Un Marocain a été filmé en train de supplier un policier de ne pas saisir son véhicule, mal garé, dans une rue de Casablanca, le 24 mai dernier. Pour toute réponse, il reçoit des insultes et des gifles : une réaction qui a provoqué l’émoi sur les réseaux sociaux marocains.

Vidéo de l'échange entre le policier et le conducteur, à Casablanca le 24 mai 2018.

La scène se déroule aux abords d’une grande avenue de la capitale économique marocaine. Sous le regard d’un officier de police, un jeune conducteur tente de convaincre un dépanneur de ne pas saisir son triporteur [motocyclette à trois roues comportant une caisse à l’arrière, un véhicule utilisé par les petits commerçants marocains pour transporter de la marchandise. NDLR]. Il se tourne ensuite vers le policier et le supplie d’intervenir. L’officier en question l’insulte, lui demandant d’arrêter ses suppliques.

Le conducteur répond en embrassant la main, puis les pieds du policer, continuant de l’implorer. "Ma femme vient d’accoucher, j’ai besoin de ce véhicule", déclare-t-il. Le policier le saisit alors par le col de son manteau et le gifle.
Vue et partagée des milliers de fois, la vidéo a provoqué l’émoi parmi les internautes marocains. La plupart ont condamné le comportement du policier, jugé "indigne" et "inhumain". Certains ont appelé les autorités à ouvrir une enquête afin de poursuivre les responsables de cet incident.

Traduction : “Choquant. La police réagit aux suppliques d’un citoyen en l'insultant !”


Traduction : “Regardez ce qu’on appelle l’État de droit. Où sont passés les droits de l’Homme ?”

Traduction : “C’est ce qu’on appelle la hogra ou l’humiliation des citoyens marocains”.

Une enquête ouverte

Réagissant à la diffusion de la vidéo, le directeur de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), Abdellatif Hammouchi, a déclaré dans un communiqué que le policier concerné avait été suspendu. Selon le communiqué, ce dernier devrait être auditionné lors d’un prochain conseil de discipline du DGSN pour "violation du code de déontologie des fonctionnaires de la sûreté nationale, manquement au devoir de réserve et pour avoir exposé un individu à une agression verbale et physique". La DGSN a déclaré avoir ouvert une "enquête judiciaire sous la supervision du parquet".

Par ailleurs, la DGSN a indiqué que le conducteur était bien en "infraction du code de la route", et que les raisons de l'intervention policière étaient donc justifiées.

"Au Maroc, les policiers se sentent surpuissants"

Pour Ahmed el-Hayej, président de l’Association marocaine de défense des droits de l’homme (AMDH), ces abus sont une pratique ancrée dans le système sécuritaire marocain.
 
Dans ce cas particulier, quand bien même l’individu était en tort, un agent n’a pas le droit de brutaliser un citoyen. Les agents de la police marocaine sont habitués à agir de la sorte, en ayant recours au mépris et en enfreignant les lois en vigueur. Les policiers se sentent surpuissants car ils font rarement l’objet de poursuites judiciaires. Dans de nombreux autres cas non documentés, les victimes n’ont pas réussi à poursuivre les responsables en justice et ont été réduites au silence. Ceci est majoritairement dû au fait que les Marocains n’ont pas connaissance de leurs droits face à la police. Les réseaux sociaux et les vidéos filmées par des smartphones permettent progressivement de renverser cette tendance. Ces dernières années, près d’une dizaine d’abus ont été révélés de cette façon."

Pour certains internautes, cette affaire fait écho à une précédente bavure policière. À Tanger, le 21 avril dernier, alors que les autorités locales menaient campagne contre les vendeurs ambulants de la commune de Beni Makada, un jeune de 19 ans aurait été embarqué de force et violenté par les agents du caïd local [le notable de la commune, en charge de la police municipale, NDLR]. Dans une vidéo diffusée quelques jours plus tard, le jeune homme témoignait de son lynchage et déclarait avoir reçu plusieurs coups des agents de police. Ce dernier souffrirait, selon la presse locale, d'un "grave handicap physique et mental". À la suite de la diffusion de la vidéo par le média marocain Alyaoum24, une enquête a été ouverte provoquant le renvoi du caïd.

Contactés par la rédaction des Observateurs de France 24, la Direction générale de la Sûreté Nationale et la préfecture de police de Casablanca n’ont pas donné suite à nos questions. Nous publierons leurs réponses si elles nous parviennent.