Une vidéo montrant un enseignant tabasser et insulter une élève dans un lycée de la ville de Khouribga, à une centaine de kilomètres au sud-est de Casablanca, a déclenché une vague de consternation au Maroc.

La vidéo a été diffusée samedi 19 mai sur les réseaux sociaux, mais les faits remontent au 16 mai selon la police marocaine. La scène se déroule au lycée Imam Malek. Sur les images, on voit l’enseignant frapper à plusieurs reprises la lycéenne à la tête, avant de lui tirer violemment les cheveux. Et de l’insulter : "Tu m’as jeté la craie, hein ! Sa**pe !"


Capture d'écran de la vidéo, relayée sur Facebook.


Beaucoup d’internautes ont dénoncé la brutalité de l’enseignant.

Traduction : "Ça c’est trop ! Un enseignant qui tabasse une fille à Khouribga. Cette pratique est digne de Daech (…)."

L’enseignant, âgé de 59 ans, a été arrêté et placé en garde à vue dès le lendemain de la diffusion de la vidéo. "Une enquête a été immédiatement ouverte sous la supervision du parquet général", a annoncé la Direction générale de sureté nationale (DGSN) dans un communiqué.

De son côté, l’Académie régionale de l’éducation de Béni Mellal-Khénifra, dont dépend le lycée, a indiqué avoir mis sur pied "en toute urgence" une commission d’enquête afin d’élucider les circonstances de cet incident et "prendre les décisions administratives qui s’imposent".

Des élèves solidaires… de leur enseignant

L’enseignant a comparu mardi 22 mai devant le procureur de Khouribga, qui a décidé de prolonger sa garde à vue, afin d’"approfondir l’enquête" et "écouter les élèves qui ont été témoins" de la scène.

L’arrestation de l’enseignant a toutefois choqué certains de ses élèves, qui se sont réunis devant le tribunal pour réclamer sa remise en liberté. "Le professeur a été interpellé de manière brutale, ils l’ont pris directement du lycée. Même les ivrognes qui traînent dans les rues, on ne les traite pas de la sorte."

Nous avons tenté de contacter le lycée Imam Malek de Khouribga où s’est déroulée la scène, mais sans succès.

Des violences encore courantes dans les zones rurales

Au Maroc, les châtiments corporels et les insultes contre les élèves sont interdits depuis 1999. Le Code pénal sanctionne d'un à trois ans d'emprisonnement les violences commises sur un enfant âgé de moins de 15 ans. Néanmoins, ces pratiques restent assez répandues dans les écoles, en particulier dans les zones rurales. Indignée par cette situation, la sociologue et activiste marocaine des droits des femmes, Soumaya Naamane Guessous, écrit sur sa page Facebook :

"Châtiments corporels, insultes, humiliations... font encore partie de la pédagogie dans le système scolaire. En milieu rural c'est pire ! Quand les responsables parlent des raisons du décrochage scolaire, ils n'évoquent jamais la violence verbale et physique. J'ai tenté maintes fois de sensibiliser à cette atteinte à la dignité, mais en vain. En 2018, j'ai proposé à un haut responsable du Ministère une campagne de sensibilisation contre la violence auprès des enseignants. Il n'en a pas vu l'utilité !"