Quelques heures après l’attaque des bureaux de YouTube à San Bruno, en Californie, mardi 3 avril, plusieurs internautes se réclamant de l'"alt-right", la droite alternative américaine, ou partisans pro-Trump, ont notamment associé l’attaque à l’islam radical. De fausses informations montées de toutes pièces à partir de captures d'écran des pages Facebook et Instagram de l'assaillante sorties de leur contexte.

Nasim Aghdam, l’assaillante identifiée de l’attaque au siège de YouTube, était née en Iran. Elle y a vécu jusqu'à l'âge de 16 ans, avant d’émigrer avec ses parents aux États-Unis en 1996.

Très active sur les réseaux sociaux, ses comptes Instagram et Facebook ont rapidement été supprimés d’Internet. Mais de nombreux internautes ont fait des captures d’écran afin de manipuler l’opinion publique.

Le signe de l'EI ? Pas vraiment…

Cette internaute de 24 ans se réclamant "journaliste d’investigation" et avec 138 000 abonnés a notamment tweeté une capture d’écran d’une vidéo postée sur son compte Instagram, affirmant que "la terroriste iranienne fait le signe de [l'organisation jihadiste] État islamique "et ajoutant "Est ce que vous m’aimez en hijab ?".

Laura Loomer est en fait une activiste proche de l’extrême droite américaine, et elle n’a pas traduit l’intégralité du texte : dans la légende de cette vidéo sur Instagram, Nasim Aghdam se moque en réalité du hijab obligatoire, écrivant les hashtags en perse : #hijab_obligatoire et #Arabie_saoudite. Il s’agit donc en fait d’un commentaire satirique pris au premier degré par la "journaliste" sur Twitter.

Par ailleurs, des indices sur le compte Telegram, seul réseau social non supprimé mercredi, permet d’en savoir plus sur Nasim Aghdam : celle-ci semblait très intéressée par le bahaïsme, une religion monothéiste proclamant l’unité spirituelle de l’humanité et fondée à Téhéran au XIXe siècle. Un de ses derniers posts de blog, publié sur le site de l’Alliance interreligieuse vegane, la présentait comme une "vegan bahaïe". Deux autres vidéos sur la religion bahaïe était présentes sur son compte Telegram.

Une des dernières photos de Aghdam publiés sur sa chaîne Telegram la montre les bras nus. Étrange pour une fille censée être partisane du voile islamique, non
 ?

Non, l'assaillante n'a pas servi dans l'armée iranienne…

Un autre internaute se présentant comme membre du "Washington Reporter", un autre site favorable aux idées de l’alt-right américaine, poste une photo de Nasim Aghdam portant un treillis militaire. Et il ajoute dans la légende : "Nasim Aghdam se vante d’avoir servi dans l’armée iranienne sur Instagram".


Là encore, l’aspect ironique a peut être échappé à Jacob Wohl (et à d’autres internautes), car la jeune femme a écrit : "Quand j’étais commandante des commandos durant la guerre Iran-Irak", une publication clairement parodique, car a l’époque de la guerre entre 1980 et 1988, elle n’avait même pas une dizaine d'années. Aucune femme iranienne n’a par ailleurs été envoyée au front.

Par ailleurs, ce même internaute n’a pas hésité à entretenir la confusion sur les origines de la jeune femme expliquant qu’elle était une “femme arabe”, alors que l’Iran n’est pas un pays arabe, plutôt un pays héritier de la civilisation persane.

La théorie conspirationniste des yeux bleus

Les intox n’ont pas cessé là : des internautes n’ont pas hésité à accuser le site américain Mashable d’avoir altéré la couleur de la peau de Nasim Aghdam, ainsi que de retoucher ses yeux en bleus, afin de "la faire ressembler à une Blanche".

Mais là encore, il ne s’agissait que de photos retouchées par la jeune femme elle-même et postées sur son Instagram.

 
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Article écrit en collaboration avec
Alijani Ershad

Alijani Ershad , Journaliste