La situation dans le camp de réfugiés de Thiva, à 50 km au nord d’Athènes, ne cesse de se détériorer. Manque de nourriture, d’assistance médicale, isolement : depuis quelques mois, les occupants du camp organisent régulièrement des manifestations pour protester contre leurs conditions de vie. Dans la nuit du 18 au 19 juin, la mort d’un enfant de trois ans à la suite d’une chute dans un réservoir d’eaux usées a provoqué de nouvelles  protestations dans le camp.

Dans la soirée du 18 juin, une famille kurde d’Irak a signalé la disparition de son enfant. Un groupe de migrants a alors lancé des recherches pour le retrouver. Ahmed (pseudonyme), un jeune syrien 21 ans, qui vit dans le camp depuis 6 mois, y a participé :

"Les pompiers ont refusé de plonger pour chercher l’enfant"

Nous avons commencé les recherches vers 21 heures. Puis vers minuit, nous avons remarqué que le couvercle du réservoir d’eaux usées était retiré. Nous avons demandé aux pompiers qui étaient déjà sur place de plonger dans le réservoir pour chercher l’enfant, mais ils ont refusé en nous disant qu’il n’y avait pas de plongeur avec eux. Nous avons donc commencé à vider le réservoir nous-même avec de simples seaux. L’odeur était pestilentielle, on n’arrivait plus à respirer.


Vidéo montrant des migrants en train vider le réservoir d'eau avec des seaux. Transmise par notre Observateur.

Le véhicule équipé d’une pompe pour aspirer l’eau n’est arrivé que trois heures plus tard sur les lieux. Comme les pompiers ont refusé de descendre, un des migrants s’est porté volontaire pour aller chercher l’enfant à l’intérieur du réservoir. Nous avons retrouvé son corps, inerte, vers 4 heures du matin.

Vidéo montrant un volontaire plonger dans le réservoir d'eau pour chercher le garçon.

Très en colère, les migrants ont refusé de remettre le corps de l’enfant à la police et aux pompiers, les accusant de ne pas avoir fait grand-chose pour les aider. Puis peu à peu, et après des négociations, ils ont accepté qu’il soit transporté à l’hôpital pour y subir une autopsie. L’homme qui a sorti l’enfant du réservoir a lui aussi été transporté à l'hôpital.

"Nous ne savons pas ce qui s’est passé "

Contactée par France 24, une porte-parole de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), Christine Nikolaidou, a indiqué que l’enquête sur les circonstances du décès de l’enfant était toujours en cours. "En l’état, nous ne savons toujours pas ce qui s’est passé. Le réservoir est situé dans une zone fermée, et entourée d’un grillage. Et nous ne savons pas comment il est arrivé dans cet endroit".

Dans la nuit du 18 au 19 juin, les migrants ont aussi improvisé un rassemblement, et tourné plusieurs vidéos pour dénoncer des conditions de vie "indignes ". Ahmed (pseudonyme) poursuit :

"Nous touchons une allocation mensuelle de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) qui s’élève à 150 euros pour les adultes, et 50 euros pour les enfants. Avec cet argent, nous devons payer notre nourriture pour tout le mois.

Le problème, c’est que la ville la plus proche, et où on peut s’approvisionner, est distante de 6 km du camp. Et il n’y pas de transport public pour s’y rendre. Près du camp, il y a un seul supermarché et il pratique des prix très élevés. Il vend la baguette de pain 60 centimes d’euro, alors que dans les supermarchés d’Athènes on peut acheter trois baguettes avec un euro. La bouteille d’huile coûte 6,50 euros dans ce supermarché, contre 4 euros à Athènes.

Le pire, c’est qu’il y a très peu d’assistance médicale dans le camp. En général, les médecins se contentent nous donner des calmants. Pour être soignés, les gens sont obligés de se rendre à l’hôpital de Thiva. Mais pour ce faire, il faut prendre un taxi qui coûte 30 euros. Et c’est une somme énorme pour des réfugiés comme nous ! En plus, il n’y a aucun interprète à l’hôpital, ce qui rend la communication très difficile."

Le 5 juin dernier, des migrants avaient organisé des manifestations pour protester contre la dégradation de la situation dans le camp. L’entreprise de traduction qui, jusque-là, fournissait ses services aux migrants, Metarasi, venait de quitter le camp car elle n’avait pas été payée pendant presque une année. Quelques jours auparavant, une équipe de médecins avait également quitté le camp, le fonds qu’elle recevait de l’Union européenne étant épuisé.

En raison de l’enlisement du conflit en Syrie notamment, plus de 800 000 personnes ont afflué vers les côtes grecques en 2015, un record. En 2016, ces arrivées ont chuté de 80 % (173 614 arrivées), sous l’effet du pacte migratoire scellé entre Ankara et l'UE en mars 2016 pour freiner les traversées de la mer Égée.

Les traversées de la Méditerranée connaissent une nette baisse en 2016 : l'OIM comptabilise au total 363 401 arrivées sur les côtes grecques et italiennes, près de trois fois moins que le total de 2015.

Depuis début 2018, les arrivée augmentent à la frontière terrestre en la Grèce et la Turquie. Selon HCR, 2 900 nouveaux venus y ont été recensés en avril dernier. Plus de 16 000 migrants et réfugiés sont toujours entassés dans des camps souvent surpeuplés en Grèce, dans l’attente du traitement de leur demande d’asile, notamment sur les cinq îles Lesbos, Chios, Samos, Leros et Kos.