Israël a très violemment réprimé les manifestations de Palestiniens organisées, lundi 14 mai, à l'occasion de la "Marche du grand retour" qui coïncidait également avec l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, faisant 60 morts et plus de 2000 blessés. De nombreuses images de la répression ont circulé, parmi lesquelles deux vidéos montrent une journaliste, parmi les très nombreux reporters présents, manifestement visé par un tirs et des gaz lacrymogènes.

Dans la première vidéo, on voit une journaliste d’Al-Jazira, Hoda Abdel-Hamid, qui se tient au premier plan, avec un gilet pare-balles marqué "presse " et un casque, ce qui l’identifie clairement comme journaliste. Après quelques secondes, on entend une balle – dont on ne peut identifier la nature – fuser. La journaliste s’accroupit et derrière elle, des hommes se mettent à courir après l’impact, lequel est donc visiblement proche de la journaliste.


Dans une autre vidéo, un drone de l’armée israélienne lâche des bombes lacrymogènes sur un endroit où ne se trouvent, visiblement, que des journalistes. On voit la même journaliste suffoquer. Son cameramen l’emmène dans une voiture garée à proximité, et continue à filmer juste après le largage des bombes. 


 

"Ce qui se passe ici ferait un tollé n'importe où ailleurs dans le monde"

Contactée par la rédaction des Observateurs, Hoda Abdel-Hamid raconte :

Les deux attaques ont eu lieu au même endroit. La balle du sniper a atterri à un mètre de moi. Dans les deux cas nous ne nous tenions pas à proximité immédiate de la frontière, mas à un emplacement où les journalistes étaient bien visibles, derrière les manifestants.

Les soldats israéliens qui tiraient étaient des snipers et Israël assure toujours qu’il considère chaque balle tirée, donc pour moi ils nous ont visés intentionnellement. S’agissant du drone, un pilote israélien le dirige, voit ce qui est en-dessous et appuie sur le bouton de tir en connaissance de cause. L’armée israélienne est à la pointe de la technologue, ils savent très bien ce qu’ils font.

Mais j’ai eu de la chance, je n’ai pas été blessé. Plusieurs autres journalistes, clairement identifiés, ont été blessés. Ils ne tirent pas au hasard, l’armée a toujours nié ça. D’ailleurs, je n’ai entendu qu’une salle balle tirée à côté de moi [pas une rafale, NDLR]. On ne que penser que l’armée vise les journalistes. Ce qui se passe ici ferait un tollé n'importe où ailleurs dans le monde.

Des journalistes sont déjà morts à cause de l’armée israélienne [depuis le début de la "Marche du grand retour", le 30 mars, deux journalsites palestiniens ont été tués par les forces israliennes] ce ne sont pas des méthodes nouvelles. Il y a quelques années, à Beit et Near à Ramallah, une jeep s’était arrêtée en face de mon équipe ; des soldats étaient descenduset nous avait jeté des gaz lacrymogènes.

Contactés par notre rédaction, deux autres journalistes qui ont couvert les évènements disent également avoir essuyé des tirs de gaz lacrymogènes. L'un d'eux déclare : "on a été victime de gaz lacrymos alors qu’on était extrêmement loin de la frontière. Les bombes lacrymos qu'on a pris ont été projetées par des drones. On a donc quelques raisons de croire que c'était fait sciemment".


Deux journalistes palestiniens tués


Selon le ministre des Affaires étrangères israélien, un des deux journalistes tués depuis le 30 mars et le début de la "Marche du grand retour", Yasser Mutakja, était membre du Hamas. Ce mardi 15 mai, Reporters sans frontières a saisi la Cour pénale internationale et accusé l’armée israélienne de "crimes de guerre" contre les journalistes palestiniens.

Dans un tweet, le 7 avril, RSF avait écrit  : "nous condamnons l’usage disproportionné de la force par les forces israéliennes, qui ont tué plusieurs civils et des journalistes, et nous sommons le gouvernement israélien de respecter strictement la résolution 2222 du Conseil de sécurité de l’ONU sur la protection des journalistes adoptée en 2015.