La date du 24 juin restera gravée dans les esprits des femmes saoudiennes : depuis minuit samedi, elles ont enfin officiellement le droit de conduire sur les routes du royaume wahhabite. Mais passé l’enthousiasme, cette grande première n’a pas été sans quelques couacs.

Annoncée en septembre 2017, la levée de l’interdiction de conduire faite aux femmes est un volet du plan "Vision 2030 ", le projet de modernisation du pays initié par le prince héritier Mohammed Ben Salmane. Une journée historique que les Saoudiennes n’ont pas hésité à partager sur les réseaux sociaux.

Traduction : “En route vers la rue Al Qassim !”
Traduction : “Ayant vécu en Arabie saoudite dans les années 1990, c’est fantastique de voir des femmes saoudiennes enfin conduire. Félicitations à chaque femme ou homme ayant permis de rendre ce jour possible”.
Traduction : “Je me suis réveillée ce matin en pensant qu’un jour, je serai fière de parler de ce jour historique à mes enfants”.

Une expérience parfois partagée avec leurs proches. Sur cette vidéo, un père de famille accompagne ses filles, qui conduisent pour la première fois. La conduite se fait à tour de rôle.



Des covoiturages au féminin... et une première conductrice Uber
Passée les virées du week-end, certaines Saoudiennes ont pu se rendre dans leur lieu de travail sans avoir recours à un chauffeur. Les premiers covoiturages ont eu lieu dès l’aube, ce lundi 26 juin.

“Aujourd'hui, je suis fière de voir mes collègues aller au travail dans une voiture où ELLES tiennent le volant !”, déclare une membre de l'équipe Niche Arabia.

Et pour celles qui ont voulu faire de la conduite leur métier, la société américaine Uber a finalement ouvert ses portes. Parmi les premières recrues, Ohoud Alarifi, devenue aussi responsable marketing de l’antenne saoudienne d’Uber. Elle a effectué sa première course le 24 juin, sous le regard interloqué de son premier passager.

Ohoud Alarifi, lors de sa première tournée en tant que conductrice Uber.

Des fleurs pour les conductrices...

Les autorités avaient prévu de marquer le coup et ces deux premières journées ont été encadrées par les forces de l’ordre, qui en ont profité pour soutenir les jeunes conductrices. Sur cette vidéo, devenue virale, on peut voir des policiers saoudiens distribuer des fleurs aux nouvelles automobilistes.

Des policiers saoudiens offrent des fleurs aux nouvelles conductrices.

... et des places de parking roses réservées

Mais certaines Saoudiennes n’ont pas hésité à se montrer critiques. Notamment envers ce centre commercial de Riyad, qui a décidé que la meilleure façon de célébrer cette journée historique était de remplacer les aires normalement réservées aux handicapés par des aires de stationnement réservées aux femmes. Parées de panneaux roses, les places ont été créées pour que les femmes puissent garer leur voiture plus près des entrées et des sorties des centres commerciaux. Mais l’initiative est loin d’avoir eu l’effet escompté.

Traduction : “Partout dans le monde, des places de parking sont réservéespour les handicapés et les personnes âgées. Est-ce que même les femmes font partie de ces catégories en marge ?”

Face à la polémique, le gouverneur de Riyad, Tarek Al Fares, a demandé à la direction du centre commercial de réattribuer les places de stationnement aux personnes handicapées.

D'autres critiques se sont aussi fait entendre plus subtilement

Sur cette vidéo, cette femme conduit tout en écoutant "No Woman, No Drive", la version saoudienne et parodique de la chanson de Bob Marley "No Woman, No Cry".

D’après les chiffres officiels, sur 6 millions de femmes, près de 65 % devraient obtenir leur permis de conduire d’ici la fin de l’année. Une décision qui devrait avoir un impact économique positif pour le secteur de l’automobile, selon le ministère de l’Intérieur saoudien. Ce dernier prévoit par ailleurs d’employer des policières pour régler la circulation.

Un ensemble d’initiatives qui reste entaché par la répression contre les militantes qui s’étaient opposées à l’interdiction de conduire. D’après les autorités, sur les 17 personnes arrêtées en 2017, neuf sont toujours en prison. Ces dernières sont accusées d'avoir porté atteinte à la sécurité du royaume et d'avoir aidé les "ennemis" de l'État saoudien.