Une vidéo vue des millions de fois et massivement partagée sur les réseaux sociaux montre des personnes monter sur des panneaux solaires et les détruire à coups de marteaux. Selon beaucoup d'internautes ayant partagé la vidéo, il s'agirait d'Indiens persuadés que ces panneaux solaires agaceraient leurs dieux. Mais la vérité est un peu plus terre-à-terre.

La vidéo circule en Inde depuis février, mais elle est relayée un peu partout dans le monde depuis le mois de juin. Et comme souvent avec les fausses nouvelles, la légende accompagnant la vidéo s'est altérée avec le temps.

La vidéo a notamment été partagée le 19 février sur Twitter, par un certain Gaurav Pradhan, qui affiche son soutien au BJP, le parti nationaliste au pouvoir en Inde, auquel appartient le Premier ministre Narendra Modi. Il assure que, selon ses "sources", les personnes frappant les panneaux solaires appartiendraient à un "gang anti-Modi", qui voudrait saboter le plan du Premier ministre pour développer les énergies renouvelables.

Une autre explication a été avancée fin mars par un internaute indien qui soutient, lui, le parti de gauche Aam Aadmi, dans un post Facebook ayant depuis été effacé. Selon lui, un certain Ashok Saxena, député du BJP, aurait dit aux gens qu'ils déclencheraient la colère du dieu du soleil s'ils utilisaient des panneaux solaires.

Le 1er juin, la même vidéo a été repostée sur Facebook, mais cette fois par un Américain. Il affirme que la Banque mondiale a offert ces panneaux solaires à un village indien, et que les villageois ont décidé de les détruire qu'après qu'un prêtre hindouiste leur a dit que les panneaux se "battaient avec leurs dieux". Le post a été partagé 85 000 fois, permettant à la vidéo d'être vue plus de 5 millions de fois avec cette fausse légende.


Beaucoup de versions, mais aucune n'est juste

Aucune de ces versions n'est correcte.

Celle prétendant que des Indiens voudraient éviter la colère du Dieu du soleil se heurte à une réalité simple : aucun député du BJP ne répond au nom d'Ashok Saxena.

Rien ne permet d'affirmer non plus que ces panneaux solaires aient été donnés par la Banque mondiale. En l'occurrence, ces panneaux solaires se trouvent à Chalisgaon, dans l'État de Maharashra, et ils avaient fait parler d'eux en début d'année car des terrains agricoles avaient été détruits pour les mettre en place.

Exemple de l'utilisation sur YouTube de cette vidéo, partagée de nombreuses fois ces derniers mois, avec des légendes variables.

Que montre cette vidéo ?

Climate Samurai, un site Internet consacré aux énergies renouvelables, a publié un long post sur cet incident et posté une vidéo sur YouTube à la mi-février avec le titre suivant : "Des panneaux solaires dans la centrale de 100 mégawatts de Maharashtra détruits à cause de salaires non payés."

Climate Samurai dit ne pas avoir pu contacter le gestionnaire de la centrale solaire, mais indique que les employés ayant construit l'installation se sont plaints de ne pas avoir été payés comme convenu, et qu'ils auraient alors décidé de détruire ce qu'ils avaient installé pour se faire entendre.

Plusieurs sites indiens de vérification des faits, tels que The Logical Indian, Alt News, The Print et HoaxSlayer, ont également analysé cette vidéo et démonté les fausses légendes qui l'accompagnent.

L'accès à l'électricité pour chaque village avait été l'une des promesses phares du Premier ministre indien Narendra Modi, lors de sa campagne électorale en 2014. Et l'objectif a été atteint en avril dernier. Un village est considéré comme ayant accès à l'électricité si au moins 10 % de ses habitations ont du courant. Le gouvernement a massivement investi dans les énergies renouvelables pour mener à bien son plan, et vise une capacité de 227 gigawatts d'énergie renouvelable pour l'Inde en 2022, ce qui en ferait le troisième plus gros utilisateur d'énergie propre dans le monde.