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Après la Marche des Fiertés LGBTI qui a eu lieu samedi à Paris, plusieurs internautes et mouvements d’extrême droite ont relayé sur les réseaux sociaux des photos "chocs" pour dénoncer une marche "honteuse". Le problème ? Plusieurs de ces photos ne dataient pas de cette année ou n’avaient même rien avoir avec Paris.

Des centaines de milliers de personnes ont défilé samedi 30 juin dans les rues de la capitale pour l’égalité des droits et contre les discriminations dans une ambiance festive. Comme chaque année, certains participants ont profité de l’évènement pour faire preuve d’originalité, abordant des tenues extravagantes voire provocatrices.

Et comme souvent, la Marche a donné lieu, sur les réseaux sociaux, à la publication de dizaines de photos hors contexte, parfois accompagnées de messages à caractère homophobe.

Les photos d’ailleurs : hommes nus, crucifix et bisou sur la bouche

Ce tweet a été posté par Frédéric Pichon, vice-président du SIEL, un micro-parti politique souverainiste. La photo en question montre deux hommes dévêtus, l’un avec les parties génitales recouvertes d’un crucifix.


Or, une simple recherche sur Google Reverse Image permet de retrouver l’origine de cette photo, datant de 2013 et prise au Brésil. Il s’agissait en réalité de militants venus protester contre la veillée des JMJ (Journées mondiales de la jeunesse), organisée par l'Église catholique, qui s’est tenue en 2013 à Rio de Janeiro.

Autre exemple : ce tweet, qui a déchaîné une série de commentaires abjects dans lesquels les homosexuels sont comparés à des "pédophiles" ou des "dépravés".


Mais, comme dans le premier cas, Google Reverse Image nous permet de constater que la photo n’a pas été prise en France récemment… mais plutôt en juin 2015 lors d’une Gay Pride à New-York. Surtout, de nombreux parents - même hétérosexuels - embrassent leurs enfants sur la bouche.

Des photos prises à Paris… mais anciennes

L’ancienne ministre Nadine Morano n’y a pas échappé : dimanche 1er juillet, elle a publié deux photos illustrant selon elle "l’exhibitionnisme" des participants.


Le cliché le plus à droite, montrant l’Assemblée nationale décorée du drapeau arc-en-ciel, symbole de la communauté LGBT, est authentique. Mais l’image des deux hommes, fesses à l’air, ne date pas de cette année. Si l’on peut bien y reconnaître les rues de la capitale, elle est ancienne et a d’ailleurs déjà été utilisée en juillet 2012 par le journal d’extrême-droite "Minute".

Dans ce numéro, sorti au début du débat houleux sur le "mariage pour tous", l'hebdomadaire titrait "Mariage homo : bientôt ils vont pouvoir s'enfiler... la bague au doigt" et "Sida : malgré les risques ils vont vous donner leur sang". Poursuivi par l'association SOS homophobie pour injure et provocation à la haine devant le tribunal correctionnel de Paris, le journal avait été condamné à 4 000 euros d'amende et à 3 000 euros de dommages et intérêts.


De la même façon, la militante laïque Henda Ayari s’est fendue d’un tweet interrogeant la présence d’enfants dans "ces manifs" :


Elle relaie avec ce message une photo montrant des hommes en tenue SM défilant dans une rue, des enfants derrière eux. Sur l’image, la présence d’un drapeau rouge similaire à celui du syndicat CGT laisse penser que la scène se déroule bien en France. La technique de Google Reverse Image est cette fois-ci trompeuse : plusieurs liens indiquent que les images ont été prises lors d’une Gay Pride à Kiev.

Cette image est en fait fréquemment utilisée pour dénoncer "l’indécence" de ces célébrations LGBT… et ce un peu partout dans le monde, ci-dessous en Italie :


Alors en cas de doute dans ce type de situation, éplucher les commentaires est encore une solution. Ici, quelqu’un signale bien avoir pris une photo similaire, avec les mêmes protagonistes, en juin 2016 à Bordeaux :


La rédaction des Observateurs de France 24 a ensuite trouvé d’autres images de cette journée, prises par l’Agence France Presse, sur lesquelles on retrouve une fois de plus les mêmes hommes, confirmant donc que la scène se déroule bien à Bordeaux en 2016.


En commentaire, l’internaute ayant publié l’image reconnaît tout de même "ne jamais avoir dit que la photo venait de la Gay Pride d’hier [samedi]". Le problème, c’est qu’elle n’a pas été la seule à publier cette image, et donc à laisser penser qu’elle avait eu lieu samedi dernier (comme ci-dessous dans la publication du parti intégriste Civitas) :


Tout mélanger pour bien désinformer

La photo – ainsi que celle des deux hommes fesses à l’air – apparaît également dans une publication retweetée plus de 2 000 fois et dénonçant une "#MarcheDelaHonte".

C’est d’ailleurs une technique souvent utilisée par les détracteurs des mouvements LGBT : associer différentes images venant d’endroits et d’années différentes pour brouiller les pistes. Dans le post ci-dessus, on retrouve par exemple deux autres images, celle d'un enfant en pleurs devant un homme nu lors d'un rassemblement et celle d'un homme dont le déguisement représente plusieurs pénis. Bien qu’il soit plus difficile de trouver des informations exactes sur leur origine, un tour sur Google Reverse Image permet de remarquer qu’elles sont, elles aussi, anciennes (voir ici et ici).

En somme, avant de relayer une image, mieux vaut faire quelques vérifications.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter le guide des Observateurs de France 24 en cliquant sur l’image ci-dessous :


Cet article a été écrit par Maëva Poulet (@maevaplt)