Jeddah, la deuxième ville d’Arabie saoudite, a accueilli plusieurs défilés de mode dans le cadre d’un salon pendant le ramadan, du 1er au 4 juin dernier. Pour présenter les nouvelles collections, les organisateurs du salon ont choisi d’utiliser des drones au lieu de faire appel à des mannequins. Une décision qui a provoqué de vives réactions parmi les internautes saoudiens.

La scène se déroule le 4 juin, à l’hôtel Hilton de Jeddah, dans l’ouest du pays. Des robes, des sacs et des abayas suspendus dans les airs, papillonnent au-dessus du podium sous les yeux ébahis des visiteurs [L'abaya est une robe longue et ample couvrant tout le corps excepté le visage, les mains et les pieds, NDLR]. En revanche, pas de mannequins en vue.

Les vidéos ont été partagées et commentées des dizaines de milliers de fois. Surpris par ces images, les internautes à l’étranger ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une énième preuve du "conservatisme wahhabite".

“Je suis mort de rire en regardant ce défilé de mode en Arabie saoudite. Ils n'ont pas eu le droit d'utiliser des mannequins.”

En Arabie saoudite, l'événement a aussi suscité beaucoup de réactions mais la plupart des internautes se sont amusés de l’absurdité de la scène. Beaucoup des tweets d’utilisateurs saoudiens ont moqué le caractère ridicule du défilé de mode, certains lui offrant le sobriquet de "défilé de fantômes".

“Un défilé de mode sans mannequin. Le concept même d’un défilé est de 'faire défiler' des mannequins, des humains. Vous auriez pu au moins acheter des mannequins en bois dans un magasin, ça aurait été toujours mieux que ce défilé de fantômes. Qui a eu cette idée stupide ? C’est une honte pour notre pays.”

Contacté par la rédaction des Observateurs, le chef du service événementiel de l’hôtel Hilton a indiqué que ces défilés avaient eu lieu chaque année. Il s’agit d’un "bazar” permettant à une dizaine de stylistes d’exposer leurs créations. C'est la première année que l'audience est mixte. Pour cette édition, l'événement a duré trois jours. Pour cette nouvelle édition, les organisateurs ont décidé d’engager une entreprise de drones, Red Sea RC Team, dans le but d'"apporter un peu de nouveauté".

Mais le salon saoudien n’a pas été le premier à utiliser des drones pour un défilé de mode. Dolce and Gabbana avait déjà utilisé ces engins téléguidés en février 2018. La maison de couture n’avait cependant présenté que les sacs de sa collection automne/hiver 2018-2019, une ouverture voulue "spectaculaire" pour la Fashion week de Milan.

"Sous les abayas, il y a des femmes qui sont passionnées par la mode. Ne leur enlevons pas ce droit-là !"

Marriam Mossalli est journaliste mode, propriétaire de "Niche Arabia", un cabinet de conseil en luxe, et auteure du livre "Sous les abayas", un livre qui entend lutter contre les stéréotypes infligés aux femmes saoudiennes. Elle a assisté aux défilés organisés à Jeddah. Selon elle, il faut voir dans ce défilé davantage de progressisme que de conservatisme.
 
Au lieu de crier au conservatisme, il nous faut regarder les évolutions en cours. Depuis quelques années, les défilés de mode se sont banalisés, la plupart d’entre eux s’ouvrant à la mixité. Le nombre de blogueuses mode, d'influenceurs sur Instagram et de stylistes a explosé ces dernières années en Arabie saoudite. Il existe également de vraies mannequins saoudiennes. C’est le cas notamment de Taleedah Tamer. C’est la première mannequin 'khaleeji' [originaires de la péninsule arabique, NDLR]  à avoir défilé pour un événement haute couture.

Pour Marriam Mossalli, la mode pourrait bien servir de moyen d’émancipation pour les Saoudiennes :
 
Les Saoudiens cherchent toujours à trouver l’équilibre avec les nouvelles technologies. Par exemple, nous cherchons à créer des avatars à l’image de l’Américaine Miquela, une blogueuse virtuelle qui joue le rôle d’influenceuse en ligne et qui est très populaire aux États-Unis. Pourquoi l’Arabie saoudite ne pourrait-elle pas participer à cette tendance ? Sous les abayas, les Saoudiennes sont férues de mode et suivent les dernières tendances. Ne leur enlevons pas ce droit-là.

Les autorités du royaume imposent plusieurs restrictions sur la tenue vestimentaire de la femme. D’après la loi, une femme se doit de se couvrir entièrement d'une abaya. En revanche, ces restrictions sont ne sont pas appliquées à la lettre à Jeddah, qui est considérée comme la ville la plus libérale du royaume.