Depuis novembre 2017, une vidéo circule sur les réseaux des amoureux de la nature et des animaux. Pour certains, elle représente des militants de Greenpeace en pleine action de sauvetage d'espèces d'oiseaux protégées. Pour d'autres, il s'agirait de douaniers américains, voire indiens. Mais ce qui est montré comme un acte courageux de défense des oiseaux et de la biodiversité est en réalité une scène d’exploitation animale.

À bord d'un cargo en pleine mer, des hommes ouvrent d'immenses conteneurs. Une nuée d'oiseaux s'élance alors dans le ciel. Ils sont tellement nombreux que l'image se transforme en un épais nuage gris. Sur Facebook, la page hispanophone dédiée aux animaux "mi Amigo del Alma" (que l'on pourrait traduire par "mon meilleur ami") commente : "Les douanes libèrent des oiseaux en captivité, exportés illégalement".


Depuis qu'elle a été partagée le 22 novembre 2017, la vidéo a dépassé les 8 millions de vues et 22 000 réactions. Elle continue d'être partagée sur des groupes de protection de la nature et des animaux. On la retrouve à la fois sur des pages web françaises, indiennes, turqueset polonaises.

Mais ce qui est considéré comme un acte de bravoure pour les amoureux des oiseaux dans l'Atlantique montre une toute autre réalité : une course de pigeons voyageurs en Chine, qui a eu lieu fin octobre 2017.

On retrouve ladite vidéo dans cette compilation

Des groupes colombophiles taïwanais à l'origine de la vidéo

Grâce à une recherche d'image inversée, on découvre que la vidéo est bien réelle, mais sortie de son contexte. À l'origine, elle a été postée sur Facebook par des groupes taïwanais colombophiles – c'est-à-dire des amateurs de courses de pigeons voyageurs. On apprend que la vidéo a été prise à 40 km de la ville côtière de Beihai, dans le sud de la Chine. Entre les annonces de vente et les conseils d'entraînements pour pigeons, on découvre d'autres vidéos très similaires, avec à chaque fois une légende qui précise l'heure et le lieu du départ.

"Bateau de la paix d'or de Beihai. Aujourd'hui 7 novembre, à quarante kilomètres de côtes. Les pigeons sont lâchés à 8 h 20. En direct du lâché de pigeons."

"Le lâcher en pleine mer est courant au Japon, à Taiwan et en Chine"

Contacté par les Observateurs, Nicolas Pottier, colombophile depuis huit ans, et membre de L'Envol du perrier, un club vendéen, nous confirme qu’il connaît bien cette pratique.
 
La vidéo montre tout simplement un concours colombophile de lâcher en pleine mer. En France, c'est rare, mais au Japon, à Taïwan et en Chine, c'est très fréquent. Chaque pigeon doit rentrer le plus vite possible chez son propriétaire. Ils sont équipés de bagues électroniques pour calculer leur vitesse.

On retrouve également une image de la vidéo sur un article duLiberty Times, un des journaux les plus importants à Taïwan. Datant de début novembre, il évoque des conditions de vol particulièrement difficiles, auxquelles de nombreux pigeons ne survivent pas.

La pratique a d'ailleurs été dénoncée en 2014 par l'ONG mondiale de défense des animaux Peta. Selon elle, chaque année, des centaines de pigeons voyageurs meurent, condamnés à faire la course dans des conditions beaucoup trop extrêmes.