la chaleur. Cette photo a suscité beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux, la plupart des internautes appelant à la fermeture du magasin concerné.

Traduction : "Ne donnez plus d'argent à ces commerces !"

"Guetter les abus, plutôt que de dénoncer sans agir !"

Parmi ces internautes, Leila Gheita, étudiante de 25 ans. Après la publication de la photo, elle a décidé de créer un groupe Facebook "Pet shop watch Egypt" ["Surveillance des animaleries en Égypte", NDLR]. Le but : veiller à ce que les animaleries "ne restent pas impunies" en cas de maltraitance, précise la description du groupe.

Après la diffusion de ces premières images, j’ai visité les différentes animaleries pour voir s’il ne s’agissait pas d’un accident. Et j’ai vu bien pire. Les cages renferment parfois plusieurs chiens qui étouffent sous la chaleur. Il n’y a ni eau, ni nourriture dans leur abri. Les magasins ne possèdent pas de système d’aération. J’ai trouvé deux chats, un mourant et l’autre déjà mort, enfermés dans une cage.

Deux chats morts dans une cage d'une boutique de Maadi. Photo prise par Leila Gheïta lors de l'une de ses visites.

Le 24 mai, Leila décide d’organiser une première visite avec une soixantaine de bénévoles ayant adhéré au groupe Facebook. L’animalerie visée est une boutique connue du quartier de Maadi.
 
Nous avions une liste de requêtes primaires : de l’eau, de la nourriture, la propreté des cages…Notre souhaitions installer un dialogue avec les propriétaires de ces magasins afin qu’ils prennent davantage soin des animaux. Guetter les abus, plutôt que de dénoncer sans agir.

Une initiative qui n’a pas bien été accueillie par les propriétaires de la boutique, rapporte Leïla Gheita. Lors d’une seconde visite, les activistes se sont faits menacer par les boutiquiers. L'un d’entre eux a filmé la scène :
Affrontement entre les bénévoles et les propriétaires de l'animalerie. Vidéos par les activistes du "Pet shops watch Egypt"

Petit à petit, le groupe reçoit de plus en plus de témoignages et des vidéos montrant l’état des animaux dans les boutiques de la ville.

Mona Bassel fait partie des premiers volontaires du groupe "Pet shop watch". Depuis la première ronde, elle se revendique "pet watcher" ["surveillante d’animaux de compagnie", NDLR]. Tous les jours, elle guette les dérives des vendeurs d’animaux de compagnie. Armée de son smartphone, elle a pour objectif de documenter et d'éveiller les consciences.
 
"Les animaux sont les dernières préoccupations des Egyptiens"
 
Dans le quartier de Maadi, il est fréquent d’entendre des cris d’agonie de chats ou de chiens. [Le quartier de Maadi, aisé, concentre la plupart des animaleries. Il est donc fréquent d’y entendre des bruits d’animaux, NDLR] Mais il est difficile d’agir individuellement. Ce groupe nous permet de nous regrouper et de devenir un réel poids. Mais le plus difficile est d’agir dans une société où pour la beaucoup de gens, il est normal de ne pas bien traiter les animaux, qui sont les dernières préoccupations des Égyptiens.

Aujourd’hui, le groupe Facebook compte un millier de membres. Pour ces derniers, le principal frein à la préservation des animaux reste le manque de législation en vigueur. La Constitution égyptienne, adoptée en janvier 2014, prévoit, à l'article 45, un engagement de l'État à préserver les ressources végétales et animales. Elle prescrit surtout des poursuites judiciaires en cas d’atteinte à des espèces protégées. En revanche, il n’existe pas encore de loi dédiée à la protection des animaux en Égypte.
 
À terme, nous aimerions mettre fin à la vente des animaux dans ces boutiques, et favoriser plutôt l’adoption. Mais ça reviendrait à défier une mentalité, une culture. Nous procédons donc étape par étape. Nos membres vérifient régulièrement les magasins pour s'assurer des bonnes conditions de vie des animaux. Certains volontaires ont même acheté des articles pour les magasins, y compris un ventilateur, un carton pour le fond des cages et de la nourriture. Une initiative acceptée par les propriétaires.
 
Leila Gheita nourrit deux chiots, lors d'une patrouille du "Pet shop watch Egypt"

Après seulement un mois d’activité, le groupe a décidé de compiler un système de notation et d'autocollants pour animaux de compagnie. Pour chaque boutique, une note est attribuée sur Facebook. Une manière pour ces militants de faire pression sur les animaleries.

Contactée par la rédaction, l’animalerie du Maadi Mall n’a pas souhaité répondre à nos questions. Nous publierons sa réponse si elle nous parvient.