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Récemment, une compilation de vidéos originaires de Chine a attiré notre attention. Elle rassemble une succession d'images, censées prouver l’existence de fraudes alimentaires ou de conditions d'hygiène déplorables dans l'industrie alimentaire du pays. Mais attention : certaines de ces vidéos sont trompeuses, d'autres proviennent d'un réel scandale, alors que d'autres sont tout simplement invérifiables. Une occasion pour nous faire un point précis sur les rumeurs autour de la nourriture venues de Chine.

Cet article est la seconde partie d'une enquête sur les contrefaçons alimentaires venues de Chine.

>>LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Des contrefaçons alimentaires venues de Chine ? Les fausses rumeurs (1/2)


Certaines des rumeurs, présentes dans la compilation ou non, renvoient à des fraudes avérées qui ne sont pas totalement fausses. Elles rapportent des cas de fraudes qui ont bien eu lieu en Chine, mais qui sont restés des événements ponctuels, de l'ordre du fait divers. De plus, si ces produits sont en partie exportés vers l'étranger, rien ne prouve que ces aliments frelatés ont atteint les marchés étrangers.

Des canettes de Budweiser recyclées

Le scandale de la contrefaçon des bières Budweiser a eu lieu en juin 2017 dans la ville de Dongguan, près de Canton (sud-est de la Chine). Les autorités ont épinglé une entreprise en sous-sol qui recyclait des cannettes de Budweiser pour les remplir avec une bière banale.

Dans la vidéo, on aperçoit des employés plonger les canettes à mains nues dans un grand bac en plastique rempli d'un liquide qui s'apparente à de la bière. Selon le Shanghaiist, un média chinois en anglais, l'entreprise underground pouvait fabriquer quelque 600 000 fausses bières par mois. La vidéo a vite fait le tour du réseau social chinois Wechat et a été reprise par les médias chinois pour finalement se retrouver sur YouTube et les médias occidentaux, après avoir disparu du Net chinois.


Des morceaux de boue vendus comme du poivre

L'histoire s'est déroulée dans la même ville que pour la bière Budweiser, à Dongguan, mais six ans plus tôt, en 2011. Un monsieur nommé "Zhang" rapportait que le poivre qu'il avait acheté dans un commerce de gros était en fait de la boue. Interrogé par des journalistes, le vendeur incriminé n'y voyait aucun mal. "Le poivre n'avait tué personne après tout", s'était-il justifié, auprès de plusieurs médias chinois.



La fabrication de ce faux poivre permettait au vendeur de réduire fortement son coût de production et de vendre son faux produit à des prix plus attractifs que du vrai poivre. Dès lors, hormis un cas rapporté par le média chinois Ifeng en 2014 dans cette même région, il n'y a plus eu de cas avéré de faux poivre fait à partir de boue.

Pourtant, un certain nombre d'internautes s'appuient sur ce fait divers pour avancer qu'il ne faut pas acheter de poivre importé de Chine car il serait généralement fait de boue. Parmi eux, le site Santé plus mag, qui publie régulièrement des informations erronées.

Du porc vendu comme du bœuf

La rumeur selon laquelle il ne faut pas manger de bœuf en Chine est particulièrement relayée par des blogs de santé, en anglais comme en français. Elle trouve aussi son origine dans un fait divers : en 2013, dans le Shaanxi, province du centre de la Chine, la police locale avait saisi 20 000 kg de fausse viande de bœuf. Les morceaux de viande étaient en fait du porc, traités à l'aide de composants chimiques, comme la paraffine et des sels industriels, pour les faire ressembler à de la viande de bœuf. L'histoire avait fait scandale en Chine, sachant que cette région comporte une importante minorité musulmane.

Pire encore, trois ans plus tard, la photo de ce scandale réapparaît. Mais cette fois dans un tout autre contexte : pour affirmer que les Chinois feraient passer de la chair humaine pour de la viande en Afrique...
Capture d'écran du site Protège ta santé, qui a relayé la fausse information.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Non, de la chair humaine n'est pas "vendue par des Chinois dans les pays africains"

Ces exemples invérifiables

Certaines des vidéos de la compilation sont trop courtes et trop floues pour savoir ce qu'elles veulent montrer et en déterminer l'origine. Pour d'autres, les vidéos d'origine ont tout simplement disparu du Net, malgré de nombreuses recherches, à l'aide de mots-clés ou d'outils de recherche d'images inversée. C'est le cas notamment de la troisième vidéo, représentant une femme en train peindre des pommes en rouge et d'une vidéo à la fin de la compilation montrant un homme tremper un durian, fruit très consommé en Chine, dans de la peinture jaune, vraisemblablement pour le faire paraître plus mûr. De même, il semble impossible de retrouver l'auteur du montage : le logo rose en haut à gauche de la vidéo fait référence à un compte WeChat de rencontres en ligne. La vidéo ayant disparu des réseaux chinois, elle n'est alors plus visible en consultant ce compte.

Peut-on donc faire confiance aux produits chinois ?

Même si beaucoup des rumeurs autour des produits chinois sont manifestement fausses, ces dix dernières années, de nombreux scandales alimentaires ont fortement marqué la population chinoise. En 2008, du lait pour nourrisson frelaté à la mélamine, une substance toxique, avait rendu malade 300 000 bébés chinois. Six d'entre eux étaient décédés. En 2013, 900 personnes avaient été arrêtées pour avoir falsifié de la viande, faisant passer du rat pour du mouton notamment.

De même, les doutes quant à la qualité des aliments importés de Chine dans beaucoup de pays africains sont bien réels. En 2009, des pots de lait frelatés venus de Chine avaient été retrouvés en Tanzanie. L'année dernière, le journaliste Jean-Baptiste Malet dévoilait dans son livre, "L'Empire de l'or rouge", que la majorité du concentré de tomate provenant de Chine et commercialisé en Afrique était en réalité un produit coupé par 55 % d'additifs et de colorants.
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