En République démocratique du Congo, la quasi-totalité des habitants utilisent du charbon de bois pour cuisiner, ce qui contribue à la déforestation et au développement de maladies respiratoires. Désireux de trouver une alternative à ce combustible, un étudiant congolais s’est lancé dans la production de charbon écologique – fabriqué à partir de déchets organiques – avec une petite entreprise, fin avril.

Murhula Zigabe a 27 ans et étudie la philosophie à l’université officielle de Bukavu. C'est lui qui a créé l'entreprise "Briquette du Kivu", en référence à son lieu de vie : la ville de Bukavu, dans le Sud-Kivu.

"Il y a des manuels en ligne expliquant comment fabriquer du charbon écologique"

L’électricité reste un luxe en RDC. [En 2016, seule 17,1 % de la population disposait d’un accès à l’électricité, selon la Banque mondiale, NDLR.] L’immense majorité des Congolais sont donc contraints d’utiliser du charbon de bois pour cuisiner, ce qui contribue à la déforestation, laquelle participe au changement climatique. C'est pourquoi j’ai voulu trouver une solution pour préserver notre avenir.

De plus, comme il y a moins d’arbres qu’avant, le prix du charbon de bois augmente. Actuellement, une famille doit dépenser au moins 0,50 euro en charbon de bois pour cuire un repas. Donc celles ayant de faibles revenus peinent à s’en procurer, d’autant plus que le chômage est élevé en RDC.

Il y a sept mois environ, j’ai donc commencé à chercher une alternative au charbon de bois sur Internet : c’est comme ça que j’ai découvert le charbon écologique, et des manuels en ligne expliquant comment le fabriquer. J'ai alors commencé à faire quelques tests.


Des briquettes de charbon écologique fabriquées Murhula Zigabe, alors qu'il réalisait différents tests.
 

Puis je me suis pleinement lancé dans ce projet, en ayant également en tête l’idée de créer de l’emploi pour les jeunes, pour lutter contre la pauvreté. Au début, je n’ai pas vraiment été soutenu. Mais désormais, six jeunes âgés de 20 à 25 ans travaillent avec moi. L’un d’eux étudie le droit, un autre l’électricité, tandis que les autres ont arrêté les études, faute de moyens.

Restes de maïs et de haricots, épluchures de bananes et de cannes à sucre…

Pour fabriquer notre charbon, nous ramassons des déchets dans la rue, sur les marchés, voire chez les ménages, deux fois par semaine : restes de maïs et de haricots, épluchures de bananes et de cannes à sucre, etc. Chaque semaine, nous pouvons ainsi récupérer 300 à 400 kilos de déchets.


L'équipe de la "Briquette du Kivu" récolte les déchets organiques dans la rue.
 

Puis nous les faisons sécher sur la route, dans le quartier de Panzi, car nous n’avons pas d’autre endroit où le faire pour l’instant. S’il y a beaucoup de soleil, tout est sec en quatre jours.


Une fois récoltés, les déchets organiques doivent ensuite sécher au soleil.
 

Ensuite, nous mettons les déchets à l’intérieur d’un four à carboniser, construit localement. J'avais demandé à des soudeurs de le construire, en leur expliquant comment faire, car ils n’en avaient jamais entendu parler. C’est une sorte de tonneau, où l’on met le feu : au bout de 45 minutes, les déchets sont noirs, un peu en poudre.

Puis il faut mélanger le tout avec de l’eau, pour obtenir une pâte, qu’on place ensuite dans une presse. C’est une sorte de moule que nous avons acheté, qui vient du Kenya. [Il s'agit de la machine bleue que l'on voit sur la photo en haut de l'article, NDLR.] Puis on démoule le tout et on obtient les briquettes.

Il faut alors les laisser sécher au soleil pendant six jours, avant de pouvoir les utiliser.

 

Avant de pouvoir être utilisées, les briquettes doivent sécher durant plusieurs jours.
 

Des briquettes moins chères que le charbon de bois pour les ménages

Pour l’instant, nous avons produit 3500 briquettes, à partir de 700 kg de déchets. Les autres déchets ramassés ont été stockés... Nous avons donné 100 briquettes à 18 ménages vivant dans les alentours pour qu’ils les essayent : ils ont trouvé que ça fonctionnait très bien pour cuire les aliments. Du coup, d’autres personnes commencent désormais à s’intéresser au projet également !

Concernant les autres briquettes, nous aimerions commencer à les vendre à 50 francs congolais l’unité [0,03 euro, NDLR]. Pour faire un repas, il faut six briquettes, donc cela coûtera 300 francs congolais [soit 0,16 euro, NDLR] : pour les ménages, ça sera moins cher que le charbon de bois. Autre avantages par rapport au charbon de bois : nos briquettes produisent moins de fumée [laquelle contribue au développement de maladies respiratoires, NDLR]. Et elles décarbonisent la cuisson, ce qui est meilleur pour l’environnement.

À court terme, nous aimerions avoir un dépôt pour stocker et vendre nos briquettes. De plus, j’aimerais être capable de payer les personnes qui travaillent avec moi, car nous n’avons pas gagné d’argent pour l’instant. Pour cela, il faudrait notamment que nous passions à la phase d’industrialisation – en utilisant un four à carboniser électrique, une presse électrique, etc. – car la fabrication artisanale de briquettes coûte très cher. Et bien-sûr, à plus long terme, je souhaiterais que tout le quartier de Panzi utilise nos briquettes et abandonne le charbon de bois progressivement.



Selon la FAO, la RDC perd 500 000 hectares de forêts chaque année. Murhula Zigabe n’est donc pas le seul Congolais à chercher des solutions alternatives à l’utilisation du charbon de bois. À Goma, un ingénieur a ainsi commencé à développer des cuiseurs solaires l’an dernier.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Un ingénieur de Goma propose de cuire les aliments à l’énergie solaire

>> LIRE AUSSI SUR LES OBSERVATEURS : Au Cameroun, le charbon écologique à base d’ordures ménagères est lancé
 

Si vous souhaitez aider Murhula Zigabe à développer son projet, n’hésitez pas à le contacter par email (briquettedukivu@gmail.com) !
 

Cet article a été écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).