Depuis plusieurs semaines, Bouaké, la deuxième ville de Côte d’Ivoire, est touchée par une pénurie d’eau courante sans précédent, car le lac fournissant 70 % de l’eau consommée par les habitants est pratiquement à sec. Pour se ravitailler, ces derniers sont donc contraints de se débrouiller comme ils le peuvent, à l’image de notre Observateur, qui a filmé son quotidien pour France 24.

Certains quartiers de Bouaké ont commencé à manquer d’eau il y a deux mois environ, selon un habitant joint par notre rédaction. Mais depuis un mois, presque tous les quartiers sont touchés par la pénurie, dans cette ville où vivent un million et demi de personnes. Selon un agent de la Société de distribution d'eau de Côte d'Ivoire (une compagnie publique), la situation est "catastrophique".

Cette pénurie s’explique par le fait que le lac du barrage de la Loka – situé à 20 km environ de la ville – est vide, alors qu’il fournit habituellement 70 % de l’eau consommée à Bouaké. En cause : la forte sécheresse que traverse la région actuellement, qui entraîne notamment l’évaporation des eaux du lac. Sans oublier l’exploitation anarchique des carrières de sable à proximité, qui détourne une partie des eaux irriguant le lac.
 

"Je récupère de l’eau dans un quartier épargné par la pénurie, à quatre kilomètres de chez moi"

Notre Observateur Raphaël Nguessan vit dans le quartier Ahougnanssou, situé dans le sud-ouest de la ville, qui est touché par la pénurie d’eau courante.

Quelques endroits dans la ville sont épargnés par la pénurie, comme les quartiers Air France et Kennedy [situés au sud-est de Bouaké, NDLR], car ils sont alimentés par un second barrage : il est bien plus petit que celui de la Loka, mais il n’est pas encore tari. Cela dit, le niveau de l’eau de ce barrage est également un peu plus bas que d’habitude, car il ne pleut presque pas, sans compter qu’une partie de l’eau est utilisée par les petits maraîchers des alentours…

Ce petit barrage permet d’alimenter en eau certains quartiers de Bouaké.
 

Du coup, une grande partie des habitants vont chercher de l’eau aux robinets dans ces quartiers, avec des bidons. Personnellement, je me rends au quartier Air France avec mon véhicule, car il est situé à quatre kilomètres de chez moi. Là-bas, je récupère de l’eau chez un ami, comme beaucoup d’autres personnes, ou alors je m’approvisionne au lycée. Comme le proviseur laisse faire, les gens viennent de partout avec leurs bidons.

De nombreux habitants viennent chercher de l’eau au robinet de ce lycée, situé dans le quartier Air France, épargné par la pénurie.
 

"Pour me laver, j’utilise moins d’eau que d’habitude"

Puis je ramène mes bidons d’eau chez moi. Je m’en sers pour boire, me laver, cuisiner… Pour me laver, j’utilise donc moins d’eau que d’habitude. [Un autre habitant raconte qu’il connaît des directeurs de banque qui s’habillent désormais avec des T-shirts et des Jeans, faute d’eau pour laver leurs costumes, NDLR.] Avant-hier, un peu d’eau est sortie du robinet, mais elle avait une couleur foncée [voir l’eau dans le seau bleu, dans la vidéo ci-dessous, NDLR].

Notre Observateur utilise seulement deux bouteilles remplies d’eau pour se laver actuellement, en raison de la pénurie.
 

Je récupère également l’eau de pluie avec de grands seaux : je m’en sers pour tirer la chasse d’eau, faire des lessives, arroser mon jardin. Mais les pluies sont rares actuellement : il pleut environ une fois par semaine, ce qui est vraiment peu pour la saison.

Dans cette vidéo, notre Observateur montre des seaux remplis d’eau de pluie dans son jardin, ainsi qu’un bidon positionné sous un robinet, au cas où l’eau recommencerait à couler.
 

"C’est parfois tendu autour du puits situé dans mon quartier"

Par ailleurs, beaucoup d’habitants puisent de l’eau dans les puits, qui se trouvent dans les différents quartiers de la ville. Par exemple, dans mon quartier, il y a un puits où vont les gens, surtout le matin, très tôt, et le soir. Mais c’est parfois tendu. Mardi, j’ai vu une fille qui se disputait avec un garçon : elle disait qu’elle devait puiser de l’eau avant lui, car elle voulait être sûre d’en avoir. En fait, comme l’affluence est forte, le puits se tarit tous les matins et tous les soirs. Donc il faut toujours attendre plusieurs heures avant qu’il se remplisse à nouveau.

Ce puits se trouve dans le quartier de notre Observateur.
 

Pris d’assaut par les habitants, ce puits est parfois l’objet de disputes entre les jeunes qui viennent récupérer de l’eau sur place.
 

Depuis un mois, les gens de mon quartier ont également recommencé à puiser de l’eau dans un petit puits qui était abandonné depuis 2002, situé derrière ma maison. Au fond, il y a des bouts de bois qui flottent, mais c’est toujours mieux que rien.

Laissé à l’abandon depuis plusieurs années, ce petits puits est utilisé à nouveau par les habitants vivant dans le quartier de notre Observateur.
 

Un cours d’eau se trouve derrière mon quartier. Habituellement, il est utilisé pour irriguer les cultures maraîchères des alentours. Mais actuellement, des gens récupèrent cette eau. [Certains vont également puiser l’eau des sources environnantes, NDLR.]

Le cours d’eau se trouvant derrière le quartier de notre Observateur.
 

D’autres vont même dans les villages situés autour de Bouaké, où il y a des pompes à eau. Enfin, ceux qui en ont les moyens achètent de l’eau minérale en bouteille.

 

Afin de pallier le manque d’eau, l'Office national de l'eau potable a déployé neuf camions-citernes dans la ville, mais ils sont loin de couvrir tous les besoins. Le 17 avril, dix forages de puits ont également été lancés en urgence, devant être reliés au réseau de distribution d’eau. Mais selon notre Observateur, les habitants de Bouaké ne comptent guère dessus : "Ils attendent surtout qu’il pleuve davantage, pour que le grand barrage se remplisse." Ces forages devraient en effet permettre de distribuer 2000 m3 d’eau par jour seulement, ce qui est loin de remplacer le barrage de la Loka.



Cet article a été écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).