Béret rouge, t-shirt noir et mini-short, depuis le 15 juin dernier, les images des uniformes de jeunes policières créent la polémique au Liban. L’initiative vient du maire de la petite ville de Broummana, à 30 km de Beyrouth. Pour ce dernier, il s’agit de “montrer une autre image du Liban”. Mais pour beaucoup de commentateurs, cette décision stigmatise ces jeunes femmes.

La ville de Broummana est connue pour être une destination prisée par les vacanciers libanais. Mais pour son maire Pierre Achkar, cette réputation n’était pas suffisante. Il a décidé d’engager des jeunes filles comme policières pour la période estivale et de leur imposer un uniforme pour le moins léger, jugé “beaucoup trop court” par certains. Ces étudiantes ont reçu une formation plutôt express : une semaine de cours pour accompagner les officiers municipaux. Elles ont commencé leurs rondes le 15 juin dernier.

Les images et vidéos de ces jeunes filles contrôlant la circulation dans la ville, ont créé de vives réactions parmi les internautes libanais, beaucoup d’entre eux accusant la municipalité d’utiliser l’image de ces femmes à des fins économiques. Certains ont dénoncé le fait qu’elles portent pas les mêmes uniformes que les officiers masculins.

Traduction : “Broummana a recruté des policières et voilà comment on les a habillées. Jetez un coup d’œil aux uniformes de leurs collègues masculins. Est-ce que ces femmes sont censées aider à la sécurité de la ville ou doivent-elles devenir des attractions touristiques ?"


Traduction : “Le maire de Broummana trouve des excuses en déclarant que les shorts sont normaux dans les pays méditerranéens ! Voici une photo de policières à Nice, en France..On ne peut pas faire plus méditerranéen. Pourquoi alors les hommes ne portent pas les mêmes uniformes ? Ces filles sont instrumentalisées !"

Et d’autres, moins nombreux, ont néanmoins soutenu l’idée, la qualifiant de pionnière et de moderne.

Traduction : “Les shorts ne sont pas une méthode vicieuse pour attirer plus de touristes, ou rendre les policiers plus cool. Je pense qu’il s’agit d’une bonne représentation de l’ouverture d’esprit au Liban - du moment que des policiers portent aussi des shorts, ce qui est le cas avec la police à vélo à Beyrouth.”


Pour le maire, une occasion de “refléter l’ouverture d’esprit du peuple libanais”

À ce jour, six jeunes femmes ont été recrutées par la municipalité de Broummana. Elles sont étudiantes, ont entre 21 à 23 ans, et ont été embauchées jusqu’à fin août. Elles devraient être une vingtaine d’ici la fin de l’été, d’après Pierre Achkar, contacté par notre rédaction :
 
La première femme au Moyen-Orient à avoir joué au tennis, l’a fait à Broummana. C’est donc dans notre tradition de nous montrer aussi ouverts. Nous sommes tous lassés de voir le Liban décrit uniquement comme un terrain de guerre. Le Liban est un pays, qui pour la région, demeure ouvert et où l’émancipation de la femme est une réalité. Ici, le short est une tenue normale.
Par ailleurs, Broummana est la première destination estivale au Liban. Cette année nous avons créé près de 2 000 emplois, nous avons ouvert une centaine de restaurants et bars. Cette dernière mesure est l’ultime pierre à l’édifice. Elle va permettre de refléter l’ouverture d’esprit du peuple libanais."

Interrogée par la chaîne télévisée Al Jadeed, l'une des étudiantes embauchées a déclaré vouloir “un job d’été, un travail dans une ville agréable, pour faire le plein de souvenirs”.

"On jette des jeunes femmes en pâture"

Une décision que Sally (pseudonyme), trentenaire et habitante Broummana dénonce :
Cette politique, en plus d’être ridicule, est complètement misogyne. Les forces municipales prétendent donner une place aux femmes au sein de la fonction policière, mais ils jettent en fait de jeunes femmes en pâture et utilisent leurs corps comme un aimant à touristes."