Plus encore que la bonne performance des footballeurs, qui ont manqué de peu de se qualifier pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde, autre chose a réjoui les Iraniens : des femmes ont pu entrer dans un stade lundi 25 juin pour assister à la retransmission du dernier match de la "Team Melli", l’équipe nationale, contre le Portugal. L’accès au stade leur était interdit depuis la révolution islamique de 1979.

À vrai dire, des Iraniennes avaient déjà pu entrer dans le stade Azadi de Téhéran pour assister à la retransmission du match précédent, entre l’Iran et l’Espagne le 20 juin. Mais le renouvellement de l’expérience cinq jours plus tard tend à confirmer qu’un changement est en cours.

Pour le premier match, le complexe sportif Azadi avait annoncé que les "familles "pourraient assister à la rencontre, sans spécifier clairement si les femmes étaient incluses dans le terme de "famille". Elles ont finalement pu entrer pour la première fois dans le stade, et selon nos Observateurs elles étaient plusieurs milliers.


 

"Je ressentais aussi quelque chose de désagréable, en pensant à toutes ces années durant lesquelles l’accès aux stades nous a été interdit"

L’expérience a été renouvelée lundi, où de très nombreuses femmes faisaient partie des quelque 35 000 personnes qui ont suivi le mach dans l’enceinte de Téhéran.

C’est évidemment un pas important pour les Iraniennes, qui semblent en mesure de conquérir une parcelle symbolique de l’espace public, après quatre décennies d’interdiction. Notre Observatrice Niloufar Hamedi a assisté aux deux retransmissions, avec une de ses cousines de 15 ans, qui a pu, pour la première fois, découvrir "l’enfer d’Azadi".

Pour le premier match contre l’Espagne, nous avons vraiment connu des émotions très fortes : D‘abord, parce que la police nous a dit que nous ne pourrions pas entrer. Nous avons attendu plusieurs heures, avant d’être finalement autorisées. Tout le monde, homme et femme, courait à toute vitesse vers les portes du stade, comme si on avait peur que quelqu’un nous empêche. Les gens étaient heureux, tout le monde se souriait.


Quand j'ai vu pour la première fois la pelouse du stade, j’ai pleuré. Je ne pouvais plus m’arrêter. J’ai croisé une amie par hasard, et nous sommes tombées dans les bras, et avons pleuré ensemble. Mais au fond de moi je ressentais quelque chose de désagréable, en pensant à toutes ces années durant lesquelles l’accès aux stades nous a été interdit.

"Des gens de plusieurs classes sociales se côtoyaient"

Pour le deuxième match, j’étais plus concentrée sur le football notamment par ce que l’Iran avait une chance de se qualifier.

L'Iran égalise à la dernière minute contre le Portugal, provoquant l'explosion de joie des supporters et des supportrices.

En tout cas, c’était intéressant de voir des gens de plusieurs classes sociales se côtoyer, des jeunes, des plus vieux, des libéraux, des plus religieux. J’étais assise à côté d’une famille pratiquante, le père parlait avec tout le monde, la mère n’arrêtait pas de prier pour que l’Iran gagne. Des garçons m’ont dit : "ne crois pas qu’il n’y a que les filles qui soient enthousiastes, nous aussi sommes dans une situation inhabituelle, être avec des filles au stade."

"Est-ce qu’ils nous laisseront voir un jour un vrai match ?"

Depuis 1979, les autorités iraniennes affirmaient que les stades n’étaient pas des lieux sûrs pour les femmes car l’ambiance n’y était pas assez "polie". Ces dernières années, plusieurs femmes s'étaient grimées en homme pour entrer dans les stades. D'ailleurs, certaines n'ont pas hésité à leur rendre hommage lundi :



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Notre Observatrice ajoute :

Je ne me suis jamais sentie harcelée et je n’ai jamais entendu parler de quelque chose du genre au cours de ces deux soirées. À un moment, un garçon a insulté l’arbitre du match contre le Portugal, mais un de ses amis l’a calmé.  J’ai trouvé que les hommes en tribune étaient respectueux.

Mais s’ils nous ont laissées assister à une retransmission, c’est difficile de dire aujourd’hui s’ils nous laisseront voir un vrai match. Mais je n’y vois plus aucun obstacle : à mon sens, cette projection était comme un exercice pour les agents de sécurité pour voir si ça pouvait bien se passer avec des femmes dans un stade.