“C’est un massacre !” : dans le sud de l’Espagne, un cycliste a filmé lundi 2 juillet des dizaines d’oiseaux morts au pied d’un mur anti-bruit transparent installé au bord d’une route. Ces images, vues plus d’un million de fois, ont permis une prise de conscience.

Les murs transparents, qui longent certaines autoroutes pour isoler les alentours du bruit des voitures, peuvent se transformer en véritable piège à oiseaux. À Ojén, en Andalousie, une société en a installé un il y a un mois, le long d’une des principales routes traversant le village.

Mais certains automobilistes ont commencé à interroger l’impact de cette infrastructure sur les oiseaux, d’autant qu’Ojén, niché entre la mer et les montagnes de la Sierra de las Nieves, est classé Réserve de la biosphère par l’Unesco.

Alerté à ce sujet, un cycliste de la région s’est rendu sur place, lundi 2 juillet, au matin, pour filmer les dégâts. Ses images ont ensuite été publiées sur la page Facebook de “Marbella se queja”, qui se présente comme une plateforme citoyenne d’échanges d’informations entre habitants de Marbella, une ville au sud d’Ojén. Elles montrent des dizaines d’oiseaux - notamment des merles, des rouges-gorges et des geais des chênes - inertes, visiblement après avoir percuté les murs anti-bruit. 

“C’est totalement honteux, regardez ces pauvres oiseaux [...] regardez ce massacre, quelle barbarie !”, dénonce le vidéaste amateur, ramassant les cadavres. En moins d’une semaine, la vidéo a dépassé le million de vues et a été partagée plus de 54 000 fois.

"Il est difficile de comptabiliser le nombre exact d’oiseaux qui sont morts depuis l’installation du mur en verre"

La rédaction des Observateurs de France 24 a pu prendre contact avec Diego Escalona, le cycliste à l’origine de cette découverte :
 

La veille, un habitant de la région habitué à prendre cette route m’a parlé de ce phénomène depuis l’installation des panneaux isolants. Je me suis donc rendu sur place lundi à 11 heures pour voir cela de plus près : c’était d’ailleurs plus facile d’y aller à vélo car ce n’est pas accessible à pied et en voiture c’est évidemment dangereux de s’arrêter à ce niveau. D’après ce que d’autres habitants m’ont expliqué, le personnel vient nettoyer les rebords de la route, et donc enlève les oiseaux. Si c’est bien le cas, il est difficile de comptabiliser le nombre exact d’oiseaux qui sont morts depuis l’installation du mur en verre. En tout cas, le jour où je m’y suis rendu, il y en avait une trentaine.

Peu de temps après la publication de la vidéo, l’équipe de l’éco-réserve d’Ojén, une zone dédiée à la conservation de la nature, a également annoncé avoir averti les autorités locales. “Nous avons déjà signalé et envoyé des photos des oiseaux morts à l’entreprise [qui a été mandatée pour réaliser l’ouvrage] afin qu’elle puisse prendre d’urgence des mesures” pour préserver le “paradis écologique d’Ojén”.


Face à la polémique, la réaction des autorités n'a pas tardé. Dès le lundi, les Agents de l'Environnement d'Andalousie (AMA Andalucía), ont indiqué s'être rendus sur les lieux pour "faire un rapport" après avoir pris connaissance de la vidéo.


Le lendemain, mardi 3 juillet au matin, le mairie d'Ojén a indiqué sur Facebook avoir mis en place des “indicateurs” pour que les oiseaux repèrent l’obstacle, en attendant de “trouver une solution définitive”.


Un peu plus tard dans l’après-midi, les autorités ont publié une deuxième photo montrant une des baies vitrées recouvertes de dessins. “Voici la solution mise en place dès aujourd’hui par le promoteur chargé de ces installations. Sur cette image, il s’agit d’un premier test au niveau de l’un des principaux points de passage”, indique la mairie, qui précise que ces dessins seront réalisés tout du long.


"Quand j'ai appris que ce mur était en construction, il y a peu près un mois, j'ai pris contact avec l'entreprise pour que des mesures de protection des oiseaux soient prises", a encore assuré le maire dans un communiqué.

"J’espère que ce sera un précédent pour d’autres villes"

Pour Antoño Calvo Aguilar, responsable de l’éco-réserve d’Ojén, il reste tout de même étonnant que la mairie et l'entreprise n’y aient pas pensé plus tôt. “Il existe des guides de recommandation pour éviter ce type d’erreurs et qui déconseillent ce type de baies transparentes, d’autant plus que nous sommes dans une zone protégée”, s’étonne-t-il, contacté par notre rédaction.

De son côté, Diego Escalona espère maintenant que d’autres villes étudieront l’impact de leurs infrastructures :

Je vais me rendre sur place régulièrement pour suivre cela. Si d’autres oiseaux continuent de se prendre le mur, il va falloir l’enlever. En tout cas, je suis content que ma vidéo ait permis de “viraliser” ce problème, qui existe dans bien d’autres endroits. J’espère que ça poussera d’autres citoyens à documenter les conséquences de ce type de mur et surtout que ce sera un précédent pour d’autres villes, notamment celles en zones protégées.