Depuis le 7 mars 2018, Hassan Al Kontar, 36 ans, est coincé dans la zone de transit de l’aéroport de Kuala Lumpur, en Malaisie. Pour cause : aucun pays n’accepte la demande d’asile de ce Syrien qui a refusé de servir dans l’armée de son pays en pleine guerre. Il documente en photos et vidéos cette situation kafkaïenne sur son compte Twitter.

Hassan Al Kontar était installé aux Émirats arabes unis depuis 2006, où il travaillait comme manager marketing dans une compagnie d’assurances.  Lorsque la guerre éclate en 2011 en Syrie, il est convoqué par son pays pour effectuer son service militaire, mais il refuse de s’y rendre. "Je ne veux pas prendre part à cette guerre. Je ne veux tuer personne, et je ne veux pas non plus être tué", explique-t-il.

En représailles, l’ambassade de Syrie refuse de lui renouveler son passeport. En 2012, il perd son permis de travail et se retrouve en situation irrégulière, jusqu’à ce que fin 2017, il soit expulsé par les autorités des Émirats arabes unis vers la Malaisie, un pays qui accorde un visa touriste aux Syriens pour trois mois.


Hassan tente alors d’embarquer pour l’Équateur, l’un des rares pays qui n’exige pas de visa pour les Syriens. Mais la compagnie aérienne, Turkish Airlines, refuse de l’embarquer et annule son billet à la dernière minute.

Dans une deuxième tentative, Hassan parvient à embarquer dans un avion à destination du Cambodge. Mais il est refoulé dès son arrivée à l’aéroport de Phnom Penh et renvoyé à Kuala Lumpur. À ce moment-là, son visa a expiré : il est coincé dans le terminal 2 de l’aéroport. 


Depuis, Hassan passe ses journées dans le terminal 2 de l’aéroport Kuala Lumpur, d’où il lance quotidiennement des appels à l’aide sur son compte Twitter dans l’espoir de trouver un pays d’accueil. Contacté par France 24, il raconte :

"Je dépends de la bonne volonté des employés du terminal, qui m’apportent le café et qui m’achètent aussi à manger"

Je passe mes nuits sur les sièges réservés aux voyageurs, parfois je dors à même le sol. J’arrive à m’endormir deux à trois heures par nuit, rarement plus, car le va-et-vient des voyageurs est incessant.

Pour trouver une tasse de café, c’est parfois un véritable défi. Je n’ai pas accès au Duty Free, donc je dépends de la bonne volonté des employés du terminal, qui m’apportent le café et qui m’achètent aussi à manger.

C’est dur, il y a du bruit partout, tout le temps. On ne s’y habitue jamais. Je n’ai aucune intimité. Même ma douche je la prends sur le lavabo des toilettes publiques.








 

"L’humour noir est un mécanisme de défense"

Pour autant, Hassan ne se laisse pas abattre et tourne même sa situation en dérision. Certains de ses vidéos sont pleine d’humour. Il explique :

"J’utilise souvent l’humour noir. C’est pour moi un mécanisme de défense.  Je préfère rire de ma situation quand je sais que je ne peux pas la changer. Et cela me procure de la joie, et me donne de l’espoir.

J’ai par exemple écrit une lettre à la Nasa dans laquelle je demande à l’agence de m’intégrer dans sa prochaine expédition vers la planète Mars, car il n’y a plus de place pour moi sur Terre. 


Mon histoire, c’est l’histoire de centaines de milliers de Syriens qui sont rejetés, comme des pestiférés. Nous, Syriens, sommes en train de subir les ravages d’une guerre que nous n’avons pas cherchée, et d’autres sont en train de la mener dans notre pays.


Je suis épuisé, mais je tiens bon. Je garde bon espoir de trouver un pays qui m’accepte. Fin avril, un groupe de Canadiens que j’ai croisé dans le terminal a constitué un comité de soutien pour me venir en aide. Ils ont engagé un avocat pour effectuer une demande d’asile au Canada pour moi. J’espère que cette démarche va aboutir."

Le comité de soutien de Hassan a déposé une demande de visa auprès de ministère de l’Immigration canadien. Mais comme cette procédure peut prendre jusqu’à 26 mois, ils ont lancé une pétition en ligne dans l’espoir de faire accélérer les choses.